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San Finna N°448 du 28 Janvier au 03 février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Bernard Kouchner à Ouagadougou
Passage furtif
et « lapin » posé à des journalistes

Parce que Blaise Compaoré a été présenté comme le grand manitou de la région, peut-être aussi « le petit piment de l’Afrique » comme a dit l’Observateur Paalga en son temps, parce qu’il a été propulsé médiateur de la crise ivoirienne au titre de la CEDEAO et qu’il a conduit au Togo une

Bernard Kouchner
médiation qui, sans avoir réussi à 100 %, a au moins permis des élections qui ont renouvelé l’organe législatif, la France de Nicolas Sarkozy ne pouvait pas, au nombre des Etats africains à visiter, ne pas faire une halte au Burkina Faso. Après une tentative manquée au détour d’une visite en RDC et au Rwanda, l’escale cette fois a eu lieu à Ouagadougou le dimanche 27 janvier 2008, pour quelques heures...

C’était l’occasion pour Bernard Kouchner, après le discours qu’il n’a pas pu renier de Jean-Marie Bockel sur la rupture, de programmer des contacts pour toucher du doigt les réalités burkinabé. Il était tout d’abord prévu un entretien à l’Ambassade de France, au cours d’un petit déjeuner, avec un panel représentatif de l’opposition, de la majorité, de la société civile, des ONG… , puis, un entretien avec le ministre des Affaires étrangères audit Ministère, un tête à tête avec le chef de l’Etat à Kossyam, et enfin une conférence de presse à l’Hôtel Lybia avec la presse.

Pour la première partie, la chose s’est effectivement passée mais la presse n’était pas conviée. On sait, à la faveur de quelques indiscrétions, qu’il y avait Chrysostome Zougmoré du MBDHP, Me Benewendé Sankara représentant l’opposition parlementaire, Me Hermann Yaméogo représentant l’opposition extraparlementaire, Salvador Yaméogo représentant la mouvance présidentielle et des experts représentant l’UNICEF, le PNUD, Madame Christine Kafando représentant la « Maison des associations de lutte contre le Sida »...
Beaucoup de confrères qui ont appris la nouvelle, ont apprécié une innovation opportune qui va dans le sens de cette rupture avec les anciennes méthodes de la Françafrique.

Notre organe, qui avait reçu une invitation pour le point de presse en bonne et due forme de l’Ambassade de France (grand merci au passage car ce n’est pas tous les jours que cela arrive et les autres devraient suivre l’exemple), s’est rendu au passage aux Affaires étrangères, et là, a pu grappiller quelques mots du « French Doctor » au sortir de son entretien avec Djibril Bassolet.

Dans un court speech, il dira avoir parlé de l’amitié entre son pays et le nôtre. Il ajoutera que les ministres des Affaires étrangères sont contents quand ils sont ensemble et surtout quand ils s’aiment bien (NDLR : la peau de la ‘Françafrique’ est dure à cuire !). La Côte d’Ivoire était aussi à l’honneur mais ce qui semble préoccuper le plus le patron de la diplomatie française, au plus haut point, c’est l’élection présidentielle de la semaine prochaine en Serbie où l’ultranationaliste Tomislav Nikolic, proche des Russes, est en passe de remporter les élections. Même s’il est aujourd’hui ancien administrateur du Kosovo, Bernard Kouchner reste sensible au sort de son ancien « fief ». Pour un journaliste qui s’inquiétait que celui-ci rende visite au Burkina un dimanche, il n’a pas hésité à dire : « Que Dieu me pardonne, voilà même le dimanche, nous travaillons… ».

Mais frappé par la révélation de son amitié avec le ministre burkinabé (puisqu’il parlera de « l’amitié entre eux deux », Djibril Bassolet et lui), nous nous promettions de chercher à en savoir plus au cours de la conférence de presse à l’Hôtel Lybia sur le quand, le comment et le pourquoi de cette soudaine amitié au regard de la trajectoire de leurs parcours professionnels.

Et puis, le ministre appelé à Kossyam s’y est rendu, laissant le soin à l’escouade de journalistes de prendre la direction de l’Hôtel, dans l’attente du grand moment d’échanges avec le Docteur Kouchner.

Eh bien, force majeure, stratagème ou autre inconnue, les journalistes qui faisaient le pied de grue (ils étaient une bonne vingtaine à l'attendre en se faisant une joie, connaissant le franc parler du ministre, d'échanger avec lui!) apprendront que finalement, après l’entretien avec le chef de l’Etat, un point de presse a été improvisé et que par conséquent, ceux qui attendaient à l’Hôtel pouvaient vaquer à leurs occupations pour ne pas dire aller se faire voir ailleurs.
Voilà le « lapin » que semble bien avoir posé Bernard Kouchner à la grande majorité de la presse nationale et internationale, et qui est resté en travers de la gorge de bien de confrères même si le chargé de communication de l’Ambassade de France a présenté ses excuses aux journalistes.

Pourquoi avoir laissé le privilège à quelques journalistes triés sur le volet (dont une certaine presse internationale) de s’entretenir avec le « French Doctor » ? Les journalistes étant à quelques pas de Kossyam auraient pu être conviés à s’y rendre ? Pourquoi ne l’ont-ils pas été ? Est-ce parce qu’on était assuré de ne pas avoir de questions dérangeantes ? Est-ce parce qu’on avait pris le parti de tresser, sans possibilité de contradiction, des couronnes de laurier sur la tête du pouvoir ? On ne le sait.

En tout cas, pour beaucoup, cette visite dominicale effectuée au pas de charge aura eu un parfum d’inachevé !

Voici les questions, en attendant à l’Hôtel, que San Finna avait apprêté à l’attention du ministre :

1) A Marcoussis, il avait été préconisé de mettre à contribution la communauté des bailleurs de fonds pour constituer des pôles de développement en Afrique et pour mieux gérer les flux migratoires. Depuis, rien. Croyez-vous qu’une paix durable en Côte d’Ivoire puisse se concevoir sans la mise en œuvre de cette promesse ?

2) Etes-vous solidaire avec la déclaration du Secrétaire d’Etat Mr Jean-Marie Bockel et si tel est le cas, pensez-vous, comme l’a dit un de nos hommes politiques, qu’il serait possible -pour éviter les frustrations- de procéder à cette rupture par consentement mutuel plutôt que sous forme de diktat ?

3) Des voix s’élèvent de plus en plus pour contester les élections au Kenya et même en demander la reprise. Le Parlement de l’Union africaine a clairement demandé qu’on remette en jeu le second tour de l’élection présidentielle. Quel est votre sentiment ?

4) Pensez-vous qu’une bonne gouvernance puisse se construire lorsque les constitutions sont perpétuellement trafiquées, les élections fraudées, les droits de l’opposition méprisés, la justice domestiquée ?

Nous n’aurons sans doute jamais réponse à ces questions !

Aristide Ouédraogo
oudera@yahoo.fr






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