San
Finna N°449 du
04 au 10 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
UN
« TRADER » LIQUIDE LES BENEFICES
DE LA SOCIETE GENERALE EN FRANCE
La
troisième banque française est sortie éprouvée
du scandale financier qui l’a vue perdre près
de 5 milliards d’euros, simplement parce qu’un
trader aurait joué avec le feu. Récit d’une
histoire à peine croyable.
Il
s’appelle Jérôme Kerviel. A 31
ans, ce trader de la société générale
a mis la troisième banque française
en sérieuse difficulté. Lui faisant
perdre près de 5
milliard
d’euros à la Bourse. Le scandale financier
a été révélé
en début de semaine dernière par la
banque, qui a immédiatement porté
plainte contre son employé pour faux, usage
de faux, escroquerie et intrusion dans un système
informatique. L’affaire a été
si retentissante que le nom et la photo de Jérôme
Kerviel ont fait le tour de la sphère Internet
en quelques heures. Fin de semaine dernière,
on trouvait même des tee-shirts à son
effigie.
L’homme
travaillait depuis sept ans à la société
générale. Pendant deux ans, Jérôme
Kerviel a déjoué tous les systèmes
de contrôle des risques des opérations de
marché de la banque, pourtant réputée
comme une référence mondiale dans ce domaine.
Il a réalisé des transactions fictives sans
que ses supérieurs ne s’en aperçoivent.
Jusqu’au début du mois de janvier 2008, où
le pot aux roses a été découvert.
La
banque s’est alors empressé de revendre
près de 50 milliards d’euros de titres
que le trader avait accumulé sans son autorisation
sur des marchés européens.
En
deux jours, la banque a perdu 4,9 milliards d’euros.
Si elle avait attendu, la société
générale aurait pu perdre encore plus,
le marché n’étant pas favorable
actuellement. La perte colossale, a ramené
le bénéfice de la banque en 2007 à
800 millions d’euros. Daniel Bouton, le PDG,
a présenté sa démission. Par
deux fois elle a été refusée.
Il faut dire que l’homme d’expérience
a su gérer la crise, faisant de son employé
indélicat, le bouc émissaire d’une
affaire où la société générale
n’est pas exempte de tout reproche.
Les auditions du jeune trader font ressortir des négligences
évidentes commises par la banque. Les alertes internes
et externes envoyées à plusieurs reprises
sur les agissements douteux du trader n’ont jamais
été suivis d’effets, de faux mails
suffisant à tromper la vigilance de ses supérieurs.
Les fenêtres étaient grandes ouvertes. Pas
étonnant que la société générale
ait été cambriolée.
Quant à Jérôme Kerviel, il semble
avoir agi par soif de gloire et de reconnaissance plus
que par appât du gain, puisqu’il n’y
a semble-t-il eu aucun enrichissement personnel. Il aurait
juste voulu apporter la preuve qu’il était
le meilleur, décrocher des bonus financiers faramineux
pour mieux se distinguer aux yeux de sa hiérarchie.
« Il n’y a aucun machiavélisme de ma
part » affirme-t-il. Persuadé que si on ne
l’avait pas licencié, il aurait pu se refaire.
Il a été laissé libre et placé
sous contrôle judiciaire.
La société générale dont le
titre en Bourse a dévissé, devrait bénéficier
d’un apport de 5,5 milliards d’euros par deux
banques américaines, pour éponger les pertes
liées à la fraude et ses investissements
malheureux dans les fameux « subprimes » (les
crédits immobiliers américains à
risques). Solution vitale si la banque veut espérer
conserver son indépendance. Des rumeurs d’offre
publique d’achat sur la troisième banque
française persistent. La BNP est parmi les prétendantes.