San
Finna N°450 du
11 au 17 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
FRANÇOIS
COMPAORE
L’ «INSTITUTION» QUI DEFIE LA REPUBLIQUE
Le
Burkina Faso vit, à l’exemple de beaucoup
de pays, un phénomène pervers de dénationalisation
institutionnelle. A la faveur de la gouvernance du
pays, apparaissent des hommes voire des structures
qui, en dehors de l’officialité, semblent
prendre la préséance sur les institutions
républicaines et les hommes qui les incarnent.
Ca peut étonner mais dans une démocratie
achevée comme la France, cette tendance est
aussi apparue avec force, à la suite de l’élection
de Nicolas Sarkozy. On constate en effet depuis quelque
temps que, contrairement à son discours de
campagne axé sur la réhabilitation des
institutions, des valeurs républicaines, sont
apparus (en marge des organes habilités à
représenter l’Etat) des pôles d’initiative
et d’action qui font la concurrence à
ces organes. C’est le cas de ce pool de conseillers
à L’Elysée, animé par des
hommes comme Guaino, dont jusque dans les rangs de
la majorité présidentielle, on dénonce
l’ombrage qu’ils font aux institutions
de la république.
Ce
phénomène est encore plus accusé
dans certains pays africains où l’on
s’exerce avec un bonheur très inégal,
à l’acclimatation de la démocratie.
Dans
les pays comme le Sénégal, l’Egypte,
le Gabon, la Guinée Equatoriale, dans une certaine
mesure la Libye puisqu’on n’y parle pas
de démocratie mais de Jamahiriya, on voit apparaître
dans le domaine public, des officines, des ONG ou
des hommes, généralement les enfants,
les frères,des présidents en place qui
jouent des rôles et remplissent des missions
constitutionnellement dévolus à des
organes d’Etat.
Ainsi,
on ne peut pas clairement situer ce que représente
le fils de Moubarak, Gamal. Il n’est pas
premier Ministre, il n’est pas président
de l’Assemblée mais il est clair
qu’il joue le rôle d’un vice-président
et d’un quasi dauphin constitutionnel.
Et l’opposition en est si consciente qu’elle
le dénonce jusqu’à cœur
fendre. C’est la même chose avec
Karim Wade dont on voit de plus en plus l’emprise
grandissante au fur et à mesure des missions,
des initiatives qui lui sont confiées
et qui devraient revenir au premier Ministre,
au président de l’Assemblée
ou à tout le moins, à des ministres.
On pourrait sur le chapitre, multiplier les
exemples avec la Guinée Equatoriale,
le Gabon…, et bien sûr la Libye
avec les enfants Kadhafi
dont notamment Saïf al Islam, pratiquement
adoubé par la communauté internationale
comme dauphin légitime. Il faut craindre
que le phénomène ne s’accuse
avec cette tendance d’une certaine
Karim
Wade
Saïf
al Islam Kadhafi
communauté internationale, peu soucieuse
d’une véritable implantation démocratique
en Afrique, à conseiller de laisser les
Africains choisir leur type de gouvernement
même s’ils empruntent au système
consulaire ou monarchique.
Au
Burkina Faso, en tout cas, nous assistons au même
phénomène avec François Compaoré.
On ne peut pas dire que dans l’organisation
de la république, il joue les premiers rôles
dans l’Exécutif, le Législatif
ou le Judiciaire. Mais dans les faits, on sent non
seulement une dynamique qui vise à en faire
l’élément clé dans la mouvance
présidentielle mais aussi dans la vie publique.
On n’en est pas encore aux missions officielles
auprès de souverains et de chefs d’Etat
mais on ne compte plus les sorties médiatiques,
les opérations pour accoutumer l’opinion
à l’idée que la main pourrait
être passée au petit frère. Tout
dernièrement, sa présence aux côtés
même du premier Ministre, pour recevoir le président
Amani Toumani Touré, en l’absence du
chef de l’Etat, aura fait couler beaucoup d’encre
sur son rôle de franc-tireur par rapport aux
institutions.
Est-il
mis en orbite pour succéder à
son frère ? C’est possible ! Du
reste, à l’occasion de sa célèbre
conférence de presse à Kosyam
en septembre dernier, à la question qui
lui était posée sur le sujet,
il n’a pas sourcillé pour répondre
que François Compaoré était
un Burkinabé comme tous les autres et
qu’il avait le droit, s’il en avait
envie et sauf à respecter les textes,
de se lancer dans la politique pour prétendre
à des postes électifs. Justement,
encore faudrait-il que dans le jeu, on s’avise
que nul n’est au-dessus de la loi et encore
moins, de la constitution. Il faudrait, si le
chef de l’Etat rêve comme Kadhafi,
comme Moubarak ou Wade, d’infléchir
les modes d’acquisition, de gestion et
de dévolution constitutionnelle du pouvoir,
pour passer un jour le relais à son frère,
François
Compaoré
Gamal
Moubarak
qu’il
sauve au moins les apparences. Il pourrait,
rien ne le lui interdit, faire de François
Compaoré, son premier Ministre, son président
de l’Assemblée nationale…
En droit, personne ne pourrait s’y opposer
d’autant que ni par les liens du sang,
ni par le fait de quelques interdictions judiciaires
ou incompatibilités légales, François
Compaoré n’est mis dans l’incapacité
d’occuper ces postes ou de briguer la
présidence du Faso.
Ce
qui est inadmissible, c’est ce mépris
affiché vis-à-vis du peuple souverain
qui s’est donné, par la Constitution,
les règles pour gérer ce pouvoir qu’il
délègue aux gouvernants. Mais il est
vrai qu’il y a longtemps déjà
que l’intention est affichée de laisser
de côté la lettre de la loi fondamentale,
le principe de la délégation populaire,
propre à la représentation démocratique,
pour évoluer vers un régime qui obéisse
beaucoup plus à la volonté du maître
de céans qu’à celle du peuple
souverain ! Croisons les doigts pour la sauvegarde
de la République !