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LE PARC DE OUAGADOUGOU
DES CROCODILES AU CŒUR DE LA VILLE

Ballade romantique dans le parc de Ouagadougou. Le soleil frappe fort et les amoureux cherchent un peu d’ombre et de calme pour échapper au rythme effréné de la capitale burkinabé. Une famille profite des petits sentiers pour se promener en vélo. Le parc semble être un havre de paix. Certains reptiles, sagement allongés le long de la rive partagent aussi cet avis. Et si un jour ils décidaient de ne plus partager leur petit coin de paradis ?

Les crocos de Ouagadougou ont trouvé un endroit idéal pour la sieste. Au cœur du parc, vers la zone marécageuse, on peut déjà en apercevoir une petite dizaine qui refroidirait le plus téméraire des nageurs, à piquer une tête. La gueule ouverte, la queue au soleil, ils ont l’air plein d’une béatitude enviable. L’un d’eux plonge soudain pour satisfaire son appétit. Ni une ni deux, le casse-croûte avalé, l’animal disparaît dans les eaux troubles du marécage. Varans et crocodiles du Nil cohabitent entre hautes herbes, algues et nénuphars et se nourrissent des quelques poissons du marécage dont les eaux proviennent du barrage. Tant que tout ce petit monde s’auto suffit, on peut considérer ces reptiles comme une simple attraction touristique. Un homme occupé à couper des branches sur le rivage le confirme :
« Aucune crainte à avoir, ces crocodiles n’attaquent pas les hommes. » Il sait de quoi il parle puisqu’il fait partie de ces hommes qui descendent jusqu’aux eaux du marécage pour récupérer leur maigre bois. La main dans l’eau qui sélectionne les branches, dans l’autre une machette pour les couper, un travail effectué aux côtés des dos écaillés de ces animaux à la gueule tranchante. « Mais jamais un de nous ne s’est fait croquer, assure-t-il, ne vous faites pas de soucis ! ».

On aimerait le croire. Malheureusement, la mémoire collective fait état de quelques anecdotes moins convaincantes. Ces crocos échoués dans les piscines des résidences de la Zone du bois laissent penser que tout est possible. Le marécage à sec, les poissons venant à manquer, le ventre vide, les animaux viendront certainement chercher leur « pain » ailleurs, comme ils sont déjà venus chercher par le passé un peu de fraîcheur dans les jardins des résidences non loin du parc. Qu’est-ce qui se passera donc si la faim devait les terrasser ? On peut envisager qu’ils ne se laisseront pas mourir en regardant passer les joggeurs matinaux venus sculpter leur silhouette. Ils ne s’attendriront pas en espionnant ces couples d’amoureux venus batifoler loin des regards indiscrets. Ils pourraient plutôt en faire leur déjeuner, leurs quatre-heures, leur dîner. Une cuisse de joggeur le matin, un cœur d’amoureux l’après-midi, une famille entière pour la soirée. Combien sont-ils ces crocodiles à nourrir ? Combien sont-elles, ces gueules menaçantes ? Comment être sûr que ces crocos ne décideront pas un jour de se rassasier avec de la chair humaine bien fraîche ?


Fatoumata Touré





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