San
Finna N°450 du
11 au 17 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
POINT
DE VUE
QUAND LE DIALOGUE DIRECT MENACE
LA JOURNEE NATIONALE DU PAYSAN (JNP)
S’il
y a une initiative dont le président Compaoré
doit se réjouir, c’est bien sa rencontre
annuelle avec les paysans à l’occasion de
la Journée Nationale du Paysan (JNP).
Probablement conçu au départ pour de simples
besoins de communication, ce dialogue direct entre le
chef de l’Etat et nos braves agriculteurs s’est
progressivement mué en une tribune où le
débat n’est nullement aseptisé, donnant
ainsi l’occasion au « premier paysan »
du pays, d’écouter d’autres sons de
cloche que son carillon habituellement agité par
certains collaborateurs aux desseins sombres.
Notre
confrère Bendré, dans son édition
passée, a ressorti un pan des entretiens croustillants
qui se sont déroulés à Bobo-Dioulasso,
5 heures durant entre le président du Faso et les
paysans burkinabé. Nous parlons de cette affaire
de litige foncier entre un éleveur et l’ancien
Directeur général des Impôts. Il nous
a été rapporté d’autres révélations,
naturellement urticantes pour les mis en cause, et que
nous nous faisons le plaisir de partager avec les lecteurs,
nombreux à n’avoir pas eu le privilège
d’accéder à la salle des échanges.
D’abord, il y a eu cette affaire de pommes de terre
produites dans le septentrion burkinabé, après
le lancement de la filière à Dori l’an
dernier. Un paysan de la zone a révélé
au président Compaoré que le responsable
de cette filière a annoncé aux producteurs
que les dernières quantités transportées
sont pourries et que le chef de l’Etat s’est
engagé à régler personnellement la
note qui dépasse la vingtaine de millions FCFA.
Le président du Faso, qui n’était
au courant de rien, a reçu l’information
avec une grande hilarité. Avant de quitter Bobo,
il a payé rubis sur l’ongle le montant indiqué
aux producteurs victimes de l’arnaque en attendant
d’être remboursé au retour, par le
ministère de l’Agriculture.
Le cadre auteur de cette indélicatesse n’a
pas effectué le déplacement à Bobo-Dioulasso.
Inutile d’expliquer la colère du ministre
d’Etat, Salif Diallo, qui a ordonné sa recherche.
La deuxième affaire, non moins croustillante, c’est
celle relative à une centaine de tracteurs qui
manquaient sur les 350 officiellement annoncés
à Bobo-Dioulasso. Un paysan qui a fait le décompte,
a invité le chef de l’Etat à aller
procéder en personne à la vérification.
Ces 100 tracteurs qui étaient retenus à
Ouagadougou et comptabilisés dans la livraison
de Bobo-Dioulasso ont finalement été expédiés
3 jours après la rencontre. Mais le mystère
demeurera à coup sûr, et il n’est pas
évident qu’on y revienne pour faire des vagues
!
Comme
il fallait s’y attendre, les cotonculteurs,
dans la situation pénible qu’ils vivent
actuellement, ne pouvaient pas garder la langue
dans la poche. C’est ainsi que, droit dans
ses bottes, l’un d’entre eux a demandé
au président du Faso combien il versait au
Directeur général de la SOFITEX comme
traitement
mensuel.
Pour justifier sa question, il a indiqué
que le coût de la maison construite par ce
dernier à Bobo suffisait amplement pour régler
leur dû après la première campagne
cotonnière de l’année 2007.
Or, jusqu’à ce jour, aucun producteur
n’avait obtenu un kopeck sur les recettes
de la vente de son coton. Une réalité
qui, à ce qu’on dit, n’était
pas connue du chef de l’Etat !
Pour revenir à la SOFITEX, il faut dire que la
confiance que lui plaçaient les producteurs est
sérieusement entamée, d’abord en raison
de la chute vertigineuse du prix du kilogramme de coton
graine dont elle n’a malheureusement pas la totale
maîtrise, mais aussi à cause de la montée
fulgurante du prix des intrants. Plus grave, certains
de ses cadres ont acheté des camions pour concurrencer
les transporteurs dans le ramassage du coton. Et que dire
de cette rocambolesque affaire de 11 camions évaporés,
dit-on, entre la ville togolaise de Notsé et le
port de Lomé il y a quelques années, avec
les balles de coton destinées à l’exportation
par voie maritime ?
Cette affaire a été soigneusement mise sous
le boisseau, sans susciter aucun remous alors que les
balles auraient été reconditionnées
avec un autre label que celui de la SOFITEX.
En tout cas, les paysans burkinabé, qui ont dénoncé
la concurrence que leur livrent certains fonctionnaires
qui accaparent les moyens de mécanisation de l’agriculture,
ont demandé à Bobo-Dioulasso au président
Compaoré, de toujours vérifier l’accomplissement
des missions assignées à ses collaborateurs
quel que soit le degré de confiance placé
en eux.
Toute la question est de savoir si cette épreuve
de vérité pourra continuer encore longtemps
dans sa forme actuelle ou si les organisateurs vont recourir
au verrouillage en veillant au choix des membres des différentes
délégations et en sélectionnant les
intervenants. Si cela advenait, ce serait dommage pour
la JNP et pour le chef de l’Etat qui tient là,
une occasion d’obtenir des informations non édulcorées
qui le mettent en phase avec les réalités
des populations.