L’AIDE
PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT DOIT ETRE REPENSEE
UN CONSTAT QUI S’IMPOSE DE PLUS EN PLUS
Selon
l’association «Survie», moins de
10 % de l’aide bilatérale française
sont en fait consacrés aux secteurs de base
comme l’éducation, la santé ou
l’adduction d’eau villageoise. Une opinion
qui met de l’eau au moulin de tous ceux qui
depuis des décennies n’ont eu de cesse
de critiquer cette aide mais qu’on pourrait
mettre sur le compte des gesticulations de tous ces
contestataires et autres altermondialistes. Mais voilà
qu’au sein même des acteurs de l’économie
mondiale, la sérieuse Organisation de coopération
et de développement économique (OCDE)
joint sa voix aux critiques, estimant que l’aide
au développement n’est pas adaptée
aux besoins. Quels sont donc leurs arguments ?
«
Survie » qui a rédigé en
fin 2007 un petit mémoire sur le sujet
: « France-Afrique : qui aide vraiment
qui ? Les dessous de l’aide publique au
développement », la « coopération
bilatérale (est) au service des intérêts
français », déplore que
dans cette coopération bilatérale,
sont comptabilisés les bourses accordées
aux étudiants étrangers en France,
les coûts |
Logo
de l’association SURVIE |
administratifs liés à l’accueil
des réfugiés (en quoi cela concerne
les programmes de développement en Afrique
?), les dépenses bénéficiant
aux territoires d’Outre-mer et surtout
une partie des crédits destinée
à des programmes de promotion de la francophonie
et de rayonnement culturel de la France dans
le monde ! Véritable fourre-tout qui
laisse la portion congrue à l’aide
proprement dite. |
Elle
estime d’autre part que la coopération
multilatérale a des « contours flous
» (1 milliard d’euros à la Banque
Mondiale « sans contre-pouvoir clair et
fort mené au sein de cette instance »)
et que les annulations de dettes gonflent l’aide.
Ainsi, il ressort que sur 8 milliards d’euros
de l’Aide publique au développement,
en 2006, 2,7 milliards d’euros concernaient
l’annulation de dettes ; ces annulations, au
demeurant, constituent bien souvent, selon l’association
« un effacement comptable de créances
qui n’auraient jamais été payées
» !
Ceci sans compter ce que tout le monde sait, c’est
que l’aide publique au développement
représente environ 0,47 % de son PIB alors
que, comme les autres puissances, la France s’était
engagée à hauteur de 0,7%. A sa décharge
cependant, elle n’est pas le plus mauvais élève
!
La célèbre et pugnace association explique
que «si l’on décortique les
statistiques économiques, on s’aperçoit
que l’argent versé par la France au titre
de l’aide est peu de choses en comparaison avec
les rapatriements des multinationales, l’argent
des trafics menés en Afrique ou même
les transferts des migrants africains résidant
en France». C’est donc tout naturellement
qu’elle demande de « repenser les fondements
du financement du développement ».
Pour
sa part, l’OCDE, qui vient de publier
son Rapport 2007 sur le développement,
estime que si les 104,4 milliards de dollars
dépensés en 2006 par les 22 membres
du Comité d'aide au développement
(CAD) de l'OCDE ont |
| amélioré
les conditions de vie des populations les plus
pauvres (le pourcentage des personnes vivant
avec moins de 1 dollar par jour passant de 29,6
% de la population mondiale en 1990 à
19,4 % en 2004 et le taux de scolarisation dans
le primaire passant dans le même temps,
de 79 % à 86 %), les subventions versées
par les pays riches sous diverses formes aux
pays pauvres, connaissent des hauts, des bas
et de nombreuses ambiguïtés. |
Logo
de Organisation de coopération
et de développement économique
(OCDE)
|
Et là, elle rejoint par endroits le point de
vue exprimé par « Survie » notamment
au niveau des annulations de dettes qui n’apportent
pas d’argent frais mais également au
niveau des aides elles-mêmes qui sont souvent
mal ciblées et qui, au finish, défavorisent
les pays les plus pauvres. Comme « Survie »,
elle demande aussi que « l’aide soit repensée
». Et l’OCDE ex plique que trois évolutions
l’exigent.
D’abord, le fait que des fondations (telle celle
de Bill et Melinda Gates) aident de plus en plus,
aux côtés des pays riches, les pays démunis,
mais avec des risques de gaspillages et de doublons.
Ensuite, le fait que les infrastructures n’ont
pas suivi de même que la politique sanitaire.
Enfin, le fait qu’on n’a pas tenu compte
du réchauffement climatique dans la lutte contre
la pauvreté alors qu’il aurait fallu
!
Mais à côté de cet aspect «
repenser l’aide », l’organisation
relève que les Etats sont de moins en moins
généreux alors qu’il faudrait
augmenter chaque année l’aide qu’elle
apporte déjà, de 12 %, ce qui semble
difficile, conclut l’OCDE, par ces temps où
l'équilibre budgétaire est le maître
mot des gouvernants.
Espérons qu’après tous ces constats,
on en tire vraiment les leçons et que rapidement,
les mesures soient prises. Il ne faudrait pas qu’on
consacre autant de temps au sursaut qu’à
la prise d’actes concrets. Une chose est sûre
: ces deux organisations ne peuvent qu’être
en phase avec les peuples africains qui, depuis longtemps,
entendaient parler d’aide sans en voir véritablement
les retombées concrètes, notamment dans
le panier de la ménagère !