Mise à jour le 17/02/2008
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San Finna N°451 du 18 au 24 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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COMITE VILLAGEOIS DE DEVELOPPEMENT (CVD) DE TO
SUR FOND DE SUSPICIONS ET D’ECARTS DE LANGAGES

A To, dans la province de la Sissili, couvent des tensions qui, si on n’y prend garde, pourraient déboucher sur des affrontements aux conséquences imprévisibles. La presse dernièrement en a fait état en révélant les difficultés que connaissent les populations de To à propos de la mise en place du Comité villageois de développement (CVD). Alertés, nous avons voulu nous rendre sur place pour toucher du doigt le problème, en escomptant, par la relation qu’on fera des évènements, aider à éteindre la mèche de cette bombe.

Ouagadougou/To, ça fait une petite trotte, et ce n’est pas dans les conditions les plus confortables que nous avons fait le trajet, le jeudi passé. Le bus emprunté était beaucoup plus un taxi-brousse qu’autre chose. Nous étions à l’intérieur, pressés comme des sardines dans une boîte. C’est donc avec beaucoup de joie que les passagers ont retrouvé l’air libre en descendant à To.

Mais avant de venir à l’objet de notre investigation, il faut savoir que les CVD sont des structures d’appui aux communes rurales afin d’aider à l’élaboration de plans de développement. To est une grosse commune rurale d’environ 45.000 âmes mais le chef-lieu du département en compte environ 130.000. To se trouve sur la route départementale qui relie Sabou à Léo, chef lieu de la province de la Sissili. C’est une commune rurale, placée au 63 ème kilomètre après Sabou. Elle est dirigée par Madame BOUYEN/NIGNAN Adjara depuis les dernières élections municipales de 2006.

Venons-en à la population : dans cette bourgade, vivent des Nouni (communément appelés gourounsi), les Wala, les Mossi et les Peuhls, 4 communautés donc qui vivaient en bonne harmonie jusqu’au décès de l’ancien chef Nouni, frère de l’actuel auquel le reproche est fait d’avoir pris le titre de chef sans satisfaire aux coutumes. Mais le problème qui préoccupe actuellement la population de To se trouve à un autre niveau, dans la mise en place du CVD.

Pour un peu comprendre les choses, nous avons essayé de recueillir tous les sons de cloche en commençant d’abord, à tout seigneur tout honneur, le chef Nouni. Son palais se trouve sur un promontoire à un jet de pierre et du grand marché et du petit marché aussi appelé "Marché sans loi" selon les confidences de Madame KONATE/BOYEN Mariam conseillère UNDD à la Mairie de To. Nous avons rencontré un homme pas du tout avare en mots. A notre question : « Quel est le fond du problème dans la mise en place du CVD de To », il nous répond sans hésiter : "C’est un problème politique, un problème qui oppose le CDP et l’UNDD". Madame le Maire, que nous avons rencontrée le lendemain 15 février, n’est pas de cet avis : "Je ne pense pas que cela soit politique. Le Vice Président à ma connaissance est de l’UNDD mais ça ne pose aucun problème".

Qu’en pensent alors les Wala et les Mossi ? Le chef Wala, qui reconnaît avoir reçu plusieurs invitations du chef Nouni à venir assister à des rencontres, reconnaît que pour des raisons sociales, il n’a jamais pu venir à temps pour avoir le compte rendu des réunions. Il ne se sent pas concerné par d’éventuelles décisions ; qui plus est, il est remonté contre le chef Nouni pour ses propos injurieux et affligeants qu’il aurait tenus à son rencontre.

Quid alors des Mossi, la deuxième plus forte communauté après les Wala ? Eux fulminent parce qu’on ne leur a attribué que deux postes au CVD. Ils demandent plus de justice à travers une répartition qui tienne compte du poids de chaque communauté.

Apparemment, le chef Nouni n’entend pas les choses de cette oreille. Il laisse entendre qu’il a été investi par le Maire pour décider de la mise en place du CVD et que tout se passerait sans problème si l’ex député DABO Amadou ne lui mettait pas les bâtons dans les roues : " C’est DABO le problème. Le Maire m’a dit qu’il fallait que ce soit par consensus, c’est ce que j’ai fait. Moi je ne me laisserai pas diriger par des étrangers et DABO ne peut pas diriger les choses à To".

Un point de vue qui n’est pas partagé par Zakaria KONATE dit Zaki, tenancier du dépôt pharmaceutique et du Centre Commercial de To : "Le chef Nouni ne connaît pas le rôle du Député. Le Député vote les lois et contrôle le Gouvernement. Mais à toutes les occasions, le Député DABO est venu en aide aux gens de To. Même le chef a eu un vélo offert par DABO par le biais de ses amis de même que des vêtements" avant d’ajouter "Comment un chef de village qui est sensé incarner le respect et la morale s’auto proclame Président du CVD ?"

Quant au chef Wala, il qualifie les propos du chef Nouni de xénophobes et d’ « ethnicistes » : "Nous sommes là depuis plus de trois à quatre générations, comment peut-il nous traiter d’étranger et vouloir nous chasser jusqu’à Wa ?(NDLR : région d’origine des Wala). Avec son frère, on vivait en bonne intelligence et tout allait pour le mieux. C’est parce que j’arrive toujours à contenir la colère des jeunes et même des Mossis sinon, je ne sais pas ce qui pouvait arriver ».

Parmi les gens que le chef Nouni ne veut pas voir en peinture, il y a Yacouba Traoré qui est à l’origine de plusieurs inventions dans le domaine de l’hydraulique. Le chef l’accuserait entre autres d’avoir détourné de l’argent du Centre Médical avec Antenne Chirurgicale (CMA).

De leur côté, la coalition Wala-Mossi éprouve de la détestation pour El Hadj Boureima le Président de la communauté musulmane qu’elle accuse d’être impulsif, nerveux et bagarreur. Voilà donc, autour d’une mise en place de CVD, des inimitiés qui se font jour, empoisonnant la vie de la collectivité de To.

Que faut-il faire en pareille situation ?

C’est la question qui a été posée au Haut Commissaire qui, tout naturellement, s’est référé au décret N°2007-032/PRES/PM/MATD portant organisation, composition et fonctionnement des CVD à son article 5 pour demander, puisqu’il y a défaut de consensus, de passer par l’élection. Là, le chef Nouni monte sur ses ergots et ne veut pas en entendre parler. Et pour cause ! Il dit : "Je n’ai rien à dire. Le vote ne me concerne pas et d’ailleurs nous sommes chez nous ici".

On n’est pas prêt de sortir de l’imbroglio puisque le chef Nouni est catégorique : "Tant que Yakouba KABORE est dans la structure, je ne me sentirais pas solidaire, mais si les Mossis renoncent à sa présence, on peut trouver un consensus".

Pour sa part, Madame le Maire, qui est en poste à l’ONATEL au Service Commercial de Ouagadougou, dit ignorer qu’il y a un véritable problème.

Quoi qu’il en soit, si le Haut commissaire, prenant acte de l’absence de consensus et se référant aux textes en la matière, dit de procéder par des élections, on ne voit pas pourquoi la contestation pourrait perdurer. De deux choses, l’une : où bien à To, ce sont les lois de la république qui prévalent, auquel cas c’est l’élection qui intervient, où bien c’est la coutume qui a force de loi et l’autorité administrative s’efface. Mais jusqu’à preuve du contraire, nous sommes en république. Peut-être finira-t-on par entendre raison afin d’éviter le pire !

Mme le Maire en tout cas, à son idée : "Je vais convoquer les notabilités des communautés vivants à To pour une rencontre d’explication. J’avais même voulu que DABO Amadou et moi nous nous voyons pour ensemble voir ce qui pouvait être fait, mais son calendrier ne lui permettait pas de me rencontrer". Elle ferait bien d’accélérer les choses car, à ce que nous avons constaté sur place, si la communauté peuhle reste égale à elle-même (toujours ne rien dire et ne rien faire), les deux chefs Nouni et Wala sont au bord de l’affrontement physique après celui verbal alors que les Mossi font front avec les Wala en prévision des batailles futures.

Voilà une virée aux confins d’une bourgade riche en couleurs, en production cotonnière et de féculents mais qui a besoin d’infrastructures et d’équipement pour mieux valoriser ses richesses ; une virée éreintante mais qui nous fait toucher du doigt les difficultés largement partagées dans tout le pays en raison de l’influence du parti majoritaire dans la mise en place des CVD, dont l’efficacité devrait reposer sur une prise en compte de tous les équilibres.

 

Aristide Ouédraogo
oudera@yahoo.fr





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