Les
trois opposants que sont Koné Christian, Dr
Jean-Jacques Zeba et Me Hermann Yaméogo, ont
rédigé une lettre ouverte à l’attention
du Président John Kufuor, relative aux dérives
électorales au Kenya en particulier et en Afrique
en général. Lisez plutôt.
A
Monsieur le Président de l’Union africaine
Ouagadougou,
le 16 janvier 2008
Monsieur
le Président,
Nous
observons en tant qu’Africains et opposants,
avec un réel dépit, le manque d’engagement
déterminé de la communauté africaine
par rapport aux dommages causé aux gouvernances
en général et aux processus électoraux
africains en particulier. Notre dépit est d’autant
plus grand que les chefs d’Etat et de gouvernement
africains, il y a quelques années de cela à
Alger, avaient solennellement décidé
de lutter contre cette mauvaise gouvernance en ne
reconnaissant plus en leur sein, les régimes
issus de coup d’Etat.
Cette
option, Monsieur le Président, avait été
saluée à l’époque par les
peuples africains qui n’ont jamais caché
leur préférence pour les modes de conquête,
d’exercice et de dévolution pacifique
du pouvoir qui favorisent l’alternance démocratique.
Mais les engagements pris à la rencontre historique
d’Alger n’ont pas été respectés
et l’Afrique est retournée à ses
premières amours, encourageant par la passivité
voire la complaisance, les violences politiques, les
confiscations répétées du choix
des électeurs : autant de dénis du droit
souverain des peuples, à l’origine de
contestations souvent violentes avec mort d’hommes.
Ces
dernières années, 400 à 500 personnes
selon l’ONU, seront ainsi tuées en 2005
au Togo à la suite de contestations électorales.
Toujours en 2005, en Ethiopie, on enregistrera près
de 200 morts, autant de pertes en vies humaines au
Nigeria en 2007 après des élections
toujours mal organisées. Au Kenya, c’est
à plus de 700 victimes que se chiffre aujourd’hui
le prix de cette passivité de l’Union
africaine.
De
plus en plus de voix soutiennent que ça ne
peut plus durer, à commencer par la Commission
de l’Union africaine où après
le constat du dévoiement des processus démocratiques,
il est tout simplement demandé d’engager
la refondation de la démocratie dans le continent.
Ne parlons pas des peuples et des opposants africains
dont l’engagement pour cette refondation ne
s’est jamais démenti.
Il
n’est jusqu’aux partenaires qui n’en
viennent aujourd’hui, comme c’est le cas
en France avec cette relance du Ministre Bockel faite
au président Sarkozy par rapport à l’application
de la rupture en Afrique, qui ne mettent en exergue,
l’impérieuse nécessité
de faire observer le primat des droits de l’homme,
de la démocratie, en Afrique.
Alors,
Monsieur le Président, reprenez votre bâton
de pèlerin pour poursuivre la recherche d’une
solution à la crise kenyane. Ne permettez pas
que ce pays glisse en raison de la boulimie du pouvoir,
d’un homme, dans un chaos qui aura des répercussions
dans la sous région. Agissez pour que le hold-up
de Kibaki ne passe pas, et pour faire comprendre aux
dirigeants africains que la démocratie a ses
principes et ses règles universels comme le
football ou le volley-ball. De même qu’on
ne peut pas, sous prétexte que nous sommes
Africains, revendiquer un droit à jouer avec
les mains au football et les pieds au volley-ball,
de même, on ne saurait revendiquer un droit
à tropicaliser la démocratie pour l’affliger
de pratiques scandaleuses.
Ne
laissez pas votre mandat se terminer sans convoquer
une réunion extraordinaire de l’Union
africaine sur ce problème brûlant, sans
vous attacher à donner suite à la requête
de la Commission de l’Union africaine qui, plus
que jamais, reste d’actualité.
Veuillez agréer, Monsieur le président,
l’expression de notre très haute considération.
Pour
le PNR/JV
Christian KONE
Pour le PSP
Dr Jean-Jacques ZEBA
Pour l’UNDD
Me Hermann YAMEOGO