San
Finna N°449 du
04 au 10 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
SITUATION
AU KENYA
ETABLIR LA FAUTE DE LA FRAUDE POUR ORDONNER LA REPARATION
PAR LA REPRISE DES ELECTIONS
Dans
l’affaire kenyane, on fait beaucoup de bruit.
Chacun y va de ses professions de foi. On a déjà
vu le Rwanda, on ne nous y reprendra plus. Voilà
ce qu’ils semblent vouloir dire -ces décideurs
qui gouvernent le monde-, et qui les amènent
à revendiquer en chorus la réaction
diligente des Nations Unies. Ainsi, en va-t-il de
la France. Pour sa part, l’Union africaine,
toute affaire cessante, s’est transportée
sur les lieux et son président d’alors,
John Kuffuor,
Kibaki
et Odinga
(Photo www.economist.com)
s’il
n’a pas réussi à débloquer
la situation, a pris soin de laisser sur place un
mécanisme de médiation piloté
par Kofi Annan. Les Nations Unies viennent de courir
à la rescousse de l’Union africaine
avec la visite de Ban Ki-moon en personne pour tenter
d’amener à composition, Kibaki et Ondiga.
Tout le monde, on le doit, se dit : Plus jamais
ça. On ne nous prendra plus à défaut
de non assistance à peuple en danger ; on
ne nous accusera plus de complicité par abstention
ou par action de génocide.
Mais
pendant que toute cette agitation a cours, les violences
continuent au Kenya. Il ne vient à l’idée
de personne, oh sauf quelques-uns comme le Parlement de
l’Union africaine, chez nous le quotidien Le Pays
et notre organe San Finna, de mettre la main sur le cœur
du problème : la fraude électorale, pour
suggérer, puisque c’est de là que
la machine a dérapé, de reprendre les élections
avant qu’il ne soit trop tard.
On est déjà sur la voie du trop tard car
Kibaki a réussi, en jouant la montre, la politique
du fait accompli, à détourner les regards
de la cause première de la fracture nationale vers
les manifestations ethniques dérivées. Il
apparaît ainsi maintenant, lui le responsable de
tout cela, quasiment comme une victime en tant que Kikuyu.
S’il a réussi, c’est parce que, comme
déjà le dénoncent certaines sources,
il est le chouchou de la communauté internationale
malgré les lourds déficits enregistrés
par sa gouvernance au multiple plan politique, économique
et des droits de l’homme. Alors, les partenaires
gagnent du temps, légitimant par le fait le président
fraudeur. C’est comme l’a si bien relevé
sur RFI vendredi passé, le Professeur Jean-Luc
Ibriga, il existe une tendance des partenaires de décourager
la bonne pratique démocratique et la bonne gouvernance
en soutenant des élections fraudées, remportées
par des hold-up, tout simplement parce que, disent-ils,
il y va de la sécurité, de la paix, de la
stabilité…
Quand Ban Ki-moon vient dire aux deux opposants : "Dépassez
les intérêts individuels. Dépassez
les lignes partisanes! Tournez-vous vers l'avenir, l'avenir
radieux de votre pays!", autant prendre une résolution
pour signifier que comme Kibaki y est déjà,
il y restera, et on tourne la page ! C’est exactement
ce qu’a compris cet Internaute du Blog du journal
Le Monde, un certain Fiouk, qui était de passage
au Kenya la veille des élections et qui s’est
ainsi exprimé: « La lecture au quotidien
de la presse locale m'a-t-elle éclairé plus
qu'un autre ? Au bout du compte, si je dis ‘Kibaki
fous le camp !’, Ban Ki Moon m'entend-il ? »
Avec de telles dispositions, il y a malheureusement beaucoup
de risques que l’ethnicisation, en dehors des solutions
purement endogènes qui ramènent à
la normalité démocratique, se renforce.
Mais les peuples africains ont commencé à
identifier, par-delà leurs dictateurs, tous ceux
qui es aident à les opprimer, à se jouer
d’eux.
Ils sont également fatigués de tous ces
aboiements qui parviennent des Nations unies, de l’Union
africaine et de toutes les organisations internationales
et qui ne sauraient dispenser ceux qui y excellent, de
leurs responsabilités. Ce qu’ils retiendront
demain, en l’occurrence dans l’affaire kenyane,
c’est que tous n’ont pas dénoncé
la fraude de Kibaki et soutenu les quelques voix ici et
là qui suggéraient de reprendre les élections,
ne serait-ce que pour le second tour !
V.T
Dernière
minute :
Raila
Odinga, chef de l'opposition, a accusé samedi
le président Mwai Kibaki de saboter les efforts
de médiation en cours au Kenya en insistant pour
que la crise politique liée à sa réélection
contestée du 27 décembre soit réglée
par les tribunaux. De son côté, le président
rwandais, Paul Kagamé, n’a pas exclu un
coup de force au Kenya compte tenu de la situation politique
inextricable. Appel du pied ou simple constat d’un
connaisseur ? C’est à voir !