Mise à jour le 03/02/2008
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San Finna N°449 du 04 au 10 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
 

A vue de monde

SITUATION AU KENYA
ETABLIR LA FAUTE DE LA FRAUDE POUR ORDONNER LA REPARATION
PAR LA REPRISE DES ELECTIONS

Dans l’affaire kenyane, on fait beaucoup de bruit. Chacun y va de ses professions de foi. On a déjà vu le Rwanda, on ne nous y reprendra plus. Voilà ce qu’ils semblent vouloir dire -ces décideurs qui gouvernent le monde-, et qui les amènent à revendiquer en chorus la réaction diligente des Nations Unies. Ainsi, en va-t-il de la France. Pour sa part, l’Union africaine, toute affaire cessante, s’est transportée sur les lieux et son président d’alors, John Kuffuor,

Kibaki et Odinga
(Photo www.economist.com)

s’il n’a pas réussi à débloquer la situation, a pris soin de laisser sur place un mécanisme de médiation piloté par Kofi Annan. Les Nations Unies viennent de courir à la rescousse de l’Union africaine avec la visite de Ban Ki-moon en personne pour tenter d’amener à composition, Kibaki et Ondiga. Tout le monde, on le doit, se dit : Plus jamais ça. On ne nous prendra plus à défaut de non assistance à peuple en danger ; on ne nous accusera plus de complicité par abstention ou par action de génocide.

Mais pendant que toute cette agitation a cours, les violences continuent au Kenya. Il ne vient à l’idée de personne, oh sauf quelques-uns comme le Parlement de l’Union africaine, chez nous le quotidien Le Pays et notre organe San Finna, de mettre la main sur le cœur du problème : la fraude électorale, pour suggérer, puisque c’est de là que la machine a dérapé, de reprendre les élections avant qu’il ne soit trop tard.

On est déjà sur la voie du trop tard car Kibaki a réussi, en jouant la montre, la politique du fait accompli, à détourner les regards de la cause première de la fracture nationale vers les manifestations ethniques dérivées. Il apparaît ainsi maintenant, lui le responsable de tout cela, quasiment comme une victime en tant que Kikuyu. S’il a réussi, c’est parce que, comme déjà le dénoncent certaines sources, il est le chouchou de la communauté internationale malgré les lourds déficits enregistrés par sa gouvernance au multiple plan politique, économique et des droits de l’homme. Alors, les partenaires gagnent du temps, légitimant par le fait le président fraudeur. C’est comme l’a si bien relevé sur RFI vendredi passé, le Professeur Jean-Luc Ibriga, il existe une tendance des partenaires de décourager la bonne pratique démocratique et la bonne gouvernance en soutenant des élections fraudées, remportées par des hold-up, tout simplement parce que, disent-ils, il y va de la sécurité, de la paix, de la stabilité…

Quand Ban Ki-moon vient dire aux deux opposants : "Dépassez les intérêts individuels. Dépassez les lignes partisanes! Tournez-vous vers l'avenir, l'avenir radieux de votre pays!", autant prendre une résolution pour signifier que comme Kibaki y est déjà, il y restera, et on tourne la page ! C’est exactement ce qu’a compris cet Internaute du Blog du journal Le Monde, un certain Fiouk, qui était de passage au Kenya la veille des élections et qui s’est ainsi exprimé: « La lecture au quotidien de la presse locale m'a-t-elle éclairé plus qu'un autre ? Au bout du compte, si je dis ‘Kibaki fous le camp !’, Ban Ki Moon m'entend-il ? »

Avec de telles dispositions, il y a malheureusement beaucoup de risques que l’ethnicisation, en dehors des solutions purement endogènes qui ramènent à la normalité démocratique, se renforce. Mais les peuples africains ont commencé à identifier, par-delà leurs dictateurs, tous ceux qui es aident à les opprimer, à se jouer d’eux.

Ils sont également fatigués de tous ces aboiements qui parviennent des Nations unies, de l’Union africaine et de toutes les organisations internationales et qui ne sauraient dispenser ceux qui y excellent, de leurs responsabilités. Ce qu’ils retiendront demain, en l’occurrence dans l’affaire kenyane, c’est que tous n’ont pas dénoncé la fraude de Kibaki et soutenu les quelques voix ici et là qui suggéraient de reprendre les élections, ne serait-ce que pour le second tour !

V.T

Dernière minute :

Raila Odinga, chef de l'opposition, a accusé samedi le président Mwai Kibaki de saboter les efforts de médiation en cours au Kenya en insistant pour que la crise politique liée à sa réélection contestée du 27 décembre soit réglée par les tribunaux. De son côté, le président rwandais, Paul Kagamé, n’a pas exclu un coup de force au Kenya compte tenu de la situation politique inextricable. Appel du pied ou simple constat d’un connaisseur ? C’est à voir !






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