Mise à jour le 13/01/2008
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San Finna N°46 du 14 au 20 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Tribune de la femme

UNE TRAQUE DU CAPITAINE OUALI DIAPANGRI LUTHER A COTONOU
QUI DEBOUCHE SUR DES PROBLEMES
AU HAUT COMMISSARIAT DES REFUGIES (HCR)

Notre compatriote le capitaine Ouali Diapangri Luther, condamné pour tentative de coup d’Etat et qui s’est évadé de prison comme on sait, bénéficie du statut de réfugié politique au Bénin. Nous avons voulu savoir comment vit ce monsieur et aussi, percer le mystère qui entoure son évasion de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Economie d’un parcours d’obstacles mais non sans intérêt.

Dans une ville plus grande que Ouagadougou, que nous visitions pour la première fois, il n’est pas aisé de retrouver une personne comme le Capitaine Ouali. Il faut dire que Cotonou compte 13 arrondissements et nous étions à la veille des fêtes de fin d’année. Alors, nous nous sommes attachés les services d’un Zimidjan, les célèbres taxis motos de la vile de Cotonou. Un parc de près de 20.000 motos. Chaque Zem (comme on les appelle pour faire court) porte une tenue jaune flanquée d’un numéro.

C’est sous la pluie que nous avons entrepris de retrouver des compatriotes afin de commencer nos recherches. Et au rond-point de « l’Etoile » -véritable carrefour dans la ville de Cotonou à l’image du rond-point des Nations Unies à Ouaga-, nous avons trouvé notre premier Zem. Direction toute choisie, les alentours du célèbre marché de Tokpan. Là, exercent nombre de compatriotes burkinabé. Mais pour y accéder, on a dû slalomer entre les véhicules vu la circulation très dense. Le manque de feux tricolores en nombre suffisant amène les usagers à circuler comme ils veulent. Et les Zems sont particulièrement imprudents dans la circulation. La personne que notre ami Zem voulait me présenter était absente de son étale. Alors nous sommes allés à Gbégamè, quartier commercial, pour rencontrer Kaboré Mahamadi, étudiant burkinabé en génie civil. Mais chou blanc : il nous dit ignorer que le Capitaine Ouali réside à Cotonou. Un Béninois du nom de Kouagré Charles nous sera d’un secours en nous orientant vers le commandant de la police du commissariat central de police de Cotonou. Selon lui, cet homme est la personne indiquée pour nous mettre sur le chemin du Capitaine Ouali.

Sans tarder, nous avons rejoint le fameux commissariat tout en croisant les doigts aux seules fins que le commandant soit présent. Nous avons eu beaucoup de chance car il était présent. Très courtois et disponible, il ne ménagera aucun effort pour nous satisfaire. Il nous dira qu’il lit même notre « canard » régulièrement sur Internet. Il nous donna donc le numéro de téléphone d’un réfugié ivoirien du nom de YORO-BI Raimond. Il semble que ce monsieur pourrait nous conduire au Capitaine Ouali. Une lueur d’espoir s’empare de nous subitement. Peut être le scoop du début d’année. C’est le moment de joie intense quand vous vous dites que vous atteignez enfin le but.

Entre excitation et maîtrise de soi nous appelons monsieur YORO-BI qui ne trouve pas d’inconvénients à nous recevoir. Nous nous rendons à Kadjéhoun au

Image de Cotonou
(http://vakantie.paginablog.nl/
vakantie/cotonou.jpg)

quartier présidentiel dans une sympathique résidence du nom de Codiam tenue par des Sœurs. C’est en ce lieu que nous déposons nos pénates. Equipé de matériels d’enregistrement et de l’appareil photos nous étions parés pour rencontrer, et le réfugié ivoirien et notre compatriote Ouali. 12h 20 : une heure de plus que Ouaga, et nous voila à nouveau sur une moto taxi en direction de Côcôtomè afin de rencontrer YORO-BI Raimond.

Une vingtaine de minutes plus tard, ce dernier nous reçoit : il frise la quarantaine, il est le président de l’association inter africaine pour la promotion et la défense des droits des réfugiés et des demandeurs d’asile. On ne pouvait pas rêver trouver mieux que ce monsieur surtout que le Capitaine serait dans cette ville depuis presque un an. Très ouvert mais activiste devant l’éternel, il pratique parfaitement la presse depuis la Côte d’Ivoire son pays natal. Réfugié après, dit-il, une sombre affaire d’assassinat d’un étudiant en 2004 dans son pays et où sa vie, selon lui, était en danger, il lutte maintenant pour le droit des réfugiés. Il nous dit bien connaître le Capitaine Ouali. Et notre ciel s’éclaircit encore après cette confession.

Mais il a confié que nous n’étions pas les seuls que la Capitaine intéressait. Au cours d’un forum organisé à Cotonou et qui a vu la participation de nombre de confrères burkinabé, il avait été contacté pour les mêmes raisons que nous. Il nous confiera qu’une femme serait venue à sa recherche se faisant passer pour son épouse. Mais avant d’aller plus loin dans notre démarche, il fallait que l’on éclaircisse certains points comme : comment l’avait il connu ? Dans les locaux du HCR à Cotonou nous a-t-il confié et d’ajouter : «Il est même venu au siège de notre association. Ce jour-là, j’étais absent mais je l’ai appelé au téléphone après ». Et quand nous avons émis le souhait de rencontrer notre Capitaine, YORO-BI nous a opposé une fin de non-recevoir catégorique. Et pourquoi ne veut-il pas qu’on le rencontre ? À cause de sa sécurité nous dit-il avant de lâcher : «Depuis que je suis à la tête de l’association pour dénoncer le mauvais traitement que les fonctionnaires du HCR infligent aux réfugiés, je suis menacé de mort. J’ai été maintes fois arrêté par la police ; donc je connais la rengaine. Ne me demandez pas de vous dire où vous pouvez trouver le Capitaine Ouali. S’il est réfugié politique ici, c’est que sa sécurité est menacée et ce n’est pas moi qui irai vous montrer sa cachette. Restez ici un mois peut-être que vous allez le croiser en circulation ».

Pendant que nous discutions, des réfugiés sont arrivés chez YORO-BI notamment un gendarme togolais qui faisait partie, nous dit-on, des escadrons de la mort, Blao Essohanam. Il aurait désobéi à un ordre donné pour aller exécuter des citoyens, d’où sa fuite du Togo. Mais nous en avons finalement plus appris sur la vie du HCR que sur le Capitaine Ouali.

Et justement, entre le HCR et les réfugiés, c’est comme qui dirait, chien et chat. Madame YORO-BI Henriette sera ainsi prolixe sur des menaces qu’elle aurait reçues jusqu’à domicile. Le HCR, selon eux, serait devenu un véritable fond de commerce pour des personnes peu scrupuleuses et les enjeux sont énorme d’où ces menaces de mort et de rapatriement ; des pratiques selon les compagnons de YORO-BI qui dépasseraient tout entendement. Les réfugiés ne bénéficieraient d’aucun droit et on les traiterait de façon inhumaine. Ils nous diront qu’ils vivent dans la précarité et dans le dénuement total.

Parti pour rencontrer le Capitaine Ouali Diapangri Luther (qui visiblement ne souhaite pas rencontrer de compatriotes en tout cas pour le moment), nous nous sommes retrouvés au milieu de personnes véritablement éprouvées, nous racontant les misères de leurs vies de réfugiés. C’est avec ces personnes que nous avons passé la journée et aussi partagé leur maigre repas mais un repas plein de générosité et d’amitié.

Nous nous sommes promis de continuer notre travail de limier pour prouver que découragement n’est pas journalistique.

Aristide Ouédraogo
De Cotonou






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