Mise à jour le 24/02/2008
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San Finna N°452 du 25 Février au 02 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

FERMETURE DES MAISONS CLOSES
SIMON COMPAORE GAGNERA-T-IL LA GUERRE ?

Le bourgmestre de la commune de Ouagadougou lors de la traditionnelle présentation des vœux à la presse nationale avait annoncé qu’il ouvrait un chantier de lutte contre la prostitution par racolage et pour la fermeture des maisons closes. Sitôt dit, sitôt fait.

Après avoir perdu une bataille il y a près d’une décennie dans sa guerre contre la prostitution, le maire Simon Compaoré (on ne sait trop quelles sont ses motivations) reprend l’offensive et menace les tenanciers de ces maisons, s’ils ne cessent pas toute activité, de tomber sous le coup de la loi sur la réforme agraire et foncière. Que l’on ne s’y méprenne pas : s’il s’était fait plutôt discret depuis, ce n’était pas par désertion du combat mais uniquement pour des raisons tactiques.

Lors de son dernier point de presse, il insistera en effet sur le fait que le repli calculé leur a permis de voir sous quel angle ils allaient justifier leur frappe : celui du dialogue et de la concertation pour assurer le succès des futures opérations. C’est dans ce sens qu’il a été mis sur pied un comité ad hoc qui s’est chargé d’explorer la question en concertation avec les gestionnaires des maisons closes et de dégager des pistes d’intervention.

Simon Compaoré
(photo http://www.ambf.bf )
Le maire -lors de cette sortie- a fait deux constats. Le premier, c’est que ces maisons closes favorisent la prostitution qui, elle même, est un sérieux vecteur de propagation du VIH/SIDA. Le second, c’est que la quasi totalité des maisons closes sont assises sur des parcelles destinées à l’habitation ce qui va totalement contre les articles 158, 226, 227, 228 de la réforme agraire et foncière qui disposent que tout changement de destination d’un terrain sans autorisation préalable entraîne une déchéance qui n’ouvre droit ni à indemnité ni à remboursement. Voilà la botte secrète de Simon Compaoré.


La proximité de ces maisons de passe avec des lieux d’habitation et même de certains lieux de cultes a été également évoquée par le maire comme étant aussi une sérieuse raison de poursuites.

Le comité ad hoc, selon lui, a répertorié 99 maisons closes dans la commune soit : 27 à Baskuy, 24 à Boulmiougou, 23 à Bogodogo, 10 à Sig-Noghin, 15 à Nongr-Massom. Le nombre semble, au vu du fléau que tout le monde côtoie, vraiment dérisoire ! Mais comme qui dirait, c’est déjà un premier pas.

Le plan de la bataille contre les « chambres noires » est le suivant : dans un premier temps, les maires des cinq arrondissements de la capitale vont rencontrer les gérants des maisons closes et leur faire connaître les dispositions réglementaires en matière de prostitution et de racolage ainsi que les dispositions de la réforme agraire et foncière RAF, relative à la gestion des parcelles octroyées par la ville de Ouagadougou. En second lieu, un délai de trois mois leur sera donné pour reconvertir ces lieux en maisons d’habitation.

A l’issue donc de ces trois mois, un contrôle sera effectué et toute maison close en activité sera immédiatement fermée et une procédure de retrait de la parcelle sera engagée.

Quid des hôtels qui font souvent office de « chambres de passe » ?

Selon Simon Compaoré, la loi sera appliquée aux hôtels et auberges où des pratiques de prostitutions ont cours. Là, on imagine que la corruption va atteindre des degrés très élevés car peut-on imaginer que les hôtels les plus célèbres de notre capitale (qui acceptent tous les filles de joie surtout avec les clients étrangers) ferment leurs portes temporairement ou définitivement ? Il ne faut pas rigoler !

Simon Compaoré reconnaît tout de même que cette lutte ne vise pas à mettre fin à la prostitution mais plutôt à permettre aux gens de respirer dans la ville, d’aller et venir, de laisser les enfants se balader sans risque devant leur cour sans risque de souffler dans des capotes usagées…

Bref, cette mesure pour certaines personnes semble n’être qu’un OVNI qui ne donnera tout au plus que des résultats par rapport aux maisons closes les moins présentables.

Ces dernières années, certains de nos confrères se sont intéressés aux maisons closes mais d’une autre nature. Il s’agit de ces maquis qui offrent la possibilité de rentrer avec une fille dans des chambres affectées à ce que l’on sait. « Le Citoyen » s’était intéressé au maquis le « Kaydara », anciennement situé sur l’avenue Babanguida. Celui-ci ne fonctionne plus depuis près d’un an, mais ses activités, à ce que nous avons pu constater, demeurent dans l’enceinte d’un autre maquis. Ce n’est pas, nous l’avons constaté à la suite de nos investigations, le seul lieu sur lequel pourraient tomber les autorités municipales. A la Patte d’oie, près de la Cité universitaire se trouve un endroit tout aussi spécial et dont la clientèle est en grande partie constituée d’étudiants et de jeunes du quartier. A Dapoya, dans la zone du marché Sankaryaaré, plusieurs autres endroits offrent exclusivement de l’alcool et du sexe. Ces lieux sont d’une aversion hors du commun, et le comble, c’est qu’ils sont à proximité de domiciles privés.

Les chambres de passe sont donc d’un grand luxe comparé à ces lieux où l’on pratique le sexe à haute dose, à la limite de l ‘écœurement.

La prostitution à Ouagadougou a atteint des sommets inimaginables. S’autoproclamer fer de lance de la lutte contre les chambres de passe est une chose, combattre le mal en profondeur -c’est-à-dire la misère matérielle et morale des filles et de leurs clients- en est une autre, plus pertinente et plus audacieuse.

Bala Sibiri






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