Mise à jour le 24/02/2008
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San Finna N°452 du 25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

L’AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT DOIT ETRE REPENSEE
UN CONSTAT QUI S’IMPOSE DE PLUS EN PLUS

Selon l’association «Survie», moins de 10 % de l’aide bilatérale française sont en fait consacrés aux secteurs de base comme l’éducation, la santé ou l’adduction d’eau villageoise. Une opinion qui met de l’eau au moulin de tous ceux qui depuis des décennies n’ont eu de cesse de critiquer cette aide mais qu’on pourrait mettre sur le compte des gesticulations de tous ces contestataires et autres altermondialistes. Mais voilà qu’au sein même des acteurs de l’économie mondiale, la sérieuse Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) joint sa voix aux critiques, estimant que l’aide au développement n’est pas adaptée aux besoins. Quels sont donc leurs arguments ?

« Survie » qui a rédigé en fin 2007 un petit mémoire sur le sujet : « France-Afrique : qui aide vraiment qui ? Les dessous de l’aide publique au développement », la « coopération bilatérale (est) au service des intérêts français », déplore que dans cette coopération bilatérale, sont comptabilisés les bourses accordées aux étudiants étrangers en France, les coûts

Logo de l’association SURVIE
administratifs liés à l’accueil des réfugiés (en quoi cela concerne les programmes de développement en Afrique ?), les dépenses bénéficiant aux territoires d’Outre-mer et surtout une partie des crédits destinée à des programmes de promotion de la francophonie et de rayonnement culturel de la France dans le monde ! Véritable fourre-tout qui laisse la portion congrue à l’aide proprement dite.

Elle estime d’autre part que la coopération multilatérale a des « contours flous » (1 milliard d’euros à la Banque Mondiale « sans contre-pouvoir clair et fort mené au sein de cette instance ») et que les annulations de dettes gonflent l’aide. Ainsi, il ressort que sur 8 milliards d’euros de l’Aide publique au développement, en 2006, 2,7 milliards d’euros concernaient l’annulation de dettes ; ces annulations, au demeurant, constituent bien souvent, selon l’association « un effacement comptable de créances qui n’auraient jamais été payées » !

Ceci sans compter ce que tout le monde sait, c’est que l’aide publique au développement représente environ 0,47 % de son PIB alors que, comme les autres puissances, la France s’était engagée à hauteur de 0,7%. A sa décharge cependant, elle n’est pas le plus mauvais élève !

La célèbre et pugnace association explique que «si l’on décortique les statistiques économiques, on s’aperçoit que l’argent versé par la France au titre de l’aide est peu de choses en comparaison avec les rapatriements des multinationales, l’argent des trafics menés en Afrique ou même les transferts des migrants africains résidant en France». C’est donc tout naturellement qu’elle demande de « repenser les fondements du financement du développement ».

Pour sa part, l’OCDE, qui vient de publier son Rapport 2007 sur le développement, estime que si les 104,4 milliards de dollars dépensés en 2006 par les 22 membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE ont
amélioré les conditions de vie des populations les plus pauvres (le pourcentage des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour passant de 29,6 % de la population mondiale en 1990 à 19,4 % en 2004 et le taux de scolarisation dans le primaire passant dans le même temps, de 79 % à 86 %), les subventions versées par les pays riches sous diverses formes aux pays pauvres, connaissent des hauts, des bas et de nombreuses ambiguïtés.

Logo de Organisation de coopération
et de développement économique (OCDE)

Et là, elle rejoint par endroits le point de vue exprimé par « Survie » notamment au niveau des annulations de dettes qui n’apportent pas d’argent frais mais également au niveau des aides elles-mêmes qui sont souvent mal ciblées et qui, au finish, défavorisent les pays les plus pauvres. Comme « Survie », elle demande aussi que « l’aide soit repensée ». Et l’OCDE ex plique que trois évolutions l’exigent.

D’abord, le fait que des fondations (telle celle de Bill et Melinda Gates) aident de plus en plus, aux côtés des pays riches, les pays démunis, mais avec des risques de gaspillages et de doublons.

Ensuite, le fait que les infrastructures n’ont pas suivi de même que la politique sanitaire. Enfin, le fait qu’on n’a pas tenu compte du réchauffement climatique dans la lutte contre la pauvreté alors qu’il aurait fallu !

Mais à côté de cet aspect « repenser l’aide », l’organisation relève que les Etats sont de moins en moins généreux alors qu’il faudrait augmenter chaque année l’aide qu’elle apporte déjà, de 12 %, ce qui semble difficile, conclut l’OCDE, par ces temps où l'équilibre budgétaire est le maître mot des gouvernants.

Espérons qu’après tous ces constats, on en tire vraiment les leçons et que rapidement, les mesures soient prises. Il ne faudrait pas qu’on consacre autant de temps au sursaut qu’à la prise d’actes concrets. Une chose est sûre : ces deux organisations ne peuvent qu’être en phase avec les peuples africains qui, depuis longtemps, entendaient parler d’aide sans en voir véritablement les retombées concrètes, notamment dans le panier de la ménagère !

La Rédaction






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