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San Finna N°446 du 14 au 20 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

CONFERENCE DE PRESSE DE JACQUES DIOUF
PATRON DE LA FAO

Samedi 12 janvier, à l’Hôtel Silmandé, les médias étaient conviés à une conférence de presse entrant dans le cadre de la visite du Directeur général de la FAO au Burkina Faso. Ce dernier avait à ses côtés, Salif Diallo et Issaka Maïga, respectivement ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des ressources halieutiques et ministre délégué à l’Agriculture. C’est un patron d’institution très décontracté qui a répondu avec tout le tact qu’on lui connaît aux réponses à nos questions.

Ce tour de popote du patron de la FAO ne pouvait pas mieux tomber en raison des circonstances que nous vivons. Au niveau international, les prix des denrées connaissent une flambée époustouflante, faisant des pays pauvres, des victimes inconsolables. Plusieurs facteurs aidant, le pétrole aussi est entré dans la danse, battant des records de hausse jamais enregistrés. Au niveau national,

Jacques Diouf
(http://www.granma.cubaweb.cu/
2007/03/22/interna/dirigente.jpg)
nous connaissons tous que nous pratiquons toujours à grande échelle ce que le patron de la FAO appelle la « loterie agricole ». Sous les caprices des saisons pluvieuses, nos productions demeurent aléatoires et la pluviométrie dernière est venue nous confirmer ce qui précède. Un malheur ne venant jamais seul, les inondations et l’interruption brutale des pluies se sont mises de la partie, gratifiant -quoi qu’on dise- nombre de paysans de récoltes médiocres en 2007.

C’est dans ce contexte que le DG de la FAO enchaîne ses tournées et l’étape du Burkina pour lui était l’occasion de faire le point général, d’appeler les uns et les autres au travail et de tenter de relever le moral des troupes malgré les difficultés.

De sa déclaration, les données ont fusé. Quelques chiffres :

- l’indice des prix alimentaires de la FAO a augmenté de 40 %

- les cours internationaux du blé sont en augmentation depuis juin dernier

- les prix d’exportation du maïs ont atteint leur record décennal de 177 dollars la tonne

- les cours internationaux du riz se sont raffermis durant les deux derniers mois

- les prix des oléagineux ont poursuivi leur hausse en 2007

Pourquoi toutes ces hausses ?

Selon le patron de l’institution, toutes ces envolées sont dues à deux types de facteurs, conjoncturels et structurels. Il fera remarquer que la faiblesse historique des stocks est en partie responsable de cette situation, suivie par les phénomènes météorologiques extrêmes.

Dans le même registre, il a parlé des biocarburants qui sont venus booster la demande de certains produits tels le sucre, le maïs, le manioc..., puisque venant progressivement comme substitut au pétrole qui se fait de plus en plus cher.

Les fortes demandes, selon Mr Jacques Diouf, sont aussi à la base des hausses de prix. La Chine et beaucoup d’autres pays émergents consomment au rythme de leurs fortes populations et des besoins de leurs économies.

En plus des facteurs de ces hausses, Jacques Diouf est revenu sur les effets négatifs de ces différentes hausses : difficultés pour les Etats de faire face à leurs dépenses d’importation, réduction des exportations et ou des droits de douane pour certains pays afin de faire face aux prix exorbitants des denrées entrantes, tensions sociales ici et là dans le monde, agitations politiques liées aux marchés alimentaires…

Mais il n’y aurait pas que des effets pervers. Il en est aussi de positifs.

- La hausse des prix agricoles est un facteur positif pour les agriculteurs, à condition que les augmentations se répercutent aussi sur le prix à l’exploitation. L’agriculture étant la principale source de revenus dans la plupart des pays en développement, les prix élevés pourraient aider à atténuer la pauvreté et à améliorer l’accès à la nourriture. Ils encourageront également l’investissement dans l’agriculture dans l’agriculture et une meilleure productivité à l’avenir.

- La hausse des prix des produits de base devrait normalement se traduire par un accroissement de la production intérieure pour satisfaire la demande. La production de denrées agricoles devient plus compétitive par rapport aux secteurs secondaire et tertiaire.

- La hausse des prix agricoles devrait en outre encourager davantage les agriculteurs à investir dans leurs structures de production ; avec des effets à plus long terme sur leur capacité productive.

Après avoir parlé des actions de la FAO à travers le monde pour stimuler rapidement la production alimentaire dans les pays précaires, le DG Jacques Diouf s’est prêté aux questions des journalistes. Nous en avons retenu trois.

-Combien le Burkina Faso, dans le cadre du déblocage de 12 millions de dollars pour aider, suite aux inondations en Afrique, les communautés agricoles en Afrique de l’Ouest et en Afrique orientale, a-t-il reçu de la FAO ?

-Face à la pénurie des denrées et à la hausse des prix, les OGM seraient-ils une alternative vu que quelques pays sont déjà en train d’expérimenter les OGM ?

- Est-il vrai que la Banque mondiale empêche l’intervention des Etats dans l’ajustement des prix ?

Questions qui ont permis à Jacques Diouf de s’exprimer en gros à son aise.

Les déblocages d’enveloppes financières, Mr Diouf ne peut les connaître par cœur : c’est ce qu’il a dit. Mais les journalistes, ce jour, avaient la « pêche » : le futé ministre Salif Diallo dira à ce moment que la Représentation locale de la FAO répondrait largement à toute question liée à la gestion des inondations et à leurs conséquences. Toutes choses qui ont été réglées en fin de rencontre puisque nous avons pu apprendre que le Burkina Faso a eu 1 million de dollars, soit 500 millions de FCFA et que 3 projets ont été inscrits et pilotés par l’Unité des opérations d’urgence de la FAO au Burkina.

S’agissant des OGM, le DG, prudent comme un moine, a dit qu’il y a un comité FAO/OMS pour déterminer les normes de sécurité en matière d’OGM mais que tous les Etats ne se sont pas encore mis totalement d’accord sur les propositions de comité. Le ministre Diallo viendra en appui au DG de la FAO, jugeant que la question du journaliste concernait les expérimentations au Faso et il dira que notre pays a ratifié les différents accords sur la sécurité en matière d’OGM et n’expérimente sur son sol que le coton transgénique, uniquement dans le but d’augmenter nos recettes d’exportation et les revenus du paysan. Pour clore, il dira : « Nous estimons qu’il faut rendre plus compétitif notre coton ».

Sur la troisième question, Jacques Diouf dire que la Banque mondiale n’a pas le droit d’empêcher les Etats de réguler les prix des denrées. Les Etats sont souverains et quand ils le désirent, ils peuvent intervenir dans leurs propres marchés pour stabiliser les prix.

Voilà, selon nous, ce qu’on peut dire de cette conférence dont le mérite essentiel est de montrer que nous ne sommes pas encore sorti de l’auberge, ce qui devrait pousser les pouvoirs publics à faire preuve d’imagination et de responsabilité pour nous éloigner du spectre de la famine que beaucoup voient venir.

TN






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