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"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

A vue de monde

UN « TRADER » LIQUIDE LES BENEFICES
DE LA SOCIETE GENERALE EN FRANCE

La troisième banque française est sortie éprouvée du scandale financier qui l’a vue perdre près de 5 milliards d’euros, simplement parce qu’un trader aurait joué avec le feu. Récit d’une histoire à peine croyable.

Il s’appelle Jérôme Kerviel. A 31 ans, ce trader de la société générale a mis la troisième banque française en sérieuse difficulté. Lui faisant perdre près de 5
milliard d’euros à la Bourse. Le scandale financier a été révélé en début de semaine dernière par la banque, qui a immédiatement porté plainte contre son employé pour faux, usage de faux, escroquerie et intrusion dans un système informatique. L’affaire a été si retentissante que le nom et la photo de Jérôme Kerviel ont fait le tour de la sphère Internet en quelques heures. Fin de semaine dernière, on trouvait même des tee-shirts à son effigie.

L’homme travaillait depuis sept ans à la société générale. Pendant deux ans, Jérôme Kerviel a déjoué tous les systèmes de contrôle des risques des opérations de marché de la banque, pourtant réputée comme une référence mondiale dans ce domaine. Il a réalisé des transactions fictives sans que ses supérieurs ne s’en aperçoivent. Jusqu’au début du mois de janvier 2008, où le pot aux roses a été découvert.

La banque s’est alors empressé de revendre près de 50 milliards d’euros de titres que le trader avait accumulé sans son autorisation sur des marchés européens.
En deux jours, la banque a perdu 4,9 milliards d’euros. Si elle avait attendu, la société générale aurait pu perdre encore plus, le marché n’étant pas favorable actuellement. La perte colossale, a ramené le bénéfice de la banque en 2007 à 800 millions d’euros. Daniel Bouton, le PDG, a présenté sa démission. Par deux fois elle a été refusée. Il faut dire que l’homme d’expérience a su gérer la crise, faisant de son employé indélicat, le bouc émissaire d’une affaire où la société générale n’est pas exempte de tout reproche.


Les auditions du jeune trader font ressortir des négligences évidentes commises par la banque. Les alertes internes et externes envoyées à plusieurs reprises sur les agissements douteux du trader n’ont jamais été suivis d’effets, de faux mails suffisant à tromper la vigilance de ses supérieurs. Les fenêtres étaient grandes ouvertes. Pas étonnant que la société générale ait été cambriolée.

Quant à Jérôme Kerviel, il semble avoir agi par soif de gloire et de reconnaissance plus que par appât du gain, puisqu’il n’y a semble-t-il eu aucun enrichissement personnel. Il aurait juste voulu apporter la preuve qu’il était le meilleur, décrocher des bonus financiers faramineux pour mieux se distinguer aux yeux de sa hiérarchie. « Il n’y a aucun machiavélisme de ma part » affirme-t-il. Persuadé que si on ne l’avait pas licencié, il aurait pu se refaire. Il a été laissé libre et placé sous contrôle judiciaire.

La société générale dont le titre en Bourse a dévissé, devrait bénéficier d’un apport de 5,5 milliards d’euros par deux banques américaines, pour éponger les pertes liées à la fraude et ses investissements malheureux dans les fameux « subprimes » (les crédits immobiliers américains à risques). Solution vitale si la banque veut espérer conserver son indépendance. Des rumeurs d’offre publique d’achat sur la troisième banque française persistent. La BNP est parmi les prétendantes.

Matthieu Herault






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