CLASSEMENT
DU BURKINA FASO PAR LE PNUD
CA ROUGIT LES YEUX MAIS NE LES CREVE PAS !
A
considérer toutes les émissions, tous
les coups de gueule qui fusent depuis que le dernier
Rapport de notation du PNUD est tombé, classant
le Burkina Faso 176 ème sur 177 Etats, c’est
comme si le ciel était tombé sur la tête
de certains Burkinabé. Ca peut se comprendre.
Quand on met autant le paquet dans les médias,
dans les réseaux internationaux…, pour
avoir une belle image, des retours d’investissements
subséquents aux plans financier, diplomatique,
médiatique et que comme cela, alors que le pays
bénéficie de louanges, de distinctions
à ne plus compter («Doing Business »,
Prix CIVIPAX), on vient vous cueillir à froid
avec un tel classement, ça fait plutôt
désordre. Ca fait même très mal
car ça détricote tout un travail accompli
en amont et qui visait à ancrer définitivement
dans les consciences que la bonne gouvernance, le Burkina
Faso y avait construit son territoire ! Pour autant,
faut-il faire tout un « foin » pour cette
« veste » et engager des procès en
sorcellerie à n’en plus finir ? Ca ne fait
pas très crédible si on veut bien y voir.
Tout
d’abord, le PNUD ne peut pas avoir choisi simplement
le Burkina Faso pour le martyriser par des classements
au vitriol. Il n’y a pas de raison surtout quand
on a eu des représentants burkinabé au
PNUD qui y ont bien travaillé !
Ensuite, les chiffres qui ont été pris
en considération ne l’ont pas été
à la tête du client. Quoi qu’il en
soit, ce n’est pas en tout cas le Burkinabé
lambda qui en sera choqué, au vu de la cherté
de la vie, de la pauvreté et de l’insécurité
galopantes. Ces temps-ci, on n’en a que contre
ces indicateurs de développement qui sont loin
d’être au vert : les prix flambent tellement
que beaucoup de structures sociales et politiques sont
obligées de monter au filet. C’est le cas
de la LCB qui a fait des propositions (mise sur pied
par le gouvernement d'une commission nationale chargée
d'élaborer la politique nationale en matière
de consommation) ; c’est le cas des syndicats
qui viennent d’en appeler à la mobilisation
de leurs militants contre les toutes récentes
hausses des prix des hydrocarbures « qui érodent
davantage le pouvoir d’achat des masses laborieuses
». C’est le cas de l’UNDD qui, à
l’occasion des vœux au Secteur 6 de Ouagadougou,
a appelé les femmes à « attacher
leurs pagnes » pour lutter contre ce fléau.
Ne parlons pas des médias qui, chaque jour, répercutent
les détresses des Burkinabé à ce
sujet. Tout cela dans un contexte où la bonne
gouvernance vantée, révèle une
fracture abyssale entre une minorité qui n’en
finit pas de s’enrichir et une majorité,
de s’appauvrir.
Ensuite, le PNUD n’a pas affabulé ; on
ne comprendrait pas, pour ceux qui le soutiennent, qu’il
ait pu prendre des chiffres d’il y a deux ans
pour un pays et d’autres d’il y a un an
pour tel autre pays. Même s’il y avait maldonne
à ce niveau, finalement, comme ce sont aussi
les pays qui procurent les données, le Burkina
Faso ne peut pas se prévaloir de sa propre turpitude
: il aurait dû être plus diligent. C’est
ce que pense cet Internaute qui a écrit sur le
site www.lefaso.net que «Les données statistiques
utilisées pour les calculs viennent de nos instituts
nationaux ; alors si le Burkina est l’avant dernier
pays à mettre à jours ses données,
il est avant dernier ».
Dans le même ordre d’idées, on ne
s’expliquerait pas que le PNUD fasse son classement
en accordant sa préférence à tel
ou tel secteur, selon qu’il a affaire à
tel ou tel pays.
Parmi les autres griefs relevés contre ce rapport,
le pouvoir souligne qu’il n’a pas été
pris en considération la réduction de
l’écart de développement entre pays.
C’est le cas avec la Côte d’Ivoire.
Mais si cet écart de développement qui
nous est favorable est dû à la captation
des richesses de ce pays, que vaut-il ?
Ensuite, il est demandé de tenir compte de certains
indicateurs intermédiaires dans la définition
de l’Indice de développement humain. Mais
si chaque pays devait venir avec son indicateur intermédiaire,
on ne s’en sortirait pas. Et puis, quand on invoque
la stabilité, la régularité des
élections pour des bonifications de classement,
on sait bien que ce ne sont pas des indicateurs crédibles
au regard de la fraude dans laquelle sont passés
maîtres, bien de pouvoirs en Afrique !
Quand le pouvoir dit aussi qu’il faut se limiter
à la composante « éducation primaire
» plutôt qu’au « taux combiné
primaire, secondaire, et supérieur », on
est plutôt dubitatif. Chacun sait que le pouvoir
met le paquet au niveau du primaire pour arriver à
un chiffre avantageux au niveau des partenaires mais
au fond, on constate bien que les élèves
du primaire retombent dans leur grande majorité,
dans l’analphabétisme.
On pourrait par ailleurs se demander pourquoi les autres
pays ne protestent pas autant que le Burkina Faso. A
trop le faire, on a l’impression qu’on se
mouche parce qu’on se sent morveux. C’est
ce que souligne cet Internaute sur le même site
www.lefaso.net pour qui ce cri de colère du gouvernement
fait penser à celui d’ « un élève
qui demande une modification des coefficients des matières
pour pouvoir dépasser un voisin dans le classement
! ».
Soulignons également qu’il n’y a
pas de quoi aussi provoquer tout ce remue-ménage
quand on avance par ailleurs que l’an prochain,
on va voir ce qu’on va voir puisque les chiffres
correspondront à une année favorable où
les indicateurs étaient au vert. Le pouvoir devrait
faire contre mauvaise fortune, bon cœur et attendre
l’année prochaine, surtout qu’en
matière de chiffres, il passe pour savoir (quand
il s’y met sérieusement) les accommoder
à merveille. C’est le point de vue de cet
Internaute qui a adressé un mail à notre
confrère L’Evènement, sous le titre
« Et si le Burkina estait le PNUD en justice !
», paru dans son édition N° 132 du
25 janvier 2008: « Si ce sont les chiffres ‘réactualisés’
qui feront notre classement, eh bien, dans un proche
futur, le Burkina Faso fera un bond, sinon un galop.
Car les experts burkinabé savent en produire
: on se rappelle le taux de prévalence VIH/Sida
qui est passé de 7 à 2 % en un temps record
».
Pour
conclure, si action de contestation des critères
ou des méthodes d’évaluation il
devait y avoir, elle gagnerait à être engagée
collectivement à travers l’UEMOA, la CEDEAO,
l’Union Africaine… Ce serait beaucoup plus
porteur. Que toutefois, cela ne nous empêche pas
de nous demander pourquoi le PNUD s’emmure dans
un tel silence depuis qu’il est l’objet
d’attaques souvent vives. Est-ce parce qu’il
est coupable de quelque chose et qu’il préfère
garder profil bas ? On pourrait le penser. Mais on pourrait
se dire aussi qu’il ne veut pas alimenter une
polémique inutile et qu’il préfère
laisser les chiffres au jugement de l’opinion
et des décideurs.
La Rédaction