San
Finna N°453 du
03 au 09 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
NANA
THIBAUT A LA MACO
POUR QUI ET POURQUOI EN FAIT-IL LES FRAIS ?
Les
émeutes, opération ville morte et
autres manifestations qui ont frappé ces
derniers jours bien de localités du pays,
n’ont pas encore fini de révéler
tous leurs secrets. Des questions, beaucoup s’en
posent et sans trouver encore de réponses
officielles.
Nana
Thibaut
(photo http://www.lefaso.net/)
Il
y a toutefois une évidence qui s’impose
à tous : nul ne pouvait au Burkina Faso,
ignorer que la sédimentation progressive
des différents mécontentements politiques,
économiques, sociaux depuis des années,
finirait par déclencher une éruption
populaire. Sur la question, des leaders ont, en
termes crûs, prévenu des risques
que ce qui se passe ailleurs pourrait bien se
passer chez nous.
Ceci étant, dans de pareilles situations,
il y a toujours des signes au travers desquels
on peut déceler, malgré la spontanéité
des mouvements, quelques mains encourageantes,
stimulatrices. En procédant par
élimination,
on peut mettre hors jeu l’opposition toujours
affaiblie et divisée pour pouvoir mener de
tels combats.
Les syndicats ne sont pas davantage les auteurs de ces
démonstrations populaires pour s’être
habitués depuis quelque temps à se focaliser
plutôt sur des tête-à-tête avec
les autorités qu’à battre le macadam,
ont quelque peu déçu. A cet égard,
la sortie du syndicaliste Mamadou Nama sur RFI le 29 février
2008 (qui a fait savoir en substance que cette manifestation
de rue n’était pas la bienvenue car les syndicats
ne l’ont pas ordonnée, qu’ils n’ont
pas été associés, que ça peut
court-circuiter leurs actions et qu’il y a des risques
de récupération qu’ils ne peuvent
accepter) a pu peut-être enchanter ceux qui ne font
pas grâce aux manifestants de leur action mais a
été plutôt mal reçue par l’opinion
publique en général qui, sans être
pour la casse, souhaite que le cocotier soit secoué.
Mais encore une fois, pour toutes spontanées que
furent ces actions de rue, la question est restée
pesante et reste toujours pesante : n’y a-t-il pas
eu tout de même quelque part des petits coups de
pouce ?
Il en est un qui demande haut et fort des droits d’auteur
: c’est Nana Thibaut. Mais si en tant qu’appelant
à la marche et à la ville morte de Ouagadougou,
et s’il s’est montré très actif
dans l’agitation, peut-on croire qu’il soit
réellement l’âme, l’intelligence,
le financier de ces manifestations ? Il a certainement
des qualités, notamment celle de flairer le bon
coup. Il est certainement suffisamment proche des gens
d’en bas pour en connaître les problèmes
et savoir anticiper à leur égard mais on
ne peut pas ici ne pas prendre en considération
l’avis de ceux qui disent que dans cette affaire,
il jouerait à la limite plutôt la mouche
du coche que la locomotive. A moins, et c’est là
la question à élucider, qu’il n’ait
opéré que pour le compte d’instructeurs
bien cachés.
Cette piste, beaucoup tentent de la défricher,
arguant que par la nature de certaines de ses relations,
on aurait pu faire appel à ses services pour fouetter
un mouvement qu’on sentait venir, mais seul ici
le pouvoir devrait être en mesure de nous dire ce
qu’il en est exactement.
Or, il se mure jusqu’à ce jour dans un épais
silence dont on ne s’explique pas les raisons.
Certains, toutefois, avancent qu’il ne serait pas
lui-même étranger à ces agitations
car ayant choisi par ce moyen de trouver des boucs émissaires
dont on pourra, sans difficultés, s’en débarrasser
ou pour mettre en garde les bailleurs de fonds qui, avec
le retour à leur politique d’austérité,
risquent d’amener la chienlit dans le pays.
Il en est plus sérieusement qui soutiennent que
le pouvoir n’est pas l’instigateur de cette
révolte mais que s’il garde le silence, c’est
parce, pour connaître la main ou les mains qui ont
allumé la mèche de la bombe, il doit procéder
avec prudence. Il serait attaqué de l’intérieur
par des éléments dotés de puissances
politiques, économiques, militaires, relationnelles,
des éléments d’autant plus puissants
qu’ils détiennent des secrets qui font qu’ils
n’ont plus peur de braver jusqu’à Blaise
Compaoré qu’ils voient comme un roi nu. Ils
auraient donc décidé par ambition, pour
maintenir leurs positions, leurs privilèges menacés
par des réformes indispensables qui leur casseraient
les ailes, d’utiliser la colère populaire
comme un cheval de Troie. L’organe de presse «
L’Hebdomadaire » qu’on sait proche du
pouvoir, vient d’écrire ceci qui laisse peu
de doutes sur ces attaques de l’intérieur
: « Beaucoup de Burkinabè dont nous-mêmes
étions restés incrédules devant les
thèses d’un noyautage de l’économie
par des bonzes du pouvoir qui usent de prête-noms
pour contrôler des pans entiers de l’économie
nationale. Les secteurs de l’import-export ne sont
pas en reste de ces connexions nébuleuses. C’est
dans le Nord du pays que cette nébuleuse se dissimule
le plus difficilement. Rien de surprenant alors que les
commerçants les plus fortunés viennent de
là ni qu’un certain poids lourd du sérail
se soit construit un empire financier à faire pâlir
de jalousie Kanazoé lui-même. Au demeurant,
dans les gargotes, les langues se délient après
les casses ciblées à Bobo-Dioulasso ».
Et il est encore plus explicite au sujet des mesures à
prendre : « Blaise Compaoré et Tertius Zongo
ne devraient pas avoir peur des super ministres aux bras
super longs qui favorisent les collusions mafieuses entre
le politique et les milieux d’affaires » (L’Hebdo
du 29 février au 6 mars 2008).
Cette dernière approche des dessous de ces émeutes
semble, au fil du temps, connaître plus d’adhésion.
Elle vient corroborer des rumeurs persistances sur des
mésintelligences au sein du pouvoir et mettre au
second plan le pauvre Nana Thibaut. Elle explique la prudence
dans le traitement de la crise puisqu’il s’agit
ici de préparer une riposte face à une grave
crise interne de gouvernement sans trop ameuter l’opinion
internationale et sans acculer ceux qui ont dégainé
les premiers à jouer le tout pour le tout.
Nana Thibaut sentant une opportunité, s’est-il
invité dans une affaire dont il ignorait tout des
dessous ? L’a-t-il fait en connaissance de cause
? C’est là toute la question qui pourrait
expliquer la décision de le mettre à disposition
de la justice, de laquelle on espère qu’elle
fasse éclater toutes les vérités.
Mais d’ores et déjà, il n’en
manque pas, spécialement parce qu’ils n’ont
pas confiance en la justice, pour demander de libérer
Nana Thibaut. Pour eux, que le pouvoir, s’il sait
quelque chose de toute cette affaire, parle ou qu’il
se taise à tout jamais comme le dit la célèbre
formule !