Mise à jour le 20/01/2008
ACTUALITES

Fleche Accueil
Fleche Sommaire du N°447
Fleche Au courant de la plume
Fleche A vue de pays
Fleche Deux sons de cloche
Fleche Tribune de la femme
Fleche D'une semaine à l'autre
Fleche A vue de monde
Fleche Cocktail flash
Fleche Sites à visiter
Fleche Nos archives

DIALOGUE

 Fleche Ajouter à vos favoris
 Fleche Nous contacter

SERVICES
Fleche E-mail gratuit
Fleche Infos mondiales (AFP)
Fleche Horoscope
PUBLICITES

Galerie de photos

 
 
LIENS UTILES

Fleche cenatrin
Fleche site officiel du Burkina
Fleche fespaco
Fleche siao
Fleche uemoa
Fleche ceni

RECHERCHE SUR INTERNET
 

PARTENAIRES

 


 
Hebdomadaire burkinabè paraissant le Lundi
Bienvenue sur le site de San Finna, votre hebdomadaire burkinabè en ligne!           

San Finna N°447 du 21 au 27 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

RUPTURE DANS LA POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE
LE RAPPEL MUSCLE DE BOCKEL A SARKOZY
QUI LAISSE CEPENDANT DUBITATIF

Jean-Marie Bockel, le patron de la « Gauche moderne » en France, a secoué le cocotier à l’occasion de ses vœux de fin d’année. Le Secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, comme Rama Yade lors de la visite controversée de Mouammar Kadhafi, n’a pas usé de circonvolutions pour taper dans la fourmilière en affirmant l’impérieuse nécessité de mettre enfin en œuvre les promesses faites par le Président au sujet de la rupture avec la Françafrique. Une sortie d’autant plus fracassante qu’elle prend donc également l’allure d’un rappel à l’ordre à Nicolas Sarkozy qui semblait avoir tourné le dos à son discours de Cotonou. Ils laissent pourtant ceux censés l’apprécier, mi-figue, mi-raisin.

PROPOS ENGAGEANTS ET PROMETTEURS

Sans gants, le ministre relève l’inefficacité de l’aide et propose de « s’interroger sur ce qui n’a pas marché pour comprendre comment redonner à l’aide au développement, sa raison d’être ».

Le premier écueil qu’il relève d’emblée, c’est « la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants » ; et il s’explique : « quand je vois que 40 milliards d’euros quittent chaque année le continent pour aller s’investir ailleurs, je me dis que certains Africains ont bien peu confiance dans leurs propres capacités à développer leurs pays ». Il pose là une question essentielle, impertinente, et il poursuit : comment peut-on avoir des matières premières dont les prix montent et ne pas se développer ? Comment peut-on parler de bonne gouvernance quand dans un pays, la minorité mène un train de vie luxueux alors que les indicateurs sociaux stagnent ou régressent ? Voilà qui ne discrimine pas entre les chefs d’Etat. Si ceux qui sont à la tête de pays producteurs de matières premières sont plus coupables de mal gouverner leurs pays, ceux qui sont à la tête de pays pauvres, et qui ne promeuvent que le seul développement d’une élite alors que l’immense majorité de la population connaît les affres de la pauvreté, n’ont pas pour autant des circonstances atténuantes. On pourra ainsi appeler en cause pour responsabilité solidaire, Bongo, N’Guesso, Déby comme Compaoré, Wade, Eyadema…

Les choses ont si duré que le Secrétaire d’Etat en vient même à lâcher les mots abhorrés : conditionnement de l’aide à la gouvernance, un concept
« kouchnérien » banni sous Chirac, remis au goût du jour avec des arguments forts. Tenez. Il dira : «Si des jeunes Africains sont poussés sur le chemin de l’exil et de l’immigration, c’est en raison de la mauvaise gouvernance qui fait qu’ils ne croient plus en l’avenir de leurs propres pays ». Il touche ici du doigt la question si cruciale de la désespérance de la jeunesse africaine, que ne manquaient pas d’évoquer sans écho jusqu’à présent, certains opposants africains, pour en appeler à une remise à flot de la démocratie, il brise aussi la lecture réductrice jusqu’à présent faite de la gouvernance en abordant la question de la mal démocratie. Bockel affirme alors sûr de lui : « La feuille de route tracée par le président de la République sera mise en œuvre, et je serai l’un des artisans de sa réalisation. Là, à la limite, on glisse du volontarisme au comminatoire avant de tendre même vers le reproche.

Jean-Marie BOCKEL
(Photo AFP)

En effet, que fait Bockel lorsqu’il relève que « la rupture annoncée à Cotonou tarde à venir » lorsqu’il dénonce dans la Françafrique la préservation d’intérêts particuliers, la défense de quelques rentes de situation et qu’il accuse cette Françafrique de freiner « la refondation voulue par le président de la République », sinon au fond que de reprocher au numéro un français de ne pas faire suivre ses promesses d’actes concrets !

C’est cette audace qui confère aux propos de Bockel une certaine attraction. « Je veux assainir la relation entre la France et l’Afrique, je veux que cessent les interférences de ceux que le président Sarkozy a qualifié à Cotonou ‘d’émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent’ » : il ne fait là que réciter la leçon de choses de Cotonou. C’est cela, répétons-le, qui donne de la résonance à son « Je veux signer l’acte de décès de la Françafrique.

On ne peut pas aller aussi loin, s’engager aussi personnellement sur les brisées de quelqu’un qui vous a fait ce que vous êtes et duquel on dépend, sans garantie. Et comme pour prouver qu’il ne parle pas pour parler, il a déjà ficelé ses propositions qu’il compte soumettre au président de la République afin d’activer les réformes dans les relations franco-africaines. Parmi elles, un mécanisme d’évaluation portant sur les 10 pays les plus aidés par la France en matière de gouvernance, au sens large : démocratie, droits de l’homme, lutte contre la corruption, environnement des affaires… Voilà qui devrait présager de grands bouleversements.

DOUTES ET INSUFFISANCES DU DISCOURS

Mais pour pétillants, déterminants et iconoclastes qu’ils soient, les propos du Secrétaire d’Etat présentent des insuffisances et soulèvent des doutes.

C’est vrai que la Françafrique est bâtie sur l’injustice, le gaspillage, les bakchichs, l’expatriation de fonds énormes au détriment du continent mais les profiteurs ne sont pas toujours les seuls gouvernants africains. Il y a aussi, au-delà des missi dominici autoproclamés, les multinationales, certains partenaires multilatéraux ou bilatéraux, comme en témoignent les scandales de plus en plus fréquents qui les impliquent. C’est à ce niveau aussi qu’il faut agir car c’est surtout de là que viennent ces si fortes protections qui confortent la Françafrique et ses réseaux.

Les insuffisances viennent aussi de la politique en matière de sécurité militaire et de défense qui ne vise pas toujours, comme on veut bien le dire, à seulement aider à la stabilité des pays partenaires. Plusieurs fois, elle a servi d’appui aux accords léonins qui ont perpétué l’exploitation de l’Afrique après la décolonisation et parfois même, protéger des dictateurs, provoquer des coups d’Etat, des rébellions. On ne peut pas enterrer la Françafrique en laissant sans changement, cette coopération en matière de sécurité militaire et de défense, comme on ne peut en faire les obsèques sans revoir de fond en comble les accords de coopération iniques signés aux lendemains des indépendances.

Mais il n’y a pas que des insuffisances, il y a les doutes.

De la même façon qu’on doute que la jouvencelle Rama Yade ait pu tenir les propos qu’elle a tenus lors du séjour de Kadhafi sans les instructions ou l’approbation de Sarkozy, on ne peut imaginer que Bockel, le « bleu » au gouvernement, ait seulement pris sur lui d’avoir une telle liberté de ton vis-à-vis du chef de l’Etat. Le doute peut même virer à la crainte d’une connivence malsaine, destinée à faire du marketing, à endormir l’opinion, à la nourrir d’illusions, face à des sondages ou à des enjeux défavorables pour le numéro un français. Nous sommes en plein, ne l’oublions pas, dans la démocratie d’opinion !

La visite de Kadhafi, c’est clair et net, n’a servi ni Sarkozy ni l’image de la France, et si Rama Yade, du jour au lendemain, est devenue superstar, c’est parce que par ses mots désormais célèbres ("Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort"), elle a pansé les douleurs d’une France qui avait mal à son âme de voir ainsi fouler au pied, ses principes sacrés, et ainsi la « pilule Kadhafi », administrée par Sarkozy pour cause de « real politik » ne lui est pas restée tant que cela en travers de la gorge. En ce moment également, en raison de l’effet combiné de la mise à l’encan mal vécue par les Français, de sa vie privée et de ses variations et rétractations notamment par rapport au pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy connaît une chute de sondage l’amenant au-dessous de 50 % d’opinion favorable. Bockel pourrait n’être qu’une autre thérapie, un autre euphorisant de circonstance. Fichtre : si le président Sarkozy lui-même (après avoir promis, juré, craché, de respecter ses promesses de rupture africaine) se renie en adoubant les barons de la Françafrique et en se commettant justement avec ceux qu’il avait qualifié hier d’«émissaires impatronisés», comment peut-on croire que l’engagement de son Secrétaire d’Etat puisse s’imposer au sien ? Ce serait la République à l’envers !

Il est à remarquer d’ailleurs que pas plus que les dictateurs africains n’ont tremblé au lendemain du Discours de Cotonou, ils ne frémissent aujourd’hui après les exhortes de Bockel, persuadés qu’ils ont suffisamment acquis de pouvoir, d’argent, de moyens de pression sinon de preuves pour éviter que l’ordonnancement de la Françafrique ne soit quant au fond troublé. Enfin, même s’il y avait quelques velléités de donner suite au Discours de Cotonou et aux propos de Bockel, le monde a tellement évolué que les dictateurs auront toujours le loisir de se jeter dans les bras de la Chine, de l’Inde ou du Brésil, voire même des USA.

Alors, tout cela va-t-il finir en grand « pshitt » ? Ne jurons de rien. Bockel, même s’il ne faisait pas de fixation sur son avenir politique (quoique !) pourrait avoir à défendre sinon des principes, sa dignité. Alors peut-être que sa sortie ne procède pas d’une mise en scène mais d’une décision autonome, bien mûrie. Il pourrait, lui aussi, avoir mordu à l’hameçon des promesses de campagne, spécialement au sujet de celle portant sur la rupture et aujourd’hui il ferait partie de la majorité des Français qui reviennent de leur illusion première. Alors, ses propos peuvent effectivement apparaître comme une menace, un moyen de pression, sinon un casus belli qui annoncerait une démission, au cas où… En attendant, le défi est lancé et la polémique -sinon l’espoir- remise en selle. Instruits cependant par le passé, les peuples africains, avant de crier victoire, attendrons de voir venir, en croisant les doigts pour que la révocation de l’Etat de grâce ne prive pas Nicolas Sarkozy (au cas où il serait cette fois-ci décidé à rompre) de la possibilité de réaliser ce qu’il aurait gagné à faire, les pieds sur la table, au temps fort de l’idylle avec le peuple de France !

V.T

DERNIERE MINUTE

Le conseil des Ministres du Gabon, particulièrement choqué par les propos de Mr Bockel, a pondu un communiqué pour répondre vertement au ministre, et dénoncer les clichés qu’il véhicule. Le communiqué fait ressortir que "si la France estime que l'Afrique lui coûte cher, il lui revient souverainement d'en tirer les conclusions, sans être obligée de se justifier de façon aussi péremptoire" et il profère ni plus ni moins que la menace de se tourner vers "des partenaires plus respectueux de la dignité de ses peuples et de la souveraineté" des Etats africains. La balle est dans le camp de Sarkozy : Bongo et son pétrole ou le ministre d’ouverture Bockel et ses valeurs !




Site réalisé par Come Tell The World