San
Finna N°453 du
03 au 09 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
SARKOZY
EN AFRIQUE
AU CAP, IL A CHANGE DE CAP
FAUT-IL LE SUIVRE ?
On
l’avait vu tout feu tout flammes à Dakar,
venir dire au peuple premier ses vérités
premières, balancer des mots jamais dits au niveau
diplomatique sur les Africains, leur propension à
avoir le regard plus tourné vers le passé
que vers l’avenir, à être absent de
l’histoire, ce au sein même de l’Université
Cheik Anta Diop, en présence des autorités
et de la crème de la société sénégalaise.
On l’avait vu quelque temps après son élection,
remiser au placard toutes ses belles paroles sur la rupture
d’avec la Françafrique, ses réseaux,
ses méthodes fondées sur les relations personnalisées
avec des chefs d’Etat ayant fait de la dictature
une seconde nature. Le choc avait été immense,
psychologique, social, on vient de le voir sauver la mise
à Idriss Déby qu’il tient pour un
président légitime et que des assaillants,
selon son ministre Kouchner voulaient assassiner.
Et puis au Cap, Nicolas Sarkozy a changé de cap.
Il
a eu des mots inattendus de la part d’un homme
si pressé, si sûr de lui, si entier,
pour souligner que s’il ne s’était
pas fait comprendre à Dakar, il ne pouvait
pas s’en prendre à ceux qui l’ont
écouté mais à lui-même.
Il endosse les critiques qui lui ont été
faites et reconnaît à l’âme
africaine d’être au cœur de la
« renaissance », des idées fécondatrices
de l’action qui change le quotidien. Il prend
l’engagement de rendre transparents ces accords
de défense si décriés notamment
par la jeunesse africaine. Il s’engage à
promouvoir les entreprises africaines. Au Cap, il
n’a pas eu de frilosité pour parler
des droits de l’homme et
Sarkozy
et Mbeki au Cap
(Photo Reuters)
de
la démocratie. Il s’est même
engagé (et qui peut être contre ?)
à permettre un droit de regard, donc de censure,
du Parlement sur ce domaine des plus réservés
de la politique africaine de la France. Ses propos
ont eu un accent d’humanité incontestables
à tel point que Achille Mbembe, le même
qui ne décolérait pas depuis la saillie
de Dakar, n’a pas manqué, en intellectuel
honnête, de recevoir favorablement cette rectification
du président français.
On a envie d’en faire de même, de souligner
que l’erreur est humaine et que seul y persister
est coupable ou de dire comme Alpha Blondy que «
Seuls les imbéciles ne changent pas ».
Mais comment dissiper cette réserve qui se nourrit
de tant d’engagement et de reniement mais surtout
de ce passage à N’Djamena qui, en dépit
des assurances données sur la commission d’enquête
internationale, sur le dialogue national inclusif, laisse
apparaître le soutien français à un
dictateur dont rien n’indique qu’il puisse
s’amender ? Le journaliste Boisbouvier de RFI, qui
a ses entrées, a expliqué sur la radio mondiale
le 27 février dernier, que pour l’Elysée
« « Ne pas aller au Tchad était isoler
un peu plus le président tchadien et l'abandonner
à toutes les dérives». Explication
peu glorieuse qui n’a pas convaincu du reste ni
les mouvements de droits de l’homme ni l’opinion
africaine et encore moins les opposants tchadiens. Même
un enfant sait que la France ne manque pas de moyens pour
faire comprendre à Déby qu’il doit
respecter les droits de l’homme et de la démocratie.
Comment donner l’absolution quand on sait que par
ailleurs aucun signal fort n’est venu rassurer les
populations et les démocrates africains par rapport
aux compromissions avec les dictateurs toujours en place
qui continuent, comme au Cameroun, à charcuter
leurs constitutions pour parachever la mise en place de
monarchies médiatiques et consultatives ?
Tout ceci sans oublier que si le président de la
République française s'est engagé
à publier "intégralement" tous
les "accords de défense" (qui concerne
seulement 7 pays africains), cela exclut de fait les autres
accords militaires ou d’assistance technique (qui
concernent tous les autres pays africains). Il eût
fallu aussi intégrer ces accords et c’est
d’ailleurs avec ceux-ci que la France est intervenue
au Rwanda et tout récemment au Tchad !
Mais
pour le moment, tout en gardant la pression puisque l’essentiel
est à venir, savourons donc l’avancée
positive puisque, même si c’est pas encore
arrivé comme on dit chez nous, c’est quand
même bon !