San
Finna N°446 du
14 au 20 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
ASSASSINAT
DU JEUNE DAOUDA OUEDRAOGO
APRES L’AFFAIRE DE LA « MERCEDES TUEUSE »
L’AFFAIRE DU TUEUR LIBANAIS EN CAVALE
En ce début 2008, le ciel poussiéreux de
Ouagadougou s’assombrit d’un nouveau crime
: celui de Daouda Ouédraogo. Mais si la température
est brusquement montée dans la capitale, ce n’est
pas seulement en raison du caractère odieux de
l’assassinat mais aussi à cause de la nationalité
de celui qui est suspecté. Abbas, puisque c’est
de lui qu’il s’agit, est d’origine libanaise,
et quand on met en perspective l’affaire de la «
Mercedes tueuse » (accident dont un Libanais serait
l’auteur et qui a entraîné mort d’homme
sans suites judiciaires grâce à des interventions
grassement payées, à ce qu’on dit)
et les préventions qui existent dans une certaine
opinion contre les Syro-libanais, on comprend pourquoi
depuis trois jours, les boutiques et autres commerces
de ces derniers aient gardé portes closes.
Les autorités, qu’il faut féliciter
pour leur célérité dans ce dossier,
ont déjà saisi Interpol et appelé
au calme par le biais d’une émission spéciale
en plusieurs langues.
Face à des populations en butte aux incertitudes
des lendemains, aux phénomènes de pauvreté
et aux crimes inhumains qui se nourrissent notamment des
dérives de la gouvernance, San Finna est allé
à la rencontre de la compagne attristée
du défunt, de ses propres parents et de ceux qui
l’ont vu pour la dernière fois : ses collègues
et amis. Assami Zongo, Drissa Zongo et Issa Ilboudo dit
Naba (meilleurs amis de la victime) ont notamment accepté
de se confier. Mais San Finna a aussi obtenu des réactions
de Burkinabé, anonymes ou non. Voici donc toutes
ces réactions.
CHRONOLOGIE
DES EVENEMENTS
San
Finna : Comment les choses se sont passées ?
Assimi
Zongo : C’était le 9 janvier vers
9 h. Daouda est arrivé très tôt ce
jour. Ce n’était pas dans ses habitudes.
Quand je lui ai posé la question, il m’a
répondu qu’il est commerçant (NDLR
: il était courtier) et qu’il doit travailler
dur pour gagner sa vie. Vers 10 h, il nous a parlé
de son client et c’est ainsi que nous avons rassemblé
les montants soit 22.700 dollars et 11.750 euros. Et il
est parti.
San
Finna : Et après ?
Amissi
Zongo : Vers 13 h 30, il est revenu avec un Libanais
et ils sont repartis ensemble. Il n’est jamais revenu.
Nous pensions qu’avec la fermeture des banques à
cette heure, il n’a pas pu faire le change et qu’il
est allé ailleurs.
San
Finna : L’avez-vous entre-temps eu au téléphone
?
Amissi
Zongo : C’est Drissa qui l’a appelé
vers 16 h et il a dit qu’il arrive. Vers 18 h, j’ai
tenté de l’appeler avec Drissa mais son téléphone
sonnait et il ne répondait pas. Vers 19 h encore,
ses deux numéros sonnaient mais il ne répondait
toujours pas. J’ai masqué mon numéro
mais ça ne décrochait toujours pas pendant
près de trois heures de temps.
L’INTERVENTION
D’UN OFFICIER DE POLICE
Amissi
Zongo : Au même moment, un officier que
je connais était de passage à l’aéroport
où je me trouvai. Je lui ai expliqué le
problème. Il m’a demandé si j’avais
confiance en Daouda ; j’ai dit oui, et il a continué.
L’INQUIETUDE
GAGNE EN FORCE
Amissi
Zongo : Daouda ne revenait toujours pas. Naba
et Drissa sont allés pour faire un communiqué
de recherche dans les radios.
Nous avons été à Yalgado dès
le 9 janvier et le 10 à la morgue pour fouiller
les cadavres. Rien.
Le 11 janvier, j’ai eu la confirmation qu’il
y a eu un meurtre à la Patte d’Oie. J’ai
fait part de la nouvelle à Naba. Drissa a alors
appelé le Commissaire de la¨Police Spéciale
de l’aéroport pour l’informer.
Nous
sommes allés au Commissariat de Bogodogo pour vérifier
et tout le monde est venu nous trouver.
LA
FUNESTE DECOUVERTE
Assimi
Zongo : Nous avons recherché et trouvé
le lieu où le meurtre s’est produit, dans
un domicile près de la Patte d’Oie. Les gens
ont commencé à se regrouper avec l’Oncle
de Daouda. Nous avons parlé au Commissaire et quand
ils ont fini, Naba et quelqu’un d’autre sont
rentrés. Il m’a dit que c’est pas bon.
Nous
avons eu en ce moment le nom du Libanais qui s’appellerait
Abbas et est venu de Côte d’Ivoire ; son patron
était d’ailleurs resté sans nouvelles
de lui.
Par
la suite, ils ont emmené le corps de Daouda pour
faire l’autopsie. Et puis, j’ai demandé
si je pouvais emmener mes gars au cimetière de
Kaarpalla vers 15 heures et j’ai rejoint l’
oncle de Daouda à la morgue vers 17 heures.
Est-ce
que l’enterrement a eu lieu ?
Naba
: Hier vers 21h (l’entretien a eu lieu
le dimanche 13 janvier)
San
Finna : Y avait-il du monde ?
Oui,
beaucoup de gens notamment des commerçants, des
Commissaires de police, la Sûreté, des jeunes.
LES
SUITES DE L’AFFAIRE
San
Finna : Que comptez-vous faire maintenant ?
Assimi
ZONGO : C’est attirer l’attention
du public pour que cet acte ne reste pas impuni. Nous
demandons aux autorités compétentes que
la lumière soit au rendez-vous et aux jeunes en
colère de garder un peu le calme. Ensuite on verra...
Nous demandons à la Justice de vraiment nous aider
car on dit qu’il a quitté la frontière
du Burkina vers minuit avec un chauffeur burkinabé.
Drissa
Je veux saluer les chefs de la Police, de la Gendarmerie,
de la Sécurité pour nous avoir aidé
et être resté aussi à nos côtés.
Je n’oublie pas les commerçants qui l’ont
connu ou pas et qui sont venus au cimetière. Que
Dieu leur rende au centuple.
Naba
Ce que je demande à Dieu, c’est
que les autorités puissent mettre la main sur le
Libanais et qu’on le ramène au Burkina pour
le juger et que l’affaire ne reste pas sans suite.
Le défunt, vous savez, laisse derrière lui
une femme et un garçonnet de 1 an et 4 mois. C’était
quelqu’un de timide et de très pieux.
LE
SERIEUX SUSPECT ABBAS AURAIT REGAGNE LE LIBAN
Aux
dernières nouvelles, Abbas, qui n’a pas perdu
de temps, aurait déjà regagné le
Liban par Abidjan, et par un vol Royal Air Maroc. Il se
trouverait donc actuellement terré dans son village.
LES REACTIONS DE BURKINABE, ANONYMES OU NON
Nous
avons tendu notre micro pour obtenir des réactions
de personnalités et de simples quidams notamment
sur ce point.
Un
Journaliste désireux de garder l’anonymat
: Ce qui s’est passé est déplorable
car il y a eu perte de vie humaine. Mais je note la rapidité
avec laquelle on a retrouvé le meurtrier. Ce qui
est intéressant aussi, c’est l’action
de communication du gouvernement qui a permis de parer
à d’éventuels mouvements de foule,
comme lors des Kunde. J’aurais souhaité que
la même rapidité soit exécutée
comme pour les autres crimes passés parce que nous
sommes dans un climat délétère avec
la révolte passée des militaires.
Théodore
Komwéogo, Commissaire de police : Je n’ai
pas encore tous les éléments. Ce que je
sais, le Libanais aurait invité le jeune à
dîner dans un restaurant et il lui a fait collecter
des devises de près de 16 millions de FCFA. La
suite, c’est ce que nous avons entendu.
Je souhaite que le meurtrier soit condamné à
la hauteur du forfait.
Les gens attendent la réaction du gouvernement
suite aux mouvements qu’il y a eu hier et que nous
avons tout fait pour calmer.
Me
Hermann Yaméogo, président de l’UNDD
: Il faut dénoncer ce crime de plus qui
ne sert pas l’image du Burkina Faso.
S’il est vrai que la cabale du suspect a pris fin
au Liban, il serait souhaitable, pour préserver
les bonnes relations entre le Burkina et le Liban (et
pour la sécurité de la communauté
libanaise au Faso) que des négociations judiciaires
et diplomatiques s’engagent au plus tôt pour
obtenir l’extradition du suspect afin qu’il
vienne répondre des faits dont s’agit au
Burkina.
Avec de l’imagination, on peut trouver des solutions
pour vaincre d’éventuels obstacles qui empêcheraient
cette extradition comme par exemple l’absence de
textes relatifs à l'entraide judiciaire entre les
deux pays.
En tout état de cause, compte tenu de la sensibilité
du problème, Joseph Hage, Représentant des
Libanais au Faso (dont on connaît l’attachement
au pays des hommes intègres et le souci de la coexistence
pacifique entre les communautés libanaise et burkinabé)
pourrait se faire le porte-flambeau de cette extradition,
quitte à effectuer un déplacement au Liban
pour sensibiliser à cet effet. Il devrait aussi
immédiatement demander que le suspect Abbas soit
interdit de sortie du Liban.
Il va sans dire que des initiatives de même nature
du Ministre des Affaires étrangères et du
Ministre de la Justice du Faso seraient de mise.
Je ne saurais terminer sans présenter mes condoléances
à la famille du défunt.