LE
FMI AU POUVOIR BURKINABE :
ARRETEZ DE DEPENSER N’IMPORTE COMMENT MAIS AUX
AUTRES PAYS :
ALLEZ-Y, DEPENSEZ COMME VOUS VOULEZ !
Après
le rapport portant sur la corruption de Transparency
International, celui du PNUD, les toutes récentes
recommandations du FMI au Burkina Faso portant sur
la nécessité de l’austérité
budgétaire, viennent alimenter le courant de
ceux qui n’ont jamais voulu se laisser emballer
par toute la littérature autour de la bonne
gouvernance, de la croissance positive au pays des
hommes intègres ; bref, à cette vision
attrayante, inoculée à fortes doses
de campagne médiatique soutenue qui veut faire
croire que le Burkina Faso est le pays de rêve
où coulent le miel et le lait. Sans doute,
faudrait-il finir par reconnaître qu’il
y a effectivement quelque chose qui cloche dans le
plan de campagne, que la tenue de route politique,
économique et sociale du pays, la croissance
ne sont pas si altières et radieuses sinon
on ne comprendrait pas ces rapports et ces recommandations
du FMI en ce qui concerne le pays des hommes intègres.
On
le comprendrait encore moins que la nouvelle
politique de l’institution financière,
depuis que Dominique Strauss Khan est aux commandes,
est «En |
Dominique
Strauss Khan, actuel patron du FMI
(photo http://www.plusnews.fr) |
avant
toutes pour le déficit budgétaire
». Voici d’ailleurs le titre d’un
article sur le sujet de notre confrère
« Le Courrier International » du
29 janvier dernier : « Incroyable ! Le
FMI conseille de dépenser sans compter
». Et le quotidien d’expliquer que
ce virage à 180 ° se justifierait
par la « gravité de la crise ».
On voudrait donc procéder à des
desserrements budgétaires pour relancer
la machine économique mondiale. |
Au même moment chez nous, le FMI nous demande
absolument le contraire, via Mr Mario Zejan, son représentant
résident à Ouagadougou, qui a donné
un point de presse le 28 janvier passé, sur
les consultations qui ont eu lieu avec les autorités
le 9 janvier dernier sur l’évaluation
de notre pays au niveau de ses politiques économiques.
Il y a été notamment souligné
que notre pays ne pourra certainement pas atteindre
les Objectifs du millénaire pour le développement,
et cela même en dépit du fait qu’il
ait fait des progrès notables vers la stabilité
macroéconomique et que ses résultats
en 2006 ont été supérieurs aux
projections des dernières consultations, avec
une croissance du PIB réel établie aux
environs de 5,5 % et une inflation qui a chuté
en deçà du critère de convergence
de l’UEMOA de 3 %. Cette difficulté à
atteindre les objectifs s’explique par le fléchissement
des cours mondiaux du coton et il est ressorti que
les résultats au niveau des recettes sont restés
« modestes » par rapport aux autres pays
de l’UEMOA. Il est également ressorti
que la balance des paiements a subi un choc extérieur
et que l’augmentation du prix du pétrole
n’a pas arrangé les choses. Ainsi, la
croissance réelle du PIB pour 2007 devrait
chuter à 4,5 %.
Le FMI a donc demandé notamment qu’on
élargisse l’assiette de l’impôt
(surtout au niveau des gros contribuables), qu’on
renforce la gestion des finances publiques, qu’on
accentue la lutte contre la corruption et que la filière
coton soit réformée notamment par sa
libéralisation et la non ingérence de
l’Etat dans ce secteur. Le FMI a enfin été
clair : il faut réduire le déficit budgétaire,
et l’institution a recommandé de ne pas
contracter de nouveaux emprunts non concessionnels
et de s’orienter plutôt vers l’obtention
de dons. Voilà qui rejoint des critiques faites
depuis des années par nombre d’opposants
qu’on a tenus pour des rêveurs qui n’avaient
aucune réalité de la gestion du pouvoir.
Pourquoi un pareil « deux poids, deux mesures
» au niveau du FMI ?
En attendant qu’on nous en dise beaucoup plus,
le sentiment, c’est qu’on a dû,
à huis clos bien sûr, nous tirer les
oreilles, nous rappeler que cette permissivité
dans les finances, ces prêts à tout va,
ne vont que pour ceux qui gèrent bien leurs
pays, qui ont des réserves et des reins solides,
mais que le holà s’impose pour ceux qui
hypothèquent l’avenir des générations
futures par un surendettement à la limite irresponsable
!
Et le pouvoir burkinabé, bien obligé
de suivre ses patrons qui tiennent les cordons de
la bourse, semble bien acquiescer puisque les salaires
ne sont pas, en tout cas pour le moment, augmentés,
qu’on vient de créer de nouvelles taxes
et même de revenir à certaines qu’on
avait annulées comme la vignette !
On a compris : le Burkina Faso a intérêt
à filer doux et il va filer doux surtout qu’on
n’en voit pas sur le front social ayant suffisamment
de reins, de volonté et de liberté pour
dire au pouvoir que ça suffit !
CY