KADHAFI
A OUAGADOUGOU
LE « GUIDE » SERAIT-IL VENU S’OFFRIR
DES COMPLICES
POUR EXPULSER PRES DE 2 MILLIONS D’AFRICAINS ?
Rompant
avec ses habitudes, le « Guide » libyen
est venu à Ouagadougou, sans battage médiatique,
sans la caravane habituelle traversant le désert
avec cortège, chameaux et tout le tralala. La
voie choisie pour rallier la capitale burkinabé
sera celle des airs. Pourquoi un tel déplacement
et dans ces conditions ? Il fallait s’attendre
à ce que la question interpelle bien de Burkinabé.
Blaise Compaoré a fait savoir que c’était
lui qui l’avait fait venir en qualité d’invité
spécial au Sommet de la CEDEAO. Il aurait en
fait voulu, pour la circonstance, placer Kadhafi au
cœur de l’évènement comme on
le ferait d’une cerise sur un gâteau. Cela
n’a pas empêché de se demander qu’est-ce
que Kadhafi avait à voir avec la CEDEAO et de
tourner les pensées vers d’autres pensées
et d’autres réponses plus pertinentes ?
| Pour
quelques-uns, cette visite qui venait après
la vexation de Kadhafi par rapport à la démarcation
de Blaise Compaoré au sujet de son discours
à Accra sur l’union africaine et à
la non-assistance de l’avion présidentiel
burkinabé qui |
|
survolait
la Libye pour le Portugal par les autorités
libyennes, avait tout d’une démarche
visant à recoller les morceaux : Kadhafi
serait en quelque sorte venu à Canossa
; il se serait rendu auprès de Blaise Compaoré,
auquel même un puissant comme lui, ne peut
pas sans risque faire la tête et encore
moins, s’attaquer. Là, on comprendra
qu’on en fait un peu trop en poussant le
bouchon ou en jouant de la brosse à reluire. |
Pour
d’autres, qu’on pourrait plus à prendre
au sérieux, le « Guide » serait venu
pour éviter une fracture au sein de la CEDEAO
qui ne pourrait qu’en entraîner d’autres
au sein de la CENSAD, et la cause de cette fracture
ne pouvant que découler de la mésentente
quant au choix du patron de la BCEAO par l’UEMOA.
Comme Kadhafi ne manque pas de moyens de persuasion
et de pression sur tout ce beau monde, il pouvait trouver
la manière de faire entendre à tous, raison.
Mais il est peu probable, quand on connaît aussi
certaines fortes têtes qui composent la CEDEAO,
que cette explication soit la bonne.
Mais alors pourquoi est-il venu ?
Pour relancer son éternel combat en faveur de
l’union africaine. Le cadre était bien
choisi. Devant ce panel de chefs d’Etat, il pouvait,
en bon prédicateur, infatigable, revenant toujours
sur l’ouvrage, faire comprendre l’urgence
à réaliser l’union pour ne pas être
évacué par l’histoire. Mais bien
que cette proposition soit plausible et souhaitable,
le moment ne semble pas choisi pour mener une telle
discussion, l’approche diplomatique personnalisée
paraissant plus indiquée en l’occasion.
Alors, procédant toujours par élimination,
il en est qui soutiennent que si le patron de la Jamahiriya
arabe libyenne a atterri à Ouagadougou, quasiment
toutes affaires cessantes, c’est parce que le
feu brûle quelque part, et ce pourrait être
à La Haye avec cette satanée affaire Taylor.
On en compte qui se réveillent le matin en espérant
entendre des témoignages ressortir l’implication
d’un Kadhafi, d’un Compaoré…
Ceux-là sont persuadés, tellement il y
a à leurs yeux des éléments à
charge contre ces chefs d’Etat et bien d’autres,
que le procès ne peut pas se terminer ainsi en
queue de poisson avec la seule mise en cause du seul
Taylor. Et pour ceux-là, Kadhafi préférant
prévenir que guérir, pourrait avoir fait
le déplacement dans l’optique de préparer
des alibis en béton.
Mais quand on pense à la cour effrénée
dont le « Guide » est l’objet autant
qu’aux désagréments que pourraient
connaître certains grands de ce monde par le fait
d’un quelconque appel en cause de sa personne
à La Haye, on est tenté de dire que là
aussi, n’est pas l’explication de la venue
de Kadhafi à Ouagadougou.
Quel mystère cache donc cette visite ? Peut-être
finalement cette sombre affaire d’expulsion de
2 millions d’Africains dont la plupart sont sub-sahariens.
Face à cette méga expulsion de la part
d’un homme qui passe pour le plus grand pourfendeur
des pays qui montrent de l’ingratitude envers
les immigrés (ne vient-il pas justement de faire
la leçon aux Français lors de sa visite
controversée dans l’Hexagone ?), nous avons
affaire à une question de taille. Elle aura des
répercussions politiques, économiques
et sociales sur les pays de retour ; elle risque de
constituer comme un blanc-seing pour nombre de pays
développés qui rechignaient encore pour
des questions humanitaires, de gestion des opinions,
à durcir les conditions d’entrée
et de résidence des immigrés. Si quelqu’un
comme Kadhafi peut se permettre de bouter hors de la
Libye jusqu’à 2 millions d’immigrés
sans qu’on ne « oufe » sur le continent,
alors ce n’est pas à Hortefeux qu’on
en voudra de soulager annuellement la France de quelques
25.000 de ces indésirables ! Kadhafi pourrait
effectivement avoir effectué ce déplacement
pour tenter d’expliquer sa position à ses
pairs, pour tenter aussi, pourquoi pas, avec les possibilités
qu’on lui connaît, de s’aménager
sinon leur soutien, leur silence. Mais le pourra-t-il
lorsque déjà, ici et là, sourdent
des protestations qui risquent de gagner en puissance
si jamais son projet continuait à être
mis à exécution ? Dans certains pays,
on ne se cache pas pour dire que cette expulsion est
la contrepartie du pont d’or qui lui a été
fait en France et en Europe pour permettre son insertion
dans la communauté internationale.
Le débat ne fait que commencer car s’il
est une matière qui, jusqu’à preuve
du contraire, est au-dessus des pressions financières,
médiatiques, politiques, diplomatiques que peuvent
exercer les puissants de ce monde, c’est bien
celle liée à l’immigration. Cet
appel du large, qui prend aux tripes les damnés
de la terre et qui les amène à affronter
les plus grands défis pour atteindre les espaces
où les herbes leur paraissent plus vertes, est
si fort que le retour de manivelle risque d’être
très dur pour Kadhafi comme pour tous ceux qui,
pour le coup, tenteraient de lui sauver la mise. En
attendant la suite, il faut délivrer un carton
rouge aux chefs d’Etat de l’UEMOA et de
la CEDEAO qui auraient dû saisir l’occasion
pour obtenir des clarifications de Kadhafi sur son projet
et plus encore, pour s’en démarquer le
plus nettement possible aux yeux de l’opinion
africaine et mondiale !
La Rédaction