CONFERENCE DE PRESSE DE JACQUES DIOUF
PATRON DE LA FAO
Samedi
12 janvier, à l’Hôtel Silmandé,
les médias étaient conviés à
une conférence de presse entrant dans le cadre
de la visite du Directeur général de la
FAO au Burkina Faso. Ce dernier avait à ses côtés,
Salif Diallo et Issaka Maïga, respectivement ministre
de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des
ressources halieutiques et ministre délégué
à l’Agriculture. C’est un patron
d’institution très décontracté
qui a répondu avec tout le tact qu’on lui
connaît aux réponses à nos questions.
Ce
tour de popote du patron de la FAO ne pouvait
pas mieux tomber en raison des circonstances que
nous vivons. Au niveau international, les prix
des denrées connaissent une flambée
époustouflante, faisant des pays pauvres,
des victimes inconsolables. Plusieurs facteurs
aidant, le pétrole aussi est entré
dans la danse, battant des records de hausse jamais
enregistrés. Au niveau national, |
Jacques
Diouf
(http://www.granma.cubaweb.cu/
2007/03/22/interna/dirigente.jpg)
|
nous connaissons tous que nous pratiquons toujours
à grande échelle ce que le patron
de la FAO appelle la « loterie agricole
». Sous les caprices des saisons pluvieuses,
nos productions demeurent aléatoires et
la pluviométrie dernière est venue
nous confirmer ce qui précède. Un
malheur ne venant jamais seul, les inondations
et l’interruption brutale des pluies se
sont mises de la partie, gratifiant -quoi qu’on
dise- nombre de paysans de récoltes médiocres
en 2007. |
C’est
dans ce contexte que le DG de la FAO enchaîne
ses tournées et l’étape du Burkina
pour lui était l’occasion de faire le point
général, d’appeler les uns et les
autres au travail et de tenter de relever le moral des
troupes malgré les difficultés.
De sa déclaration, les données ont fusé.
Quelques chiffres :
-
l’indice des prix alimentaires de la FAO a augmenté
de 40 %
- les cours internationaux du blé sont en augmentation
depuis juin dernier
- les prix d’exportation du maïs ont atteint
leur record décennal de 177 dollars la tonne
- les cours internationaux du riz se sont raffermis
durant les deux derniers mois
- les prix des oléagineux ont poursuivi leur
hausse en 2007
Pourquoi
toutes ces hausses ?
Selon le patron de l’institution, toutes ces envolées
sont dues à deux types de facteurs, conjoncturels
et structurels. Il fera remarquer que la faiblesse historique
des stocks est en partie responsable de cette situation,
suivie par les phénomènes météorologiques
extrêmes.
Dans le même registre, il a parlé des biocarburants
qui sont venus booster la demande de certains produits
tels le sucre, le maïs, le manioc..., puisque venant
progressivement comme substitut au pétrole qui
se fait de plus en plus cher.
Les fortes demandes, selon Mr Jacques Diouf, sont aussi
à la base des hausses de prix. La Chine et beaucoup
d’autres pays émergents consomment au rythme
de leurs fortes populations et des besoins de leurs
économies.
En plus des facteurs de ces hausses, Jacques Diouf est
revenu sur les effets négatifs de ces différentes
hausses : difficultés pour les Etats de faire
face à leurs dépenses d’importation,
réduction des exportations et ou des droits de
douane pour certains pays afin de faire face aux prix
exorbitants des denrées entrantes, tensions sociales
ici et là dans le monde, agitations politiques
liées aux marchés alimentaires…
Mais il n’y aurait pas que des effets pervers.
Il en est aussi de positifs.
- La hausse des prix agricoles est un facteur positif
pour les agriculteurs, à condition que les augmentations
se répercutent aussi sur le prix à l’exploitation.
L’agriculture étant la principale source
de revenus dans la plupart des pays en développement,
les prix élevés pourraient aider à
atténuer la pauvreté et à améliorer
l’accès à la nourriture. Ils encourageront
également l’investissement dans l’agriculture
dans l’agriculture et une meilleure productivité
à l’avenir.
- La hausse des prix des produits de base devrait normalement
se traduire par un accroissement de la production intérieure
pour satisfaire la demande. La production de denrées
agricoles devient plus compétitive par rapport
aux secteurs secondaire et tertiaire.
- La hausse des prix agricoles devrait en outre encourager
davantage les agriculteurs à investir dans leurs
structures de production ; avec des effets à
plus long terme sur leur capacité productive.
Après
avoir parlé des actions de la FAO à travers
le monde pour stimuler rapidement la production alimentaire
dans les pays précaires, le DG Jacques Diouf
s’est prêté aux questions des journalistes.
Nous en avons retenu trois.
-Combien
le Burkina Faso, dans le cadre du déblocage de
12 millions de dollars pour aider, suite aux inondations
en Afrique, les communautés agricoles en Afrique
de l’Ouest et en Afrique orientale, a-t-il reçu
de la FAO ?
-Face
à la pénurie des denrées et à
la hausse des prix, les OGM seraient-ils une alternative
vu que quelques pays sont déjà en train
d’expérimenter les OGM ?
-
Est-il vrai que la Banque mondiale empêche l’intervention
des Etats dans l’ajustement des prix ?
Questions
qui ont permis à Jacques Diouf de s’exprimer
en gros à son aise.
Les
déblocages d’enveloppes financières,
Mr Diouf ne peut les connaître par cœur :
c’est ce qu’il a dit. Mais les journalistes,
ce jour, avaient la « pêche » : le
futé ministre Salif Diallo dira à ce moment
que la Représentation locale de la FAO répondrait
largement à toute question liée à
la gestion des inondations et à leurs conséquences.
Toutes choses qui ont été réglées
en fin de rencontre puisque nous avons pu apprendre
que le Burkina Faso a eu 1 million de dollars, soit
500 millions de FCFA et que 3 projets ont été
inscrits et pilotés par l’Unité
des opérations d’urgence de la FAO au Burkina.
S’agissant
des OGM, le DG, prudent comme un moine, a dit qu’il
y a un comité FAO/OMS pour déterminer
les normes de sécurité en matière
d’OGM mais que tous les Etats ne se sont pas encore
mis totalement d’accord sur les propositions de
comité. Le ministre Diallo viendra en appui au
DG de la FAO, jugeant que la question du journaliste
concernait les expérimentations au Faso et il
dira que notre pays a ratifié les différents
accords sur la sécurité en matière
d’OGM et n’expérimente sur son sol
que le coton transgénique, uniquement dans le
but d’augmenter nos recettes d’exportation
et les revenus du paysan. Pour clore, il dira : «
Nous estimons qu’il faut rendre plus compétitif
notre coton ».
Sur
la troisième question, Jacques Diouf dire que
la Banque mondiale n’a pas le droit d’empêcher
les Etats de réguler les prix des denrées.
Les Etats sont souverains et quand ils le désirent,
ils peuvent intervenir dans leurs propres marchés
pour stabiliser les prix.
Voilà, selon nous, ce qu’on peut dire de
cette conférence dont le mérite essentiel
est de montrer que nous ne sommes pas encore sorti de
l’auberge, ce qui devrait pousser les pouvoirs
publics à faire preuve d’imagination et
de responsabilité pour nous éloigner du
spectre de la famine que beaucoup voient venir.
TN