L’UNION
AFRICAINE, LE PLUS GRAND ENNEMI DE L’UNITE AFRICAINE
AU POINT OU ON EST RENDU
NE VAUT-IL PAS MIEUX SURSEOIR A CELLE-CI ?
Quand on prend
les mêmes pour recommencer une entreprise qui
a mal tourné, on court le risque de se retrouver
devant les mêmes contre-performances. Avec l’Union
africaine, on avait juré que les choses changeraient
et que l’Afrique referait tous ses retards pour
réaliser en un temps record, son unité.
Mais on avait parlé trop vite.
On avait oublié que bien de ceux qui n’ont
cessé de freiner des quatre fers pour empêcher
cette unité de se réaliser, étaient
toujours aux commandes de leurs Etats.
On avait oublié que l’attachement aux privilèges
de souveraineté, si valorisant pour l’ego,
la puissance des chefs d’Etat, primait toujours
sur la nécessité de cette intégration
si bénéfique aux peuples d’Afrique.
On avait oublié que le renouvellement à
la tête des Etats ne s’était pas
suffisamment fait en qualité pour qu’il
y ait une fournée de dirigeants pétris
des nécessités de l’intégration.
C’est vrai qu’il y a eu par ci par là
des voix qui ont parlé avec crédibilité
et connaissance des priorités de cette intégration
mais elles se sont perdues dans le silence des difficultés
nationales et des interférences et pressions
internationales.
| C’est
vrai qu’il y a eu et qu’il y a Kadhafi,
maître d’œuvre de l’Union
africaine, qui a délié bourse pour
sa naissance et qui s’est dépensé
sans compter pour tenter de réaliser ce que
N’Nkrumah n’a pu faire. Mais l’aventure
était condamnée par |
| avance,
comme frappée d’un vice profond.
C’est que Kadhafi n’est pas N’Nkrumah
; il n’est pas non plus Schuman ! L’Union
africaine qu’il veut construire, lui, n’est
pas une entreprise pour le bonheur des peuples
d’Afrique mais pour sa propre grandeur.
L’Union africaine qu’il veut réaliser
selon les principes qui sont les siens et qu’il
applique dans son propre pays, ne s’appuient
pas sur les valeurs dont se réclament les
peuples d’Afrique, immergés au travers
de sa jeunesse dans ce monde interdépendant
qui se réclame des mêmes standards
démocratiques. Son Union africaine enfantera
d’une Jamahiriya africaine et la boucle
sera ainsi bouclée pour l’éternité,
pour lui et ses descendants. |
Jakaya
Kikwete, Président l’Union Africaine
et Président de Tanzanie |
Voilà
pourquoi malgré sa force de persuasion, basée
sur sa capacité de nuisance, ses pétrodollars,
il butte sur la résistance des chefs d’Etat
qui savent que dans l’entreprise, ils ont tout
à perdre, pas seulement le peu de soutien de
leurs peuples mais surtout leurs privilèges dès
qu’ils auront fait abandon de souveraineté
et qu’ils se retrouveront à sa merci. L’
« OPA » de Kadhafi sur le continent, malgré
ses dernières menaces de transporter ses pénates
et ses pétrodollars ailleurs si on ne le suivait
pas, ne pouvait pas marcher.
C’est ce qui fait qu’à Addis-Abeba,
on a encore assisté à une triste répétition
d’une comédie qui agace de plus en plus
jusqu’à l’écoeurement. En
ce moment, le Soudan est au bord d’un génocide
et le Kenya y avance à grands pas à son
tour ; la Somalie s’ « irakise »,
les irrédentismes en dépit d’une
inflation d’accords, mènent la vie dure
à la refondation démocratique en RDC…
Pendant ce temps, l’Union africaine se retrouve
à Addis-Abeba autour d’un ordre du jour
surréaliste : l’industrialisation du continent,
le serpent de mer qu’est l’élection
du président de la Commission de l’Union
africaine...
Sur cette industrialisation, le NEPAD s’est déjà
cassé les dents. On n’a même pas
encore tiré toutes les conséquences de
son échec qu’on remet ça à
un moment des plus inopportuns. Sur le sujet, Abdoulaye
Wade a eu des sorties pertinentes.
Quant
à l’élection du successeur d’Alpha
Oumar Konaré, elle semble intervenir parce qu’il
faut qu’elle intervienne, beaucoup plus pour le
principe que pour autre chose et surtout, sans les réformes
nécessaires prises pour l’émancipation
de la Commission. Le fait qu’on ne se soit pas
vraiment bousculé au portillon pour élire
un nouveau président et qu’on se soit perdu
de report en report, est significatif de la réalité
de la crise dénoncée par Alpha Oumar Konaré
au sein de l’institution qui vient de produire
un audit éloquent duquel il est ressorti que
les chefs d’Etat ne veulent pas évoluer
vers des objectifs économiques et politiques
de l’intégration.
Effectivement, c’est pour cela qu’ils refusent,
comme le voudrait toute intégration digne de
ce nom, un processus d’institutionnalisation qui
délègue des pouvoirs subséquents
à la Commission, qui débouche sur des
transferts de prérogatives au niveau supranational
! C’est pour cela qu’ils font fi des recommandations
de la Commission, notamment celle courageuse et spectaculaire
émise à Brazzaville qui, sur le constat
de la déroute des processus démocratiques
en raison des fraudes électorales, des mauvaises
structures électorales, de la pérennisation
au pouvoir notamment par le charcutage des constitutions,
avait préconisé la tenue d’un sommet
spécial pour tout remettre à plat et pour
procéder à la refondation de la démocratie.
C’est
pour cela qu’ils ont finalement élu le
Gabonais Jean Ping qui, pour avoir de l’expérience
et même de la compétence, n’a pas
la volonté, l’autorité, le charisme
d’un Alpha Oumar Konaré pour résister
au « syndicat des chefs d’Etat » et
moins encore pour lutter pour ces réformes dont
l’Union africaine a tant besoin. Qu’on en
finisse au plus vite, pensent certains qui voient englouties
des millions de dollars dans une entreprise inutile
et de surcroît dégradante pour les Africains.
Le fameux audit y encourage, lui qui a fait ressortir
la gabegie (le budget des voyages a explosé en
quelque temps, de 4 à 7 millions de dollars !),
la corruption, l’incompétence, le manque
de communication... Mieux vaut dans ces conditions une
Afrique sans union africaine.
Tout
cela nous ramène au fond à la préoccupation
de départ : ce ne sont pas avec les chefs d’Etat
qu’on a actuellement, qui gèrent mal leurs
pays, qui se fichent royalement des droits de l’homme,
de la démocratie, qui n’entendent pas grand
mot aux priorités qu’impose la mondialisation
(notamment l’intégration africaine) qu’il
faut demander de travailler à l’unité
du continent ! Ils viennent de le prouver avec la dernière
élection de Jean Ping, un homme de Omar Bongo
qui aura peu de chance de gérer l’institution
par lui-même mais plutôt par procuration.
Le tableau, on le voit d’ici !
La Rédaction