San
Finna N°451 du
18 au 24 Février 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
LE
PARC DE OUAGADOUGOU
DES CROCODILES AU CŒUR DE LA VILLE
Ballade
romantique dans le parc de Ouagadougou. Le soleil
frappe fort et les amoureux cherchent un peu d’ombre
et de calme pour échapper au rythme effréné
de la capitale burkinabé. Une famille profite
des petits sentiers pour se promener en vélo.
Le parc semble être un havre de paix. Certains
reptiles, sagement allongés le long de la rive
partagent aussi cet avis. Et si un jour ils décidaient
de ne plus partager leur petit coin de paradis ?
Les
crocos de Ouagadougou ont trouvé un endroit
idéal pour la sieste. Au cœur du
parc, vers la zone marécageuse, on peut
déjà en apercevoir une petite
dizaine qui refroidirait le plus téméraire
des nageurs, à piquer une tête.
La gueule ouverte, la queue au soleil, ils ont
l’air plein d’une béatitude
enviable. L’un d’eux plonge soudain
pour satisfaire son appétit. Ni une ni
deux, le casse-croûte avalé, l’animal
disparaît dans les eaux troubles du marécage.
Varans et crocodiles du Nil cohabitent entre
hautes herbes, algues et nénuphars et
se nourrissent des quelques poissons du marécage
dont les eaux proviennent du barrage. Tant que
tout
ce petit monde s’auto suffit, on peut
considérer ces reptiles comme une simple
attraction touristique.
Un
homme occupé à couper des branches
sur
le
rivage le confirme :
« Aucune crainte à avoir, ces
crocodiles n’attaquent pas les hommes.
» Il sait de quoi il parle puisqu’il
fait partie de ces hommes qui descendent jusqu’aux
eaux du marécage pour récupérer
leur maigre bois. La main dans l’eau qui
sélectionne les branches, dans l’autre
une machette pour les couper, un travail effectué
aux côtés des dos écaillés
de ces animaux à la gueule tranchante.
« Mais jamais un de nous ne s’est
fait croquer, assure-t-il, ne vous faites pas
de soucis ! ».
On aimerait le croire. Malheureusement, la mémoire
collective fait état de quelques anecdotes
moins convaincantes. Ces crocos échoués
dans les piscines des résidences de la Zone
du bois laissent penser que tout est possible. Le
marécage à sec, les poissons venant
à manquer, le ventre vide, les animaux viendront
certainement chercher leur « pain » ailleurs,
comme ils sont déjà venus chercher par
le passé un peu de fraîcheur dans les
jardins des résidences non loin du parc. Qu’est-ce
qui se passera donc si la faim devait les terrasser
? On peut envisager qu’ils ne se laisseront
pas mourir en regardant passer les joggeurs matinaux
venus sculpter leur silhouette. Ils ne s’attendriront
pas en espionnant ces couples d’amoureux venus
batifoler loin des regards indiscrets. Ils pourraient
plutôt en faire leur déjeuner, leurs
quatre-heures, leur dîner. Une cuisse de joggeur
le matin, un cœur d’amoureux l’après-midi,
une famille entière pour la soirée.
Combien sont-ils ces crocodiles à nourrir ?
Combien sont-elles, ces gueules menaçantes
? Comment être sûr que ces crocos ne décideront
pas un jour de se rassasier avec de la chair humaine
bien fraîche ?