Mise à jour le 17/02/2008
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San Finna N°451 du 18 au 24 Février 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

SOUTIEN DE SARKOZY A DEBY
ACCULEE DANS LES CORDES, LA FRANCE LACHE LE « MORCEAU »

La France, au début de l’offensive rebelle, n’a eu de cesse de clamer qu’elle n’était pas belligérante et qu’elle s’en tiendrait aux termes des accords techniques et de coopération militaire. Et puis, elle a commencé à parler de son soutien au gouvernement Déby tout en précisant que ce soutien se fera dans le cadre desdits accords qui excluent l’intervention directe. Ensuite, quand la déclaration des Nations Unies est tombée, elle a haussé le ton, prévenant que la récréation était terminée et qu’elle assumerait ses responsabilités conformément à la décision du Conseil de sécurité mais aussi à celle prise par l’Union africaine. Mais la France n’a pas convaincu.

En attestaient déjà les dénonciations rebelles au deuxième jour de l’offensive contre le palais présidentiel et les protestations qui depuis fusent à travers l’Afrique, la France et le monde. Lorsque les médias se sont mis de la partie avec des preuves à l’appui, donnant crédit aux dénonciations des rebelles, alors les choses ont changé. La ligne de défense sur le non soutien

Des militaires français du dispositif « Epervier » au Tchad. (Photo : AFP)
commençait à être difficile à tenir. La couverture de l’Union africaine, derrière laquelle les autorités françaises s’abritaient pour justifier leur position, est depuis trop longtemps percée en Afrique. Qui aujourd’hui accorde du crédit à ce « syndicat » de chefs d’Etat ? Il y a belle lurette qu’on sait qu’elle est le bras armé des chefs d’Etat notamment ceux de la Françafrique. Ca fait rire que Nicolas Sarkozy s’en prévale et que, plus encore, mine de rien, il dénonce l’intervention libyenne pour couvrir la leur.

Quant à la position du Conseil de Sécurité, elle n’est guère plus probante : on sait quels sont ceux qui font la loi dans ce conseil. Mais on sait surtout que la France s’est démenée comme un beau diable pour avoir une décision musclée. Au jour du dimanche 3 février, les choses étaient loin d’être gagnées : les parties prenantes n’étant pas dupes des intentions françaises, et surtout pas la Russie ; les choses semblaient mal parties pour Nicolas Sarkozy. Point de position qui donne un feu vert clair à la France pour appuyer Idriss Déby. Voici ce qu’en dit le quotidien Le Monde : « Au Conseil de sécurité de l'ONU réuni d'urgence, dimanche (NDLR 3 février 2008), à la demande du président Sarkozy, la Russie s'est opposée à l'adoption d'une déclaration de soutien au pouvoir d'Idriss Déby, perçue par plusieurs diplomates comme une tentative française d'obtenir une "couverture juridique" onusienne dans l'hypothèse où Paris déciderait d'intervenir militairement. Le projet français initial prévoyait que le Conseil de sécurité "appelle tous les Etats en mesure de le faire à soutenir par tous les moyens nécessaires le gouvernement légal du Tchad". L'invocation de "tous les moyens nécessaires" est traditionnellement réservée aux résolutions autorisant l'usage de la force ».

Le lendemain 4 février, la Résolution tant souhaitée et pour laquelle la diplomatie française a fait des pieds et des mains, ne sera donc pas au rendez-vous. En lieu et place, nous aurons droit à une simple Déclaration du président du Conseil de sécurité des Nations unies contenant cette formule vague : « Le Conseil demande aux États Membres, conformément à la Charte des Nations Unies, d’apporter leur appui comme le demande le Gouvernement tchadien ». Voilà comment les choses se sont passées.

En avouant en effet le 14 février dernier par le Porte-parole du ministère de la Défense Laurent Teisseire qu’au cours de l’offensive des rebelles contre le régime Déby, l'armée française a "acheminé des munitions destinées aux forces tchadiennes", les autorités font une révélation un peu tardive car si donc il y a eu soutien militaire, cela n’a pu se faire qu’en violation des accords de coopération technique et militaire qui, aux dires même des autorités françaises, n’autorisaient pas un tel soutien. Et si aujourd’hui, le gouvernement français en appelle à la décision du Conseil de sécurité pour se justifier, il faut rappeler que non seulement elle n’a pas obtenu une résolution contraignante mais que, même si tel était le cas, celle-ci étant venu postérieurement, ne saurait valider a posteriori son intervention.

Mais de tout cela, le pouvoir français s’en balance totalement puisque non seulement il laisse entendre à qui il veut qu’il ne s’arrêtera pas en si bon chemin mais semble déjà en œuvre à cet effet, à en croire la « Lettre du continent » du 12 février dernier, qui révèle ce qui suit : « Selon nos informations, la Délégation générale pour l'armement (DGA) va livrer des missiles Eryx au président Idriss Déby, pour un montant de l'ordre de 5 millions €. Système d'armes anti-chars de courte portée, l'Eryx est très apprécié pour ‘les combats urbains’ d'après ses caractéristiques sur le site de la DGA. Rappelons que nous avions également révélé que le président tchadien a acheté à la société MDBA (EADS) une centaine de missiles Milan (LC N°530). Egalement de l'ordre de 5 millions €, ce contrat est passé au Quai d'Orsay - à la vitesse d'un rezzou - devant la Commission interministérielle pour l'étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG). Utilisable de jour comme de nuit, le missile Milan "peut détruire des chars de combat ou des véhicules blindés de tout types". Inutile de préciser que les Toyota des colonnes rebelles sont très attendues… ».

Françafrique, soyez la bien revenue, comme qui dirait !

La Rédaction






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