San
Finna N°446 du
14 au 20 Janvier 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
13
JANVIER AU TOGO
15 OCTOBRE AU BURKINA FASO :
DES PARALLELES EVIDENTS
L’histoire
est comme une plante. Si l’on ne l’arrose
pas par l’enseignement, elle finit par sortir des
mémoires par mourir. C’est sans doute pour
cela que le 13 janvier qui représente en même
temps que l’assassinat du président Sylvanus
Olympio l’avènement du pouvoir d’Eyadema,
et que le 15 octobre au Burkina Faso qui consacre l’accession
de Blaise Compaoré au pouvoir par l’élimination
de Thomas Sankara, sont célébrés
chaque année. Mais la comparaison ne s’arrête
pas là. Au-delà de la volonté de
perpétuer la mémoire des deux défunts
présidents, il y a une recherche inextinguible
de vérité et de justice. Voilà 45
ans que Sylvanus Olympio est mort. Depuis, sa famille
et notamment son fils Gilchrist Olympio n’ont jamais
cessé de demander la vérité et la
justice dans cette ténébreuse affaire. Le
président de l’UFC, au sortir des dernières
élections, vient une fois de plus de le manifester
en demandant une commission d’enquête sur
les circonstances de la mort de son père : «
Nous souhaiterions avoir une vraie commission d’enquête
afin que les coupables soient traduits en justice
».
De l’autre côté, depuis l’assassinat
de Thomas Sankara il y a 20 ans, son épouse Mariam
et ses fils n’ont de cesse de demander la lumière
et la justice dans cette affaire. Ils viennent aussi de
le réitérer de manière forte à
l’occasion du 20 ème anniversaire de la disparition
de leur époux et père.
Ce que l’une et l’autre famille demandent
aussi, c’est que les pouvoirs togolais et burkinabé
aient plus de retenue, de respect pour la mémoire
des disparus en ne se livrant pas, parallèlement
à leur recueillement annuel, à des manifestations
festives tout à fait déplacées. Et
les opinions au Togo comme au Burkina, sur ce point en
tout cas, ne leur donnent pas forcément tort, qui
suggèrent que soient réservées pour
de telles fêtes nationales, les dates d’avènement
à l’indépendance : 27 avril pour le
Togo, 11 décembre pour le Burkina Faso.
Sur
ce point, il faut reconnaître qu’au
Togo, la tendance est vers le désengagement
du pouvoir Eyadema par rapport aux célébrations
d’antan. Du temps du Général
Eyadema, on avait droit à de véritables
défilés et manifestations diverses
perlées sur l’ensemble du territoire
national. Depuis l’accession de son fils Faure
au pouvoir, il y a comme un processus de reflux
puisque
depuis deux ans, il a décidé d’instaurer
des offices religieux à la mémoire
du défunt président Olympio dans le
souci de promouvoir la réconciliation. Et
pour le 13 janvier à venir, le fait sera
consacré avec en prime un service minimum
au niveau des célébrations publiques.
Il n’y aura pas de grands défilés
militaires et civils mais seulement des parades
dans les casernes, la perspective étant visiblement
ouverte pour la cessation de ces célébrations
festives.
Au
Burkina Faso, par contre, on a tranché par
rapport à cette démarche. En témoigne
l’irruption après 19 ans de réserve
du pouvoir Compaoré dans la commémoration
du 15 octobre. Le résultat a été
visible : une gêne, une désapprobation
qui fait que sur ce point, la bonne inspiration
vient plutôt du jeune frère Faure que
du grand frère Compaoré.
C’est
vrai qu’il existe tout de même plus
que des nuances dans les deux cas. Faure Eyadema
n’a pas été acteur direct de
l’assassinat du premier président togolais
; il en subit les effets comme par succession. Dans
cette affaire Olympio, il faut reconnaître
aussi que 45 ans, ça pèse dans les
mémoires
même
si le désir de vérité et de
justice reste présent. Beaucoup de témoins
et d’acteurs de l’époque ne sont
plus de ce monde. Des traces ont disparu. La prescription,
pour certains, est d’autant plus invoquée
par certains au bénéfice de la réconciliation
nationale que les faits, quoique révoltants,
ont mis en présence deux parties qui n’avaient
pas d’affinités particulières.
Tel n’est pas le cas au Burkina Faso où Blaise
Compaoré est frère d’armes de Thomas
Sankara, responsable direct du 15 octobre. Tel n’est
pas le cas puisque nombre d’acteurs et de témoins
de ces évènements sanglants sont toujours
vivants. Tel n’est pas le cas aussi puisqu’au
Faso, malgré la volonté d’étouffer
les procédures, elles restent pendantes notamment
au plan international.
Mais quoi qu’il en soit, au moins sur la question
de la célébration du 15 octobre par le pouvoir
burkinabé, l’exemple de désengagement
de Faure devrait faire école et peut-être
le fera-t-il, à en juger par la réhabilitation
du 11 décembre !