UNE
TRAQUE DU CAPITAINE OUALI DIAPANGRI LUTHER
A COTONOU
QUI DEBOUCHE SUR DES PROBLEMES
AU HAUT COMMISSARIAT DES REFUGIES (HCR)
Notre
compatriote le capitaine Ouali Diapangri
Luther, condamné pour tentative de
coup d’Etat et qui s’est évadé
de prison comme on sait, bénéficie
du statut de réfugié politique
au Bénin. Nous avons voulu savoir
comment vit ce monsieur et aussi, percer
le mystère qui entoure son évasion
de la Maison d’arrêt et de correction
de Ouagadougou (MACO). Economie d’un
parcours d’obstacles mais non sans
intérêt.
Dans
une ville plus grande que Ouagadougou, que
nous visitions pour la première fois,
il n’est pas aisé de retrouver
une personne comme le Capitaine Ouali. Il
faut dire que Cotonou compte 13 arrondissements
et nous étions à la veille
des fêtes de fin d’année.
Alors, nous nous sommes attachés
les services d’un Zimidjan, les célèbres
taxis motos de la vile de Cotonou. Un parc
de près de 20.000 motos. Chaque Zem
(comme on les appelle pour faire court)
porte une tenue jaune flanquée d’un
numéro.
C’est sous la pluie que nous avons
entrepris de retrouver des compatriotes
afin de commencer nos recherches. Et au
rond-point de « l’Etoile »
-véritable carrefour dans la ville
de Cotonou à l’image du rond-point
des Nations Unies à Ouaga-, nous
avons trouvé notre premier Zem. Direction
toute choisie, les alentours du célèbre
marché de Tokpan. Là, exercent
nombre de compatriotes burkinabé.
Mais pour y accéder, on a dû
slalomer entre les véhicules vu la
circulation très dense. Le manque
de feux tricolores en nombre suffisant amène
les usagers à circuler comme ils
veulent. Et les Zems sont particulièrement
imprudents dans la circulation. La personne
que notre ami Zem voulait me présenter
était absente de son étale.
Alors nous sommes allés à
Gbégamè, quartier commercial,
pour rencontrer Kaboré Mahamadi,
étudiant burkinabé en génie
civil. Mais chou blanc : il nous dit ignorer
que le Capitaine Ouali réside à
Cotonou. Un Béninois du nom de Kouagré
Charles nous sera d’un secours en
nous orientant vers le commandant de la
police du commissariat central de police
de Cotonou. Selon lui, cet homme est la
personne indiquée pour nous mettre
sur le chemin du Capitaine Ouali.
Sans tarder, nous avons rejoint le fameux
commissariat tout en croisant les doigts
aux seules fins que le commandant soit présent.
Nous avons eu beaucoup de chance car il
était présent. Très
courtois et disponible, il ne ménagera
aucun effort pour nous satisfaire. Il nous
dira qu’il lit même notre «
canard » régulièrement
sur Internet. Il nous donna donc le numéro
de téléphone d’un réfugié
ivoirien du nom de YORO-BI Raimond. Il semble
que ce monsieur pourrait nous conduire au
Capitaine Ouali. Une lueur d’espoir
s’empare de nous subitement. Peut
être le scoop du début d’année.
C’est le moment de joie intense quand
vous vous dites que vous atteignez enfin
le but.
Entre
excitation et maîtrise de soi
nous appelons monsieur YORO-BI qui
ne trouve pas d’inconvénients
à nous recevoir. Nous nous
rendons à Kadjéhoun
au |
Image
de Cotonou
(http://vakantie.paginablog.nl/
vakantie/cotonou.jpg)
|
quartier
présidentiel dans une sympathique
résidence du nom de Codiam
tenue par des Sœurs. C’est
en ce lieu que nous déposons
nos pénates. Equipé
de matériels d’enregistrement
et de l’appareil photos nous
étions parés pour rencontrer,
et le réfugié ivoirien
et notre compatriote Ouali. 12h 20
: une heure de plus que Ouaga, et
nous voila à nouveau sur une
moto taxi en direction de Côcôtomè
afin de rencontrer YORO-BI Raimond. |
Une vingtaine de minutes plus tard, ce dernier
nous reçoit : il frise la quarantaine,
il est le président de l’association
inter africaine pour la promotion et la
défense des droits des réfugiés
et des demandeurs d’asile. On ne pouvait
pas rêver trouver mieux que ce monsieur
surtout que le Capitaine serait dans cette
ville depuis presque un an. Très
ouvert mais activiste devant l’éternel,
il pratique parfaitement la presse depuis
la Côte d’Ivoire son pays natal.
Réfugié après, dit-il,
une sombre affaire d’assassinat d’un
étudiant en 2004 dans son pays et
où sa vie, selon lui, était
en danger, il lutte maintenant pour le droit
des réfugiés. Il nous dit
bien connaître le Capitaine Ouali.
Et notre ciel s’éclaircit encore
après cette confession.
Mais il a confié que nous n’étions
pas les seuls que la Capitaine intéressait.
Au cours d’un forum organisé
à Cotonou et qui a vu la participation
de nombre de confrères burkinabé,
il avait été contacté
pour les mêmes raisons que nous. Il
nous confiera qu’une femme serait
venue à sa recherche se faisant passer
pour son épouse. Mais avant d’aller
plus loin dans notre démarche, il
fallait que l’on éclaircisse
certains points comme : comment l’avait
il connu ? Dans les locaux du HCR à
Cotonou nous a-t-il confié et d’ajouter
: «Il est même venu au siège
de notre association. Ce jour-là,
j’étais absent mais je l’ai
appelé au téléphone
après ». Et quand nous avons
émis le souhait de rencontrer notre
Capitaine, YORO-BI nous a opposé
une fin de non-recevoir catégorique.
Et pourquoi ne veut-il pas qu’on le
rencontre ? À cause de sa sécurité
nous dit-il avant de lâcher : «Depuis
que je suis à la tête de l’association
pour dénoncer le mauvais traitement
que les fonctionnaires du HCR infligent
aux réfugiés, je suis menacé
de mort. J’ai été maintes
fois arrêté par la police ;
donc je connais la rengaine. Ne me demandez
pas de vous dire où vous pouvez trouver
le Capitaine Ouali. S’il est réfugié
politique ici, c’est que sa sécurité
est menacée et ce n’est pas
moi qui irai vous montrer sa cachette. Restez
ici un mois peut-être que vous allez
le croiser en circulation ».
Pendant que nous discutions, des réfugiés
sont arrivés chez YORO-BI notamment
un gendarme togolais qui faisait partie,
nous dit-on, des escadrons de la mort, Blao
Essohanam. Il aurait désobéi
à un ordre donné pour aller
exécuter des citoyens, d’où
sa fuite du Togo. Mais nous en avons finalement
plus appris sur la vie du HCR que sur le
Capitaine Ouali.
Et justement, entre le HCR et les réfugiés,
c’est comme qui dirait, chien et chat.
Madame YORO-BI Henriette sera ainsi prolixe
sur des menaces qu’elle aurait reçues
jusqu’à domicile. Le HCR, selon
eux, serait devenu un véritable fond
de commerce pour des personnes peu scrupuleuses
et les enjeux sont énorme d’où
ces menaces de mort et de rapatriement ;
des pratiques selon les compagnons de YORO-BI
qui dépasseraient tout entendement.
Les réfugiés ne bénéficieraient
d’aucun droit et on les traiterait
de façon inhumaine. Ils nous diront
qu’ils vivent dans la précarité
et dans le dénuement total.
Parti pour rencontrer le Capitaine Ouali
Diapangri Luther (qui visiblement ne souhaite
pas rencontrer de compatriotes en tout cas
pour le moment), nous nous sommes retrouvés
au milieu de personnes véritablement
éprouvées, nous racontant
les misères de leurs vies de réfugiés.
C’est avec ces personnes que nous
avons passé la journée et
aussi partagé leur maigre repas mais
un repas plein de générosité
et d’amitié.
Nous nous sommes promis de continuer notre
travail de limier pour prouver que découragement
n’est pas journalistique.