San
Finna N°453 du
03 au 09 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
VISITE
DE DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
LE DIRECTEUR GENERAL TIENDRA-T-IL LES PROMESSES DU
CANDIDAT ?
Trois
mois après son élection à la
tête du Fonds Monétaire International
(FMI), le français Dominique Strauss-Kahn a
foulé le sol du continent africain, dans le
cadre d’une table ronde avec les huit membres
de l’espace UEMOA.
Il s’est agi pour le premier responsable de
l’institution financière, de rassurer
les partenaires ouest africains sur la volonté
du fonds à demeurer l’un des principaux
accompagnateurs de l’effort de développement
de ces pays classés de manière récurrente
au rang des plus pauvres de la planète, en
dépit d’un taux de croissance de l’ordre
de 4 à 6 %. Visite qui serait somme toute ordinaire,
n’eurent été les quelques interrogations
qu’elle ne manque de susciter. Pourquoi cette
première visite en Afrique, et de surcroît
dans le carré ouest africain francophone ?
Cette “sortie de terrain“ induit-elle
simplement un nouveau style à la Strauss-Kahn,
ou traduit-elle plus profondément la redéfinition
d’un partenariat par le passé tendu,
voire orageux ?
STRAUSS-KHAN- CHEFS D’ETATS AFRICAINS
: LE RENVOI DE L’ASCENSEUR ?
Il
n’échappe évidemment à
personne que l’origine française
de l’actuel directeur général
du F.M.I, et anciennement ministre des finances
du gouvernement Jospin, implique des liens presque
“naturels“ avec les chefs d’Etats
francophones. Mais cette franco appartenance
ne saurait à elle seule expliquer la
prééminence de cette visite accordée
à la zone UEMOA.
Dominique
Strauss Kahn et son épouse, Anne Sinclair
en Europe
(photo http://ipjblog.com/alebelle/files/2007/)
Il
faut, pour comprendre, remonter au contexte
de la candidature de Strauss- Khan. Le 9 juillet
2007, profitant d’une réunion des
ministres des finances de la zone euro, le président
français Nicolas Sarkozy plaidait avec
succès la candidature de D.S.K au prestigieux
poste laissé vacant du fait de la démission
impromptue de l’espagnol Rodrigo de Rato,
son précédent occupant . Or, ce
même jour, comme une réponse du
berger à la bergère, s’est
tenue à Washington une réunion
du conseil d’administration du Fonds.
Au
cours de ce conseil, certains membres n’auraient
pas hésité à exprimer tout haut
leur volonté de mettre fin à la règle
tacite qui attribue de facto la direction du F.M.I
à une personnalité européenne,
et celle de la Banque Mondiale à un Américain.
La Russie de Poutine, poussée par on ne sait
quelle considération géostratégique
du moment, allait par la suite entrer dans la danse
et alimenter abondamment cette fronde naissante en
tentant de briser l’unanimité de l’Union
européenne autour de la candidature de Strauss-
Khan, par la proposition d’une autre personnalité
européenne, mais issue celle-là d’un
pays de l’ancien bloc de l’Est. Véritable
coup de Jarnac qui, s’il avait réussi,
aurait eu pour effet la dispersion des soutiens à
la candidature française. Et comme pour ne
rien arranger, des avis “ désintéressés“
émanant du conseil d’administration même
de l’ institution s’ attribuèrent
la mission de convaincre quelques chefs d’Etat
influents du continent africain, qu’il était
grand temps qu’une personnalité africaine
revendique la direction de l’institution. A
l’époque, l’on sortait à
peine du scandale Paul Wolfowitz à la Banque
Mondiale. Celui –ci, on se rappelle, s’était
résolu à présenter sa démission
après la révélation de favoritisme
au profit de sa maîtresse et ex- assistante
à la Banque Mondiale. En Afrique, il n’était
pas alors rare d’entendre que si ces donneurs
de leçons des institutions de Bretton Woods
ne se révélaient guère mieux
que nos Etats africains en matière de gestion,
c’est qu’il était temps que les
nations africaines s’assument en revendiquant
au moins une meilleure représentation au sein
des conseils d’administration des institutions
financières onusiennes.
De fait, l’émergence d’une candidature
africaine à l’époque aurait ainsi
eu pour conséquence de priver Dominique Strauss-Kahn
d’une réserve de voix africaines indispensables
à sa désignation. Mais là, celui-ci
a su se souvenir qu’il n’est pas seulement
un brillant économiste, mais aussi qu’il
est doublé d’un homme politique d’assez
grande valeur. Prenant son bâton de pèlerin,
il organisa sa contre-attaque en faisant le tour de
quelques capitales influentes. En Afrique, il sut
devancer le désir des chefs d’Etat, en
promettant, une fois élu, d’engager des
réformes de fonds qui prendraient mieux en
compte les intérêts du continent .La
sphère francophone n’ayant pas été
en reste dans le soutien massif ayant permis son élection,
on peut dès lors comprendre pourquoi cette
première visite du continent en tant que directeur
général se destine à l’Afrique
de l’Ouest francophone et prenne ainsi des allures
de retrouvailles familiales à forte coloration
françafricaine.
Lorsque, à l’issue de plus de deux heures
d’entretien avec leur hôte, Blaise Compaoré
avance que : “ Nous attendons que le F.M.I puisse
améliorer sa gouvernance, notamment en rendant
ses institutions financières plus accessible
aux Africains …. Nous attendons aussi une meilleure
représentation du continent au sein des instances
d’administration du fonds“. Ce “nous
attendons“, n’est –il pas une façon
de dire :“Nous t’avons aidé, à
toi de nous renvoyer l’ascenseur“ ?
Mais le directeur général du F.M.I pourra
t-il tenir les engagements du candidat Dominique Strauss-Kahn
? Elu à la tête d’une institution
essoufflée, malade de ses choix stratégiques
antérieurs, D.S.K pourra t-il tout à
la fois sortir le Fonds du rouge et accéder
aux attentes des administrés ?
L’ETROITE MARGE DE MANŒUVRE DE
DSK
Le F.M.I se trouve aujourd’hui dans une situation
de paradoxe : avec la mondialisation galopante, l’élargissement
du fossé entre pays pauvres et pays riches,
les grands défis mondiaux comme l’environnement,
jamais le monde n’a autant eu besoin d’institutions
internationales solides comme le FMI ou la Banque
Mondiale mais en même temps, jamais depuis sa
création en 1944, les institutions de Bretton
Woods ne se sont retrouvées aussi démunies,
aussi en déphasage avec les objectifs à
atteindre.
Créé pour apporter son aide à
ses 182 pays membres à un niveau macro-économique,
le F.M.I n’accorde pas d’aide financière
directe mais aide les pays demandeurs à réunir
les conditions économiques, financières
et techniques de base permettant ainsi à d’autres
institutions de financer plus directement les projets
de développement. C’est ainsi que pendant
des décennies, le Fond a apporté son
appui aux pays de l’Amérique latine et
de l’Asie, souvent au prix de conditionnalités
fort douloureuses, au point même d’être
la cause de crises politiques majeures comme par exemple
en Argentine en 2001 où l’Etat déclara
tout simplement faillite. Ces appuis massifs, injectés
dans des économies à fort taux de croissance
annuelle, permirent au bout du compte des développements
économiques suffisants pour que ces pays puissent
se passer de l’aide du FMI. Singapour, la Russie,
le Brésil ou l’Argentine ont fini de
rembourser leurs dettes à l’institution.
Quelques nations sud-américaines ont même
jeté les bases d’une Banque du sud, qui
les libèrerait définitivement du partenariat
du FMI.
Privé du partenariat de ces pays émergents,
le FMI est entré depuis quelques années
en léthargie, car pour mieux vivre, l’institution
a besoin de prêter massivement. Les quelques
crédits distribués aux pays pauvres
pudiquement appelés en voie de développement
sont à des taux si bas qu’ils lui permettent
à peine l’équilibre de ses comptes.
Alors quelles réformes un FMI à la recherche
de connexions plus rentable peut il opérer,
pour hisser des pays comme le Burkina Faso à
un niveau de partenariat mutuellement satisfaisant
? La question reste posée, mais à l’évidence,
la nécessité d’une réadaptation
des outils de l’institution onusienne, exige
plus que quelques réformes de surface.