San
Finna N°451 du
18 au 24 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
RENTREE
POLITIQUE DE RAM OUEDRAOGO
APPEL A UNE REFONDATION DEMOCRATIQUE
La
presse avait laissé échapper que Ram Ouédraogo,
notre écologiste national, patron du Rassemblement
des Ecologistes du Burkina Faso (REDB), sortirait de sa
chrysalide en présentant ses vœux au peuple
au cours d’un entretien avec les médias.
L’évènement était attendu car
ce politique, communicateur né, on le sait, a le
chic pour toucher avec des mots simples mais profonds,
ce qui préoccupe les Burkinabé.
Il y a quelque temps de cela, on s’en souvient,
à l’occasion d’une manifestation de
solidarité à l’endroit des Femmes
en noir, il avait produit une déclaration qui avait
fait grand bruit par la pertinence de son analyse sur
les préoccupations majeures qui interpellent le
Burkina Faso.
Sa sortie du 14 février n’a pas failli à
la tradition. A l’Espace Or, où il a convié
la presse, il y avait du beau monde et même si la
télévision, une fois de plus a brillé
par son absence, il y avait là d’autres médias
pour veiller à la gestion équilibrée
des opinions. San Finna était du nombre.
Ram Ouédraogo, entouré de ses plus proches
collaborateurs, a parlé comme un ancien ministre
d’Etat et ancien président du « Comité
de mise en œuvre des recommandations de la commission
pour la réconciliation nationale ». Comme
il fallait s’y attendre, dans la déclaration
liminaire qu’il a lue, le premier sujet évoqué
a concerné la survie de la planète. On n’en
attendait pas moins de celui qui est au Burkina Faso,
un pionner de l’écologie.
Parlant donc de la survie de la planète, Ram Ouédraogo
avancera que les enjeux écologiques, pour nous
Burkinabé, se manifestent par des inondations sporadiques,
les pluies acides et capricieuses, la sécheresse,
l’appauvrissement des terres et des nappes phréatiques,
la dégradation des zones de pâturage, la
question des déchets toxiques…. Il affirmera
dès lors qu’il faudrait qu’à
l’instar des autres nations du monde, les Burkinabé
prennent conscience de la question pour accroître
les actions de sauvegarde de l’environnement et
favoriser la vulgarisation des énergies renouvelables
comme alternatives à la protection de la couche
d’ozone.
L’ancien
président de la réconciliation nationale
parlera juste après de la situation au plan
africain et international.
Il stigmatisera la persistance du terrorisme dans
le monde (Afghanistan, Pakistan, Liban…),
accordera une pensée à Benazir Bhutto.
La mal démocratie en Afrique, retiendra son
attention et quand il viendra à l’attitude
de la France au Tchad, lors des derniers évènements,
il regrettera les prises de position prises par
l’ancienne puissance colonisatrice pour finir
par se demander « Que vaut la vie d’un
nègre face à un baril de pétrole
ou même face à une cabosse de cacao
? ».
Ram
Ouédraogo
Sur le continent africain, l’écolo a parlé
des conflits armés et des instabilités politiques
qui minent le continent. Ces deux situations sont pour
lui, révélatrices de la fragilité
des processus démocratiques. Face à tous
ces maux et drames vécus, il proposera que la paix
et la stabilité soient rétablies à
travers une meilleure gouvernance.
Il abordera sur cette même lancée, les promesses
de rupture du président français Nicolas
Sarkozy dans la politique africaine de la France. Là
dessus, avec ce don d’aller à l’essentiel,
il dira « les Africains doivent comprendre une
fois pour toutes que personne ne viendra les sortir des
griffes des potentats locaux, encore moins la puissance
colonisatrice. Seule la lutte paie, dit-on. Les peuples
africains doivent s’organiser afin de se prendre
en charge ».
Il demandera, comme il fallait s’y attendre, la
libération immédiate et sans condition des
leaders de l’opposition tchadienne qui ont été
arrêtés et réduits au silence.
Enfin, Ram Ouédraogo parlera de la situation nationale
avec beaucoup de profondeur, s’efforçant
d’allumer l’étincelle du sursaut des
citoyens, par l’intermédiaire des médias.
Il n’est pas passé par 4 chemins pour dépeindre
la situation : « Le système démocratique
de notre pays entre dans une zone de turbulences, lancera-
t-il. Pour lui, tous les acquis enregistrés depuis
le drame de Sapouy ont et progressivement bradés
et il y a lieu qu’ « aujourd’hui et
maintenant que tous, pouvoir et opposition, dans un sursaut
salvateur pour la nation se retrouvent autour d’une
table pour revisiter sans complaisance notre processus
démocratique depuis l’adoption de la constitution
du 2 juin 1991 afin de recorriger les insuffisances et
de renforcer les acquis ».
Pour Ram Ouédraogo, il faut avoir le courage politique
d’opérer les réformes nécessaires
afin de rectifier le tir.
Entre autres, il dira que la séparation des pouvoirs
est un leurre dans notre pays, que le pays vit une crise
multiforme morale, économique, sociale et de légitimité
politique.
Les dysfonctionnements structurels des institutions et
la politisation des institutions républicaines
traditionnellement neutres dira-il, avaient été
notés par le collège de sages dans son rapport
d’il y a quelques années. Il avancera aussi
que le rapport avait aussi stigmatisé le contrôle
effectif de l’appareil d’Etat par un seul
parti. Tout cela perdure de nos jours malgré la
ténue d’une aussi grande messe que la Journée
nationale de pardon.
Ram Ouédraogo en appelle donc à un sursaut
national auquel il convie l’ensemble des Burkinabé
pour la pérennité de la paix sociale dans
notre pays.
Après Maître Hermann Yaméogo, les
Drs Pargui Emile Paré et Alain Zoubga, Ram Ouédraogo
envisage à son tour que le pays fasse une halte
pour mieux envisager le futur.
Il relèvera que ce besoin n’est pas seulement
ressenti au niveau de l’opposition mais par d’autres
segments de la vie nationale telle que la magistrature,
l’armée et même des secteurs comme
les confessions religieuses et les organisations coutumières.
Il dira que «C’est une véritable
refondation qui doit s’opérer avec sincérité
et courage en tenant essentiellement compte de l’intérêt
supérieur de la nation, sans calcul et intérêts
partisans. ».
Ram Ouédraogo encourage dans le même temps
les actions du nouveau premier ministre Tertius Zongo
qui se démarquent de celles de ses prédécesseurs.
« Il faut l’encourager à secouer
le cocotier», dira t-il entre autres. Et pour
finir avec Tertius, Ram Ouédraogo dira ceci : «
Si Tertius Zongo est sincère, il aura tout
notre soutien et sûrement celui des démocrates
et patriotes de notre pays. Au cas contraire, l’histoire
le rattrapera. »
Le jeu des questions- réponses a porté essentiellement
sur cette question de refondation. Comment va t-elle être
faite ? Cela voudrait-il dire que les différents
partis vont se mettre ensemble en vue de la conquérir
?
Pour Ram Ouédraogo, la coalition avec d’autres
partis pour l’atteinte de cet Objectif est possible.
Reste aux partis à s’entendre pour voir dans
quelles mesures un regroupement peut être envisagé.
Concernant la refondation en elle même, Ram Ouédraogo
précisera que si elle doit se tenir, elle ne le
sera pas sous la forme d’une conférence nationale
souveraine mais sur la base d’accords entre politiques.
Pour lui, les premières personnes responsables
de la situation du pays sont les politiques et il revient
à eux de s’asseoir autour d’une même
table pour revoir tout notre processus afin de combler
ses failles et préserver les acquis.