COMITE
VILLAGEOIS DE DEVELOPPEMENT (CVD) DE TO
SUR FOND DE SUSPICIONS ET D’ECARTS DE LANGAGES
A
To, dans la province de la Sissili, couvent des tensions
qui, si on n’y prend garde, pourraient déboucher
sur des affrontements aux conséquences imprévisibles.
La presse dernièrement en a fait état
en révélant les difficultés que
connaissent les populations de To à propos
de la mise en place du Comité villageois de
développement (CVD). Alertés, nous avons
voulu nous rendre sur place pour toucher du doigt
le problème, en escomptant, par la relation
qu’on fera des évènements, aider
à éteindre la mèche de cette
bombe.
Ouagadougou/To,
ça fait une petite trotte, et ce n’est
pas dans les conditions les plus confortables que
nous avons fait le trajet, le jeudi passé.
Le bus emprunté était beaucoup plus
un taxi-brousse qu’autre chose. Nous étions
à l’intérieur, pressés
comme des sardines dans une boîte. C’est
donc avec beaucoup de joie que les passagers ont retrouvé
l’air libre en descendant à To.
Mais avant de venir à l’objet de notre
investigation, il faut savoir que les CVD sont des
structures d’appui aux communes rurales afin
d’aider à l’élaboration
de plans de développement. To est une grosse
commune rurale d’environ 45.000 âmes mais
le chef-lieu du département en compte environ
130.000. To se trouve sur la route départementale
qui relie Sabou à Léo, chef lieu de
la province de la Sissili. C’est une commune
rurale, placée au 63 ème kilomètre
après Sabou. Elle est dirigée par Madame
BOUYEN/NIGNAN Adjara depuis les dernières élections
municipales de 2006.
Venons-en à la population : dans cette bourgade,
vivent des Nouni (communément appelés
gourounsi), les Wala, les Mossi et les Peuhls, 4 communautés
donc qui vivaient en bonne harmonie jusqu’au
décès de l’ancien chef Nouni,
frère de l’actuel auquel le reproche
est fait d’avoir pris le titre de chef sans
satisfaire aux coutumes. Mais le problème qui
préoccupe actuellement la population de To
se trouve à un autre niveau, dans la mise en
place du CVD.
Pour un peu comprendre les choses, nous avons essayé
de recueillir tous les sons de cloche en commençant
d’abord, à tout seigneur tout honneur,
le chef Nouni. Son palais se trouve sur un promontoire
à un jet de pierre et du grand marché
et du petit marché aussi appelé "Marché
sans loi" selon les confidences de Madame
KONATE/BOYEN Mariam conseillère UNDD à
la Mairie de To. Nous avons rencontré un homme
pas du tout avare en mots. A notre question : «
Quel est le fond du problème dans la mise
en place du CVD de To », il nous répond
sans hésiter : "C’est un problème
politique, un problème qui oppose le CDP et
l’UNDD". Madame le Maire, que nous
avons rencontrée le lendemain 15 février,
n’est pas de cet avis : "Je ne pense
pas que cela soit politique. Le Vice Président
à ma connaissance est de l’UNDD mais
ça ne pose aucun problème".
Qu’en pensent alors les Wala et les Mossi ?
Le chef Wala, qui reconnaît avoir reçu
plusieurs invitations du chef Nouni à venir
assister à des rencontres, reconnaît
que pour des raisons sociales, il n’a jamais
pu venir à temps pour avoir le compte rendu
des réunions. Il ne se sent pas concerné
par d’éventuelles décisions ;
qui plus est, il est remonté contre le chef
Nouni pour ses propos injurieux et affligeants qu’il
aurait tenus à son rencontre.
Quid alors des Mossi, la deuxième plus forte
communauté après les Wala ? Eux fulminent
parce qu’on ne leur a attribué que deux
postes au CVD. Ils demandent plus de justice à
travers une répartition qui tienne compte du
poids de chaque communauté.
Apparemment, le chef Nouni n’entend pas les
choses de cette oreille. Il laisse entendre qu’il
a été investi par le Maire pour décider
de la mise en place du CVD et que tout se passerait
sans problème si l’ex député
DABO Amadou ne lui mettait pas les bâtons dans
les roues : " C’est DABO le problème.
Le Maire m’a dit qu’il fallait que ce
soit par consensus, c’est ce que j’ai
fait. Moi je ne me laisserai pas diriger par des étrangers
et DABO ne peut pas diriger les choses à To".
Un point de vue qui n’est pas partagé
par Zakaria KONATE dit Zaki, tenancier du dépôt
pharmaceutique et du Centre Commercial de To : "Le
chef Nouni ne connaît pas le rôle du Député.
Le Député vote les lois et contrôle
le Gouvernement. Mais à toutes les occasions,
le Député DABO est venu en aide aux
gens de To. Même le chef a eu un vélo
offert par DABO par le biais de ses amis de même
que des vêtements" avant d’ajouter
"Comment un chef de village qui est sensé
incarner le respect et la morale s’auto proclame
Président du CVD ?"
Quant au chef Wala, il qualifie les propos du chef
Nouni de xénophobes et d’ « ethnicistes
» : "Nous sommes là depuis plus
de trois à quatre générations,
comment peut-il nous traiter d’étranger
et vouloir nous chasser jusqu’à Wa ?(NDLR
: région d’origine des Wala). Avec son
frère, on vivait en bonne intelligence et tout
allait pour le mieux. C’est parce que j’arrive
toujours à contenir la colère des jeunes
et même des Mossis sinon, je ne sais pas ce
qui pouvait arriver ».
Parmi les gens que le chef Nouni ne veut pas voir
en peinture, il y a Yacouba Traoré qui est
à l’origine de plusieurs inventions dans
le domaine de l’hydraulique. Le chef l’accuserait
entre autres d’avoir détourné
de l’argent du Centre Médical avec Antenne
Chirurgicale (CMA).
De leur côté, la coalition Wala-Mossi
éprouve de la détestation pour El Hadj
Boureima le Président de la communauté
musulmane qu’elle accuse d’être
impulsif, nerveux et bagarreur. Voilà donc,
autour d’une mise en place de CVD, des inimitiés
qui se font jour, empoisonnant la vie de la collectivité
de To.
Que faut-il faire en pareille situation ?
C’est la question qui a été posée
au Haut Commissaire qui, tout naturellement, s’est
référé au décret N°2007-032/PRES/PM/MATD
portant organisation, composition et fonctionnement
des CVD à son article 5 pour demander, puisqu’il
y a défaut de consensus, de passer par l’élection.
Là, le chef Nouni monte sur ses ergots et ne
veut pas en entendre parler. Et pour cause ! Il dit
: "Je n’ai rien à dire. Le vote
ne me concerne pas et d’ailleurs nous sommes
chez nous ici".
On n’est pas prêt de sortir de l’imbroglio
puisque le chef Nouni est catégorique : "Tant
que Yakouba KABORE est dans la structure, je ne me
sentirais pas solidaire, mais si les Mossis renoncent
à sa présence, on peut trouver un consensus".
Pour sa part, Madame le Maire, qui est en poste à
l’ONATEL au Service Commercial de Ouagadougou,
dit ignorer qu’il y a un véritable problème.
Quoi qu’il en soit, si le Haut commissaire,
prenant acte de l’absence de consensus et se
référant aux textes en la matière,
dit de procéder par des élections, on
ne voit pas pourquoi la contestation pourrait perdurer.
De deux choses, l’une : où bien à
To, ce sont les lois de la république qui prévalent,
auquel cas c’est l’élection qui
intervient, où bien c’est la coutume
qui a force de loi et l’autorité administrative
s’efface. Mais jusqu’à preuve du
contraire, nous sommes en république. Peut-être
finira-t-on par entendre raison afin d’éviter
le pire !
Mme le Maire en tout cas, à son idée
: "Je vais convoquer les notabilités
des communautés vivants à To pour une
rencontre d’explication. J’avais même
voulu que DABO Amadou et moi nous nous voyons pour
ensemble voir ce qui pouvait être fait, mais
son calendrier ne lui permettait pas de me rencontrer".
Elle ferait bien d’accélérer les
choses car, à ce que nous avons constaté
sur place, si la communauté peuhle reste égale
à elle-même (toujours ne rien dire et
ne rien faire), les deux chefs Nouni et Wala sont
au bord de l’affrontement physique après
celui verbal alors que les Mossi font front avec les
Wala en prévision des batailles futures.
Voilà une virée aux confins d’une
bourgade riche en couleurs, en production cotonnière
et de féculents mais qui a besoin d’infrastructures
et d’équipement pour mieux valoriser
ses richesses ; une virée éreintante
mais qui nous fait toucher du doigt les difficultés
largement partagées dans tout le pays en raison
de l’influence du parti majoritaire dans la
mise en place des CVD, dont l’efficacité
devrait reposer sur une prise en compte de tous les
équilibres.
Aristide
Ouédraogo
oudera@yahoo.fr