Mise à jour le 20/01/2008
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San Finna N°447 du 21 au 27 Janvier 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

EST-IL BIEN OU NON DE VOULOIR OFFRIR DES CONTRATS DE TRAVAIL AUX MILITAIRES RETRAITES EN CONTESTATION ?

Depuis que le gouvernement a dégagé près de 2.000 postes pour les offrir aux militaires retraités afin de calmer leur courroux, une controverse bat son plein, et qui oppose ceux qui félicitent le gouvernement d’avoir trouvé, par ce trait de génie, le moyen d’empêcher le pays de basculer dans le pire, et ceux qui pensent qu’on a procédé par un traitement de « deux poids, deux mesures » de l’affaire, et plus grave, ouvert de la sorte, la boîte de Pandore. Deux sons de cloche.

LE GOUVERNEMENT A BIEN FAIT

Quand on repense à la situation d’insécurité causée par les militaires au pays ces derniers temps, et quand on pense surtout à ce que de telles situations ont conduit à l’étranger, on ne peut pas en vouloir au gouvernement d’avoir dégagé près de 2.000 postes pour satisfaire les militaires qui n’étaient pas prêts à aller à la retraite dans les conditions qu’on leur offrait. Il faut en toutes choses, considérer l’intérêt général, la sécurité de la majorité des Burkinabé. Aujourd’hui, la fièvre est retombée et personne ne s’en plaint puisque ça permet à chacun de vaquer normalement à ses occupations et c’est ça le plus important. C’est le point de vue d’Ismaël Bicaba, journaliste à Sidwaya, même s’il se pose un certain nombre de questions : « Dans un certain sens, je dirai que c’est pour pallier une situation de crise. On pourrait louer l’action parce que cela peut contribuer à apaiser la situation. Et des gens qui vont à la retraite plus tôt, il n’est pas toujours facile de gérer la suite sans quand même les redéployer dans d’autres emplois. On peut encourager cela. Dans un autre sens, si on considère que vu certaines réticences, les personnes concernées, je veux dire les militaires, il s’avérait que cette proposition ne trouverait pas l’assentiment général. Ils demanderaient beaucoup plus, un traitement pécuniaire plutôt que d’aller courber l’échine dans d’autres tâches. On pourrait peut-être regretter le manque de prospection du gouvernement. On ne fait que chercher des solutions palliatives des problèmes. Parce que ce sont les militaires, les gens d’armes, on a vite fait de trouver une solution et quand il s’agit de régler la question du chômage que les jeunes réclament, on a toujours du mal à répondre ». Boris Edson Yaméogo, Secrétaire à l’information et à la communication de la Ligue des consommateurs du Burkina, quant à lui, est tout à fait partant pour cette mesure prise par le pouvoir : « Par rapport à cette initiative du gouvernement, j’observerai d’abord que la mesure n’a pas été prise à froid. C’est à la suite de manifestation que le gouvernement a tenté de trouver des solutions à un problème qui lui a été posé. Ce n’est pas, je pense, de gaieté de cœur que celui-ci a dégagé des emplois pour une certaine catégorie de citoyens burkinabé, je veux parler là des militaires retraités. C’est sûrement face à la pression que ces militaires ont dû exercer sur le gouvernement qu’il fallait donc trouver une solution. Si cette solution a permis de calmer la situation, c’est bien parce qu’on ne sait pas à quoi il fallait s’attendre s’il n’y avait pas de solution. C’est le raisonnement que je pourrais mener ». Voilà qui suffit à faire taire, une fois pour toutes, tous ceux qui pour des raisons obscures, souhaitaient que les choses dégénèrent.



TOMI.

LE GOUVERNEMENT A MAL FAIT

Dans un Etat de droit, où l’on ne fait pas de distinction entre les catégories de citoyens, on ne peut pas prendre des mesures comme celles que l’on vient de prendre, pour satisfaire les militaires retraités. La question du chômage touche tout le monde. Si alors que des jeunes en sont actuellement durement frappés, on se permet de satisfaire en priorité les militaires arrivés à la retraite, on commet une grave erreur. On montre d’abord qu’on a peur de la menace, ensuite que les militaires sont beaucoup plus à prendre en considération que les civils, et l’on fera comprendre à ceux des civils qui cherchent du travail ou qui ne veulent pas aller à la retraite que la seule façon d’avoir gain de cause, c’est d’user de menaces ou de violences. Comme les militaires n’en ont pas le monopole, on voit ce que cela peut donner. Adama Fofana, commerçant, nous dira ceci : « Si c’était moi, militaire, en tout cas, je ne vais pas être d’accord avec ça. C’est pas normal. On veut diviser les civils et les militaires ; on veut aussi diviser les militaires. Un jour, les civils vont aussi prendre des armes quand ils ne seront pas contents pour demander des avantages. Il faut chercher autre solution car ça, ce n’est pas bon ». Pour sa part, Issa Ilboudo, gestionnaire des hôpitaux, avancera ceci : « C’est une mesure pour apaiser une crise mais si on n’y prend garde, on va droit dans le mur. Je suis contre cette initiative parce que si le gouvernement peut de façon rapide, dégager des postes pour les militaires, il va falloir résoudre maintenant le problème du chômage de tous les jeunes. S’il faut manifester pour obtenir, tous les corps sociaux vont s’y mettre, et cela ne sera pas facile ». Assane Ouédraogo, journaliste à l’Observateur, plus mesuré, nous dira ceci : «Comme beaucoup l’ont suggéré, je trouve que la rapidité avec laquelle le gouvernement a réagi, on peut saluer cette réaction, mais les emplois dégagés pour les militaires posent un problème juridique. Et là, on ne se retrouve plus. Aussi la question qu’on se pose, c’est sur quelle base ceux-ci vont revenir dans la fonction publique. Je ne sais pas si d’un point de vue pratique, le gouvernement a essayé de trouver une solution à ce problème mais je crains que cela n’entraîne d’autres problèmes. Ce n’est pas que je sois contre mais il va falloir réfléchir sur ce précédent ». Jean Ouédraogo, vendeur de livres, lui est totalement opposé à la mesure : « Brusquement, alors qu’il n’y a pas de travail pour les jeunes, on trouve 1.700 postes à pourvoir et pour qui ? Pour ceux qui ont les armes ou qui peuvent en avoir. C’est injuste. J’ai même entendu que le pouvoir était prêt à donner ces postes aux enfants des militaires. Mais à quel titre ? On est encore en République ? Je me le demande ». Une fois de plus, le pouvoir a mis entre parenthèses le droit à la bonne gouvernance !



TOZI.

Citation de la semaine

Sur la clause de sauvegarde pour les OGM en France :
« Espérons seulement que ce n’est pas une arnaque pour les municipales et que dans quelques mois, on ne nous ressorte pas un : « Nous on voulait, mais c’est Bruxelles qui dit non !»

Un anonyme (lu sur le site de Greenpeace)






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