Mise à jour le 02/03/2008
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VISITE DE DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
LE DIRECTEUR GENERAL TIENDRA-T-IL LES PROMESSES DU CANDIDAT ?

Trois mois après son élection à la tête du Fonds Monétaire International (FMI), le français Dominique Strauss-Kahn a foulé le sol du continent africain, dans le cadre d’une table ronde avec les huit membres de l’espace UEMOA.

Il s’est agi pour le premier responsable de l’institution financière, de rassurer les partenaires ouest africains sur la volonté du fonds à demeurer l’un des principaux accompagnateurs de l’effort de développement de ces pays classés de manière récurrente au rang des plus pauvres de la planète, en dépit d’un taux de croissance de l’ordre de 4 à 6 %. Visite qui serait somme toute ordinaire, n’eurent été les quelques interrogations qu’elle ne manque de susciter. Pourquoi cette première visite en Afrique, et de surcroît dans le carré ouest africain francophone ? Cette “sortie de terrain“ induit-elle simplement un nouveau style à la Strauss-Kahn, ou traduit-elle plus profondément la redéfinition d’un partenariat par le passé tendu, voire orageux ?


STRAUSS-KHAN- CHEFS D’ETATS AFRICAINS : LE RENVOI DE L’ASCENSEUR ?

Il n’échappe évidemment à personne que l’origine française de l’actuel directeur général du F.M.I, et anciennement ministre des finances du gouvernement Jospin, implique des liens presque “naturels“ avec les chefs d’Etats francophones. Mais cette franco appartenance ne saurait à elle seule expliquer la prééminence de cette visite accordée à la zone UEMOA.

Dominique Strauss Kahn et son épouse, Anne Sinclair en Europe
(photo http://ipjblog.com/alebelle/files/2007/)
Il faut, pour comprendre, remonter au contexte de la candidature de Strauss- Khan. Le 9 juillet 2007, profitant d’une réunion des ministres des finances de la zone euro, le président français Nicolas Sarkozy plaidait avec succès la candidature de D.S.K au prestigieux poste laissé vacant du fait de la démission impromptue de l’espagnol Rodrigo de Rato, son précédent occupant . Or, ce même jour, comme une réponse du berger à la bergère, s’est tenue à Washington une réunion du conseil d’administration du Fonds.

Au cours de ce conseil, certains membres n’auraient pas hésité à exprimer tout haut leur volonté de mettre fin à la règle tacite qui attribue de facto la direction du F.M.I à une personnalité européenne, et celle de la Banque Mondiale à un Américain. La Russie de Poutine, poussée par on ne sait quelle considération géostratégique du moment, allait par la suite entrer dans la danse et alimenter abondamment cette fronde naissante en tentant de briser l’unanimité de l’Union européenne autour de la candidature de Strauss- Khan, par la proposition d’une autre personnalité européenne, mais issue celle-là d’un pays de l’ancien bloc de l’Est. Véritable coup de Jarnac qui, s’il avait réussi, aurait eu pour effet la dispersion des soutiens à la candidature française. Et comme pour ne rien arranger, des avis “ désintéressés“ émanant du conseil d’administration même de l’ institution s’ attribuèrent la mission de convaincre quelques chefs d’Etat influents du continent africain, qu’il était grand temps qu’une personnalité africaine revendique la direction de l’institution. A l’époque, l’on sortait à peine du scandale Paul Wolfowitz à la Banque Mondiale. Celui –ci, on se rappelle, s’était résolu à présenter sa démission après la révélation de favoritisme au profit de sa maîtresse et ex- assistante à la Banque Mondiale. En Afrique, il n’était pas alors rare d’entendre que si ces donneurs de leçons des institutions de Bretton Woods ne se révélaient guère mieux que nos Etats africains en matière de gestion, c’est qu’il était temps que les nations africaines s’assument en revendiquant au moins une meilleure représentation au sein des conseils d’administration des institutions financières onusiennes.

De fait, l’émergence d’une candidature africaine à l’époque aurait ainsi eu pour conséquence de priver Dominique Strauss-Kahn d’une réserve de voix africaines indispensables à sa désignation. Mais là, celui-ci a su se souvenir qu’il n’est pas seulement un brillant économiste, mais aussi qu’il est doublé d’un homme politique d’assez grande valeur. Prenant son bâton de pèlerin, il organisa sa contre-attaque en faisant le tour de quelques capitales influentes. En Afrique, il sut devancer le désir des chefs d’Etat, en promettant, une fois élu, d’engager des réformes de fonds qui prendraient mieux en compte les intérêts du continent .La sphère francophone n’ayant pas été en reste dans le soutien massif ayant permis son élection, on peut dès lors comprendre pourquoi cette première visite du continent en tant que directeur général se destine à l’Afrique de l’Ouest francophone et prenne ainsi des allures de retrouvailles familiales à forte coloration françafricaine.

Lorsque, à l’issue de plus de deux heures d’entretien avec leur hôte, Blaise Compaoré avance que : “ Nous attendons que le F.M.I puisse améliorer sa gouvernance, notamment en rendant ses institutions financières plus accessible aux Africains …. Nous attendons aussi une meilleure représentation du continent au sein des instances d’administration du fonds“. Ce “nous attendons“, n’est –il pas une façon de dire :“Nous t’avons aidé, à toi de nous renvoyer l’ascenseur“ ?
Mais le directeur général du F.M.I pourra t-il tenir les engagements du candidat Dominique Strauss-Kahn ? Elu à la tête d’une institution essoufflée, malade de ses choix stratégiques antérieurs, D.S.K pourra t-il tout à la fois sortir le Fonds du rouge et accéder aux attentes des administrés ?

L’ETROITE MARGE DE MANŒUVRE DE DSK

Le F.M.I se trouve aujourd’hui dans une situation de paradoxe : avec la mondialisation galopante, l’élargissement du fossé entre pays pauvres et pays riches, les grands défis mondiaux comme l’environnement, jamais le monde n’a autant eu besoin d’institutions internationales solides comme le FMI ou la Banque Mondiale mais en même temps, jamais depuis sa création en 1944, les institutions de Bretton Woods ne se sont retrouvées aussi démunies, aussi en déphasage avec les objectifs à atteindre.

Créé pour apporter son aide à ses 182 pays membres à un niveau macro-économique, le F.M.I n’accorde pas d’aide financière directe mais aide les pays demandeurs à réunir les conditions économiques, financières et techniques de base permettant ainsi à d’autres institutions de financer plus directement les projets de développement. C’est ainsi que pendant des décennies, le Fond a apporté son appui aux pays de l’Amérique latine et de l’Asie, souvent au prix de conditionnalités fort douloureuses, au point même d’être la cause de crises politiques majeures comme par exemple en Argentine en 2001 où l’Etat déclara tout simplement faillite. Ces appuis massifs, injectés dans des économies à fort taux de croissance annuelle, permirent au bout du compte des développements économiques suffisants pour que ces pays puissent se passer de l’aide du FMI. Singapour, la Russie, le Brésil ou l’Argentine ont fini de rembourser leurs dettes à l’institution. Quelques nations sud-américaines ont même jeté les bases d’une Banque du sud, qui les libèrerait définitivement du partenariat du FMI.

Privé du partenariat de ces pays émergents, le FMI est entré depuis quelques années en léthargie, car pour mieux vivre, l’institution a besoin de prêter massivement. Les quelques crédits distribués aux pays pauvres pudiquement appelés en voie de développement sont à des taux si bas qu’ils lui permettent à peine l’équilibre de ses comptes. Alors quelles réformes un FMI à la recherche de connexions plus rentable peut il opérer, pour hisser des pays comme le Burkina Faso à un niveau de partenariat mutuellement satisfaisant ? La question reste posée, mais à l’évidence, la nécessité d’une réadaptation des outils de l’institution onusienne, exige plus que quelques réformes de surface.

Lamine Koné





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