Mise à jour le 24/02/2008
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San Finna N°452 du 25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

PROTESTATION DES COMMERÇANTS CONTRE LA VIE CHERE A BOBO :
DES EDIFICES ET AUTRES BIENS PUBLICS ET PRIVES
« PASSES A TABAC » !

La ville de Sya s’est réveillée ce mercredi 20 février 08 dans la matinée, sous le crépitement des gaz lacrymogènes avec en sus des rues barricadées, des pneus usagés en flammes dans toutes les artères de la ville, des boutiques et autres biens publics et privés saccagés et pillés par des manifestants mécontents de la hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité et autres augmentations des impôts et taxes. Comment en est on arrivé là ?

De sources proches des autorités communales, des tracts auraient circulé dans la ville de Sya faisant état d’une ville morte du 20 au 22 février 2008. Selon toujours cette source, le rassemblement était prévu le 20 février à 07h30, Place de la mairie centrale. Comme il fallait s’y attendre, le jour J et avant l’heure indiquée, le bourgmestre de la ville de Sya, El Hadj Salia Sanou et ses plus proches collaborateurs faisaient déjà le pied de grue à la mairie centrale de Bobo-Dioulasso. A l’heure indiquée, point de manifestants à la mairie centrale. Pensant que ceux-ci avaient mis une croix à leur projet, le maire Salia Sanou a
jugé nécessaire de s’y rendre dans une cafétéria de la place pour un petit déjeuner réparateur après ces sueurs froides. C’est à cet instant que celui-ci sera informé que le torchon brûlait dans sa cité. Certains observateurs ont cependant laissé entendre que les manifestants venaient de façon organisée pour remettre leur déclaration aux autorités communales, et comme la manifestation n’était pas autorisée, les manifestants ont été vite repoussés par les éléments de la CRS (Compagnie Républicaine de Sécurité) qui veillaient au grain à la mairie centrale.

Des manifestants couchés à même le sol par les forces de l'ordre

Vrai ou faux nous ne saurons en dire davantage. Ce qui est indiscutable, c’est que, dispersés à l’aide des gaz lacrymogènes, des groupuscules de jeunes gens armés de pierres et de gourdins se sont aussitôt constitués à travers toutes les artères de la ville. De Koko en passant par Sikasso Cira, Sarfalao, Yéguéré Niénéta, Lafiabougou et que savons-nous encore, ces jeunes décidés à en découdre avec les édifices, monuments et autres biens publics et privés ont engagé un combat de Titan avec les forces de sécurité (police comme gendarmerie) en cette journée inoubliable du 20 février 08. Débordées et dépassées par les évènements, les autorités communales ont dû faire appel aux hommes en béret rouge du Colonel Bonkia, Commandant la deuxième région militaire de Bobo-Dioulasso. Tous les maires d’arrondissement à l’exception de celui du Do, ont élu domicile à la mairie centrale aux côtés du maire central Salia Sanou sous les regards et la protection des forces de sécurité commis à la tâche.

De mémoire d’hommes, Bobo-Dioulasso n’a jamais vécu de tels évènements. Tôt le matin, le ciel tumultueux de la ville était recouvert de fumée épaisse. Des

Bureau de la direction régionale des douanes
feux tricolores en passant par des panneaux publicitaires, des stations services, des édifices publics et privés comme la direction régionale de la douane, la mairie de l’arrondissement de Do, des caisses populaires, des boutiques et autres lieux de commerce, ont été littéralement ou en partie saccagés et pillés. Des caisses populaires, un établissement bancaire de la place ont failli, comme au Nord ivoirien, être vandalisés.


Un calme relatif s’installa dans de la nuit du mercredi au jeudi 21 février. Le service des urgences de l’hôpital Souro Sanou de Bobo-Dioulasso a dû certainement avoir du pain sur la planche en cette chaude journée du 20 février 2008. Des rumeurs tendancieuses font état de perte en vies humaines. Informés, nous nous sommes rendus à la morgue de l’hôpital Souro Sanou pour en savoir davantage : le constat que nous avons pu faire, c’est qu’apparemment il n’y avait pas de nouveaux corps, mais qui sait « mystère ».Il serait très hasardeux de faire un bilan exhaustif des dégâts qui ont été commis. Des multiples arrestations ont été opérées dans la ville durant ces dernières 72 heures, car au moment où nous bouclions cette présente édition, personne ne pourra dire avec exactitude d’où est venue cette initiative et quels en sont les géniteurs.

Dans la journée du jeudi 21 février, nous avons assisté au même scénario, car les courses poursuites entre forces de sécurité et manifestants dans les artères de la ville étaient toujours de rigueur. C’est au cours de cette journée qu’un véhicule d’intervention de la gendarmerie a été brûlé. C’est aussi au cours de cette journée que nous apprendrons que du côté de Banfora dans la cité du paysan noir, des manifestations similaires se sont déroulées. Ce qui est inquiétant dans tout ça, c’est que les manifestants ont tenu tête aux forces de sécurité, car certains même sont allés jusqu'à ce coucher sur le goudron en disant que s’ils veulent, ils peuvent les exterminer. Dame rumeur laisse croire que ces actes de vandalismes en certains lieux ressembleraient à des règlements de compte, et comme vous le savez en pareille circonstance, ce n’est pas ce qui pourrait manquer. Et comme tout se sait tôt ou tard en savane herbeuse, les jours et les mois à venir nous aideront à comprendre davantage.

Seydou Diabo

OUTRAGE AU MONUMENT KADHAFI/BLAISE A BOBO

Il y a peu de chances que cela fasse l’évènement mais dans Bobo-Dioulasso, ce qui s’est passé au Rond-point de l’aéroport, communément appelé « Monument de Kadhafi et Blaise », gravera pour longtemps les mémoires.
Ce n’étaient pas les Américains et la population bagdadi déboulonnant la statue de Saddam Hussein mais ça y ressemblait tout de même. Le ras le bol des Bobolais contre l’Etat et ses dirigeants, symbolisés par Blaise Compaoré, les a conduit à ce carrefour où trônaient la Statue de Kadhafi et celle de Compaoré, à un travail de vengeance.
Arrivés sur les lieux, ainsi qu’on se la raconte à Bobo, les manifestants s’adressant poliment à Kadhafi, lui demandèrent de bien vouloir les excuser parce qu’ils avaient un travail à faire avec son ami. Alors ils ont un peu incliné le «Guide » qui, déséquilibré, est resté malgré tout debout, pour s’occuper de Blaise Compaoré.
Les manifestants y sont allés, chacun de son coup de pied, de son coup de couteau ou de gourdin, et finalement on lui a mis les pneus enflammés comme on le fait avec la torture du collier.
Une fois que le travail fut fait, une voix s’éleva pour dire qu’il ne serait pas normal de laisser tranquille Kadhafi puisque c’est lui qui vient donner l’argent à son ami pour qu’il fasse n’importe quoi. Quelqu’un proposa une solution qui fut tout de suite adoptée à l’unanimité : lui brûler le derrière pour lui apprendre à vivre. Sitôt dit, sitôt fait !
Cet outrage au monument de Blaise Compaoré a un tel symbole qu’à la mairie, on était dans tous ses états. La réaction ne tarda pas : au petit matin du lendemain de cet évènement, alors que le coq n’avait pas encore commencé de chanter, une équipe s’est rendue sur les lieux pour faire un nettoyage en règle afin de ne pas laisser le temps aux curieux et autres journalistes mal intentionnés de graver dans la mémoire collective, cet outrage pour que les petits-enfants se le répètent à travers le temps.






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