San
Finna N°452 du
25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
FONDS
D’APPUI A L’ETAT DE DROIT
LA NECESSAIRE REFORME ?
Pendant
deux jours, du 21 au 22 février 2008
à Ouagadougou, les bailleurs et certains
bénéficiaires de fonds d’appui
à l’Etat de droit (FAED) se sont
retrouvé pour faire une évaluation
des prestations du fonds après 4 ans
de mise en œuvre. Une rencontre bilan
qui ne peut que confirmer la nécessité
que l’on mène certaines réformes
afin de permettre au mécanisme d’être
plus apte à remplir ses missions de
consolidation de l’Etat de droit et
de la démocratie au Burkina Faso.
Le
fonds d’appui à l’Etat
de droit, si besoin était encore
de le rappeler, est un fonds alimenté
par l’Union Européenne
uniquement. Le maître d’œuvre
est le ministère de la Justice
et la maîtrise d’œuvre
déléguée est assumée
par une cellule de gestion du programme
(CGP) qui semble décentralisé
et autonome. Le FAED a comme objectif,
entre autres, de permettre aux citoyens
de bénéficier d’une
justice plus indépendante, efficace
et accessible, d’une démocratie
et d’une bonne gouvernance consolidée
par une meilleure participation des
institutions démocratiques, de
la société civile et des
médias au processus démocratique.
Le cadre de mise en œuvre du fonds
est le Programme d’appui à
la consolidation du processus démocratique
de l’Etat de droit et la bonne
gouvernance (PADEG). Ce programme est
le fruit des réformes engagées
par le gouvernement du Burkina, notamment
par l’adoption de la Stratégie
et du plan national pour la reforme
de la justice (PANRJ), toute chose qui
devrait concourir 4 ans après,
à une certaine amélioration
dans l’expression démocratique
dans notre pays.
Les bénéficiaires de ce fonds
sont sans conteste le ministère de
la Justice, les organisations de la société
civile et les institutions démocratiques.
Le fond permet d’appuyer la réforme
du système judiciaire. En effet des
formations du personnel judiciaire sont initiées,
l’information juridique de haute qualité
est mise plus facilement à la disposition
des praticiens du droit, des étudiants
et même des citoyens. Il y a aussi informatisation
de l’appareil judiciaire etc.…
Les intervenants de la société
civile agissant pour la consolidation de l’Etat
de droit, de la démocratie et la bonne
gouvernance, seront épaulés
; les institutions démocratiques (représentatives,
consultatives et électorales) seront
renforcées afin de mieux contribuer
à la consolidation du processus démocratique
; le niveau professionnel des médias
sera amélioré et l’accès
aux médias en langues locales, surtout
de la population rurale, sera facilité.
Au total à travers ce fonds, 63 associations
ou institutions parmi lesquelles l’Association
des femmes juristes, la Coalition burkinabè
pour les droits de la femme, la Compagnie
Théâtrale «Le Roseau »,
le Syndicat burkinabè des magistrats
(SBM), le Centre Africa Obota. 56 projets
ont été ainsi sélectionnés
au cours de 3 appels à propositions
durant les 4 années écoulées.
Mais l’état de déliquescence
de la justice, le manque d’infrastructures
carcérales, la timide décentralisation
de la justice, le manque d’équipements,
l’absence de confiance entre le justiciable
et les services juridiques et la perte de
confiance des Burkinabé dans le processus
démocratique, viennent comme pour souligner
que l’on a pratiquement dépensé
de l’argent en pure perte. Le contraste
est d’autant plus saisissant que cette
rencontre bilan en cours intervient à
un moment où les citoyens, une fois
de plus, sont interpellés à
travers l’affaire dite du « DG
de la douane », sur le manque d’indépendance
de la justice. Plus encore, elle intervient
dans un contexte baigné par des rapports
de plus en plus critiques d’ONG et d’institutions
du système des Nations Unies sur les
paramètres de la bonne gouvernance
et sur les émeutes qui montrent d’une
certaine façon, le manque de réussite
de la politique économique et sociale
du pays. Il y a ici matière à
réfléchir sur la finalité
de ce mécanisme d’appui à
l’Etat de droit et à la démocratie.
On comprendra si le diagnostic est fait sans
complaisance qu’il ne suffit pas de
débloquer des milliards et de les essaimer
aux quatre vents pour que fleurissent les
bonnes pratiques démocratiques et les
fleurs des droits de l’homme. Tant qu’au
plan international, on n’identifiera
pas les vrais acteurs de la démocratie
pour porter sur eux les appuis nécessaires
pour une meilleure valorisation de la démocratie,
on continuera sinon à financer les
pouvoirs en place et leurs succursales ou
une société civile qu’on
a savamment antagonisé aux partis politiques
et qui se fait de l’argent à
bon dos en vivant de cette opposition.