San
Finna N°449 du
04 au 10 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
INTERVIEW
DE L’AMBASSADEUR DE FRANCE AU JOURNAL « LE
PAYS »
LA CONTREVERITE A DENONCER
L’interview
océan que l’Ambassadeur de France,
François Goldblatt, vient d’accorder
au journal Le Pays qui, l’après avoir
annoncée, l’a publiée dans son
édition du 29 janvier 2008, suscite beaucoup
de commentaires et de critiques notamment dans les
rangs de l’opposition. Ce qui est ici attaqué,
ce n’est pas la compétence du diplomate,
sa maîtrise des chiffres, la rigueur de ses
analyses en économie de développement,
c’est son alignement aux côtés
de ces diplomates étrangers, particulièrement
appréciés des dictateurs africains,
parce qu’ils ont pris le parti de supporter
la stabilité, la sécurité au
détriment d’une
démocratisation équitable du continent.
Beaucoup d’opposants l’auront ainsi
identifié, à travers cette interview,
et particulièrement au détours de
certains de ses propos franchement partisans et
réducteurs, comme ceux qui ont fait suite
à cette question du Pays : «quelle
est votre appréciation du processus démocratique
au Burkina ? », à laquelle Mr Golblatt
a répondu : «… Je crois que le
processus est vraiment en bonne voie. Les élections
législatives l’ont encore montré.
Il y a eu quelques imperfections ici ou là
mais globalement le scrutin et ses résultats
n’ont été contestés par
personne ».
François
Goldblatt
Il y a dans la réponse, une contre-vérité
inacceptable qui ne devrait pas être passée
sous silence parce que trop méprisante et grave
de dangers.
En effet, des protestations contre les scrutins sont un
fait récurrent au Burkina Faso depuis la fondation
de la 4ème République et celui portant sur
les dernières élections législatives
n’a pas échappé à cette règle.
En amont et en aval de ladite consultation, les contestations
n’ont pas manqué. Elles ont concerné
d’abord la composition de la CENI, dont le caractère
déséquilibré, en raison de la surreprésentation
de la mouvance présidentielle, de la méconnaissance
de fait du principe de la différenciation entre
majorité et opposition, de l’engagement partisan
du président de la CENI du côté du
pouvoir (comme il l’a montré en attaquant
par la voie de la télévision nationale et
de RFI des chefs de parti comme Me Hermann Yaméogo
et Nayabtigungu Congo Kaboré) lui enlevait toute
indépendance. Cela ne peut pas être contesté
par l’ambassadeur.
Le code électoral, révoqué en nombre
de ses dispositions comme bien de ces acquis obtenus à
la suite du drame de Sapouy, a continué à
être critiqué en certains de ses points par
bien de partis politiques sans que rien ne s’améliore
! Un parti d’opposition, avant le début du
scrutin législatif, a même saisi le Conseil
constitutionnel à cet égard au sujet du
découpage électoral inique et contraire
à la loi électorale puisque ayant juxtaposé
dans les faits, un scrutin de liste à un scrutin
uninominal, grâce à l’érection
de circonscriptions n’ayant qu’un seul siège
à pourvoir. Cette procédure aurait pu (et
dû, à elle seule) stopper la forfaiture électorale
en marche. De cela, l’Ambassadeur est informé
comme il est informé qu’il n’existait
aucune disposition légale qui permettrait de recourir
à des systèmes de votation différents
par circonscription.
Pendant le scrutin à proprement parler, les fraudes
ont été constatées et dénoncées
dans la plupart des circonscriptions et nombre de journaux
ont touché eux-mêmes du doigt ces fraudes.
Retenons juste ce titre, parmi la multitude des articles
y consacrés, à la Une du quotidien Le Pays
du 10 mai 2007 : « Usage de faux extraits de naissance
: ‘La fraude était visible et claire à
Bobo’ » !!
Mr Goldblatt n’a pas ignoré ces réalités.
Après les élections, les partis ont encore
réagi par voie de presse ou en saisissant les juridictions.
Des constitutionnalistes comme les Professeurs Augustin
Loada, Jean-Luc Ibriga, ont eux aussi réagi en
critiques lors du dernier séminaire atelier de
restitution d'une étude sur le fonctionnement du
système des partis politiques au Burkina, organisé
par le GIGA. Fâché par le recul démocratique
dans notre pays (c’est le moins qu’on puisse
dire), Augustin Loada y déclarera qu’ «
on peut tout faire avec la démocratie sauf s’asseoir
dessus ». Un film documentaire a même été
réalisé par un parti d’opposition,
l’UNDD pour ne pas le citer. De tout cela, l’ambassadeur
de France n’est pas ignorant.
Le diplomate sait aussi que de nos jours, les contestations
continuent et s’intensifient même, aboutissant
à des demandes convergentes autour d’une
refondation nationale, demandes portées au-delà
de partis d’opposition, par des chefs coutumiers,
des intellectuels, des associations et même par
des partis peu ou prou de la mouvance présidentielle
: PARIS, RDM.
On peut tout dire sauf qu’il n’y a pas eu
de réactions, de plaintes non seulement contre
les dernières élections législatives
(qui ont encore montré, non pas comme le dit l’Ambassadeur,
que le processus est en bonne voie mais qu’au contraire,
il continue de déraper) mais contre tout le processus
même de démocratisation au Burkina Faso.
C’est vrai que la contestation ne prend pas la forme
de manœuvres politiques comme en Ethiopie, au Nigeria,
de tueries ethniques comme actuellement au Kenya mais
les causes qui les ont provoqués existent, tapies,
et même en exacerbation croissante chez nous malgré
une vitrine avenante.
Les causes sont justement dans les fraudes, dans le tripatouillage
des constitutions, dans les fractures sociales et nationales
qui résistent à la croissance tant vantée.
Elles sont dans la désespérance en la capacité
de la démocratie de changer le quotidien comme
dans le mépris vis-à-vis des droits de l’homme
et de ceux qui l’animent.