SOUTIEN
DE SARKOZY A DEBY
ACCULEE DANS LES CORDES, LA FRANCE LACHE LE «
MORCEAU »
La
France, au début de l’offensive rebelle,
n’a eu de cesse de clamer qu’elle n’était
pas belligérante et qu’elle s’en
tiendrait aux termes des accords techniques et de
coopération militaire. Et puis, elle a commencé
à parler de son soutien au gouvernement Déby
tout en précisant que ce soutien se fera dans
le cadre desdits accords qui excluent l’intervention
directe. Ensuite, quand la déclaration des
Nations Unies est tombée, elle a haussé
le ton, prévenant que la récréation
était terminée et qu’elle assumerait
ses responsabilités conformément à
la décision du Conseil de sécurité
mais aussi à celle prise par l’Union
africaine. Mais la France n’a pas convaincu.
| En
attestaient déjà les dénonciations
rebelles au deuxième jour de l’offensive
contre le palais présidentiel et les
protestations qui depuis fusent à travers
l’Afrique, la France et le monde. Lorsque
les médias se sont mis de la partie avec
des preuves à l’appui, donnant
crédit aux dénonciations des rebelles,
alors les choses ont changé. La ligne
de défense sur le non soutien |
Des
militaires français du dispositif «
Epervier » au Tchad. (Photo : AFP)
|
commençait à être difficile
à tenir. La couverture de l’Union
africaine, derrière laquelle les autorités
françaises s’abritaient pour justifier
leur position, est depuis trop longtemps percée
en Afrique. Qui aujourd’hui accorde du
crédit à ce « syndicat »
de chefs d’Etat ? Il y a belle lurette
qu’on sait qu’elle est le bras armé
des chefs d’Etat notamment ceux de la
Françafrique. Ca fait rire que Nicolas
Sarkozy s’en prévale et que, plus
encore, mine de rien, il dénonce l’intervention
libyenne pour couvrir la leur. |
Quant à la position du Conseil de Sécurité,
elle n’est guère plus probante : on sait
quels sont ceux qui font la loi dans ce conseil. Mais
on sait surtout que la France s’est démenée
comme un beau diable pour avoir une décision
musclée. Au jour du dimanche 3 février,
les choses étaient loin d’être
gagnées : les parties prenantes n’étant
pas dupes des intentions françaises, et surtout
pas la Russie ; les choses semblaient mal parties
pour Nicolas Sarkozy. Point de position qui donne
un feu vert clair à la France pour appuyer
Idriss Déby. Voici ce qu’en dit le quotidien
Le Monde : « Au Conseil de sécurité
de l'ONU réuni d'urgence, dimanche (NDLR 3
février 2008), à la demande du président
Sarkozy, la Russie s'est opposée à l'adoption
d'une déclaration de soutien au pouvoir d'Idriss
Déby, perçue par plusieurs diplomates
comme une tentative française d'obtenir une
"couverture juridique" onusienne dans l'hypothèse
où Paris déciderait d'intervenir militairement.
Le projet français initial prévoyait
que le Conseil de sécurité "appelle
tous les Etats en mesure de le faire à soutenir
par tous les moyens nécessaires le gouvernement
légal du Tchad". L'invocation de "tous
les moyens nécessaires" est traditionnellement
réservée aux résolutions autorisant
l'usage de la force ».
Le lendemain 4 février, la Résolution
tant souhaitée et pour laquelle la diplomatie
française a fait des pieds et des mains, ne
sera donc pas au rendez-vous. En lieu et place, nous
aurons droit à une simple Déclaration
du président du Conseil de sécurité
des Nations unies contenant cette formule vague :
« Le Conseil demande aux États Membres,
conformément à la Charte des Nations
Unies, d’apporter leur appui comme le demande
le Gouvernement tchadien ». Voilà
comment les choses se sont passées.
En avouant en effet le 14 février dernier par
le Porte-parole du ministère de la Défense
Laurent Teisseire qu’au cours de l’offensive
des rebelles contre le régime Déby,
l'armée française a "acheminé
des munitions destinées aux forces tchadiennes",
les autorités font une révélation
un peu tardive car si donc il y a eu soutien militaire,
cela n’a pu se faire qu’en violation des
accords de coopération technique et militaire
qui, aux dires même des autorités françaises,
n’autorisaient pas un tel soutien. Et si aujourd’hui,
le gouvernement français en appelle à
la décision du Conseil de sécurité
pour se justifier, il faut rappeler que non seulement
elle n’a pas obtenu une résolution contraignante
mais que, même si tel était le cas, celle-ci
étant venu postérieurement, ne saurait
valider a posteriori son intervention.
Mais de tout cela, le pouvoir français s’en
balance totalement puisque non seulement il laisse
entendre à qui il veut qu’il ne s’arrêtera
pas en si bon chemin mais semble déjà
en œuvre à cet effet, à en croire
la « Lettre du continent » du 12 février
dernier, qui révèle ce qui suit : «
Selon nos informations, la Délégation
générale pour l'armement (DGA) va livrer
des missiles Eryx au président Idriss Déby,
pour un montant de l'ordre de 5 millions €. Système
d'armes anti-chars de courte portée, l'Eryx
est très apprécié pour ‘les
combats urbains’ d'après ses caractéristiques
sur le site de la DGA. Rappelons que nous avions également
révélé que le président
tchadien a acheté à la société
MDBA (EADS) une centaine de missiles Milan (LC N°530).
Egalement de l'ordre de 5 millions €, ce contrat
est passé au Quai d'Orsay - à la vitesse
d'un rezzou - devant la Commission interministérielle
pour l'étude des exportations de matériels
de guerre (CIEEMG). Utilisable de jour comme de nuit,
le missile Milan "peut détruire des chars
de combat ou des véhicules blindés de
tout types". Inutile de préciser que les
Toyota des colonnes rebelles sont très attendues…
».
Françafrique,
soyez la bien revenue, comme qui dirait !