Mise à jour le 10/02/2008
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San Finna N°450 du 11 au 17 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

POINT DE VUE
QUAND LE DIALOGUE DIRECT MENACE
LA JOURNEE NATIONALE DU PAYSAN (JNP)

S’il y a une initiative dont le président Compaoré doit se réjouir, c’est bien sa rencontre annuelle avec les paysans à l’occasion de la Journée Nationale du Paysan (JNP).

Probablement conçu au départ pour de simples besoins de communication, ce dialogue direct entre le chef de l’Etat et nos braves agriculteurs s’est progressivement mué en une tribune où le débat n’est nullement aseptisé, donnant ainsi l’occasion au « premier paysan » du pays, d’écouter d’autres sons de cloche que son carillon habituellement agité par certains collaborateurs aux desseins sombres.

Notre confrère Bendré, dans son édition passée, a ressorti un pan des entretiens croustillants qui se sont déroulés à Bobo-Dioulasso, 5 heures durant entre le président du Faso et les paysans burkinabé. Nous parlons de cette affaire de litige foncier entre un éleveur et l’ancien Directeur général des Impôts. Il nous a été rapporté d’autres révélations, naturellement urticantes pour les mis en cause, et que nous nous faisons le plaisir de partager avec les lecteurs, nombreux à n’avoir pas eu le privilège d’accéder à la salle des échanges.

D’abord, il y a eu cette affaire de pommes de terre produites dans le septentrion burkinabé, après le lancement de la filière à Dori l’an dernier. Un paysan de la zone a révélé au président Compaoré que le responsable de cette filière a annoncé aux producteurs que les dernières quantités transportées sont pourries et que le chef de l’Etat s’est engagé à régler personnellement la note qui dépasse la vingtaine de millions FCFA. Le président du Faso, qui n’était au courant de rien, a reçu l’information avec une grande hilarité. Avant de quitter Bobo, il a payé rubis sur l’ongle le montant indiqué aux producteurs victimes de l’arnaque en attendant d’être remboursé au retour, par le ministère de l’Agriculture.

Le cadre auteur de cette indélicatesse n’a pas effectué le déplacement à Bobo-Dioulasso. Inutile d’expliquer la colère du ministre d’Etat, Salif Diallo, qui a ordonné sa recherche.

La deuxième affaire, non moins croustillante, c’est celle relative à une centaine de tracteurs qui manquaient sur les 350 officiellement annoncés à Bobo-Dioulasso. Un paysan qui a fait le décompte, a invité le chef de l’Etat à aller procéder en personne à la vérification. Ces 100 tracteurs qui étaient retenus à Ouagadougou et comptabilisés dans la livraison de Bobo-Dioulasso ont finalement été expédiés 3 jours après la rencontre. Mais le mystère demeurera à coup sûr, et il n’est pas évident qu’on y revienne pour faire des vagues !

Comme il fallait s’y attendre, les cotonculteurs, dans la situation pénible qu’ils vivent actuellement, ne pouvaient pas garder la langue dans la poche. C’est ainsi que, droit dans ses bottes, l’un d’entre eux a demandé au président du Faso combien il versait au Directeur général de la SOFITEX comme traitement
mensuel. Pour justifier sa question, il a indiqué que le coût de la maison construite par ce dernier à Bobo suffisait amplement pour régler leur dû après la première campagne cotonnière de l’année 2007. Or, jusqu’à ce jour, aucun producteur n’avait obtenu un kopeck sur les recettes de la vente de son coton. Une réalité qui, à ce qu’on dit, n’était pas connue du chef de l’Etat !


Pour revenir à la SOFITEX, il faut dire que la confiance que lui plaçaient les producteurs est sérieusement entamée, d’abord en raison de la chute vertigineuse du prix du kilogramme de coton graine dont elle n’a malheureusement pas la totale maîtrise, mais aussi à cause de la montée fulgurante du prix des intrants. Plus grave, certains de ses cadres ont acheté des camions pour concurrencer les transporteurs dans le ramassage du coton. Et que dire de cette rocambolesque affaire de 11 camions évaporés, dit-on, entre la ville togolaise de Notsé et le port de Lomé il y a quelques années, avec les balles de coton destinées à l’exportation par voie maritime ?

Cette affaire a été soigneusement mise sous le boisseau, sans susciter aucun remous alors que les balles auraient été reconditionnées avec un autre label que celui de la SOFITEX.

En tout cas, les paysans burkinabé, qui ont dénoncé la concurrence que leur livrent certains fonctionnaires qui accaparent les moyens de mécanisation de l’agriculture, ont demandé à Bobo-Dioulasso au président Compaoré, de toujours vérifier l’accomplissement des missions assignées à ses collaborateurs quel que soit le degré de confiance placé en eux.

Toute la question est de savoir si cette épreuve de vérité pourra continuer encore longtemps dans sa forme actuelle ou si les organisateurs vont recourir au verrouillage en veillant au choix des membres des différentes délégations et en sélectionnant les intervenants. Si cela advenait, ce serait dommage pour la JNP et pour le chef de l’Etat qui tient là, une occasion d’obtenir des informations non édulcorées qui le mettent en phase avec les réalités des populations.

Martin Congo






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