San
Finna N°453 du
03 au 09 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
DU
VERROUILLAGE DE LA VIE NATIONALE
AUX EMEUTES GENERALISEES
TOUT ÇA POUR ÇA !
Quand
on fera maintenant le bilan de la 4ème République,
on ne verra plus seulement le clinquant, la stabilité,
la croissance : on verra aussi tout le temps passé
à construire une démocratie de façade,
toutes les complicités obtenues au plan médiatique,
diplomatique, pour donner l’illusion qu’au
Faso, règne un ordre démocratique
et économique exemplaire.
Pourquoi donc ce changement de perspectives ?
Parce
qu’à la faveur des émeutes
que le pays est en train de vivre, on a ressenti
d’une façon éclatante
comme un mal-vivre national, un désaveu
populaire. Alors, tous ceux qui étaient
payés pour parler du Burkina Faso comme
d’une exception africaine feront attention
car l’opinion qu’ils avaient pour
mission de formater, se dira maintenant que
dans un pays où il fait bon vivre,
le peuple ne se lève pas comme ça
un beau matin pour tout casser, tout brûler,
tout piller. Il y a un désaveu, ça
c’est sûr. La question, compte
tenu des circonstances, c’est de savoir
à qui il s’adresse.
En
tant que révolte contre la vie chère,
on voit d’abord pointer du doigt les
syndicats et les mouvements de droits de l’homme.
Ce sont eux qui, normalement, sont les premiers
intéressés lorsqu’il s’agit
de défendre les intérêts
économiques et sociaux des travailleurs
et des citoyens. Là, si les Burkinabé
avaient voulu dire à ces leaders qu’ils
ont failli à leur mission, ils ne s’y
seraient pas pris autrement.
Le désaveu indexe aussi aux leaders politiques,
particulièrement ceux de l’opposition.
Les syndicats n’ont pas un monopole de défense
des intérêts économiques et
sociaux des populations. Les partis politiques ayant
des programmes globaux, intégrant les dimensions
politiques, économiques, sociales, diplomatiques,
ont également un intérêt à
défendre les Burkinabé dans la plénitude
de leurs demandes. Eux aussi ont été
désavoués en raison de leur incurie.
Mais à la décharge des politiques,
des syndicats, de tous ces contre-pouvoirs de la
société civile et politique, il y
a qu’ils ont été pour la plupart,
diminués, neutralisés par l’utilisation
contre eux de la force de l’Etat. Certes,
il en est aussi qui ont baissé les armes,
qui ont préféré suivre le mouvement
ou alors profité des prébendes mais
on ne dira jamais assez à quel point l’action
du pouvoir a été, pendant toutes ces
années, de réduire toute contestation
libre de sa politique et de n’accepter que
celle qu’il aura fabriquée, choisie,
et à laquelle il aura attribué un
rôle dans sa divine comédie démocratique.
Le désaveu par ailleurs s’adresse aux
coutumiers, aux religieux. C’est vers eux
que le pouvoir a pris l’habitude d’aller
pour leur demander d’user de leur autorité
morale afin d’amener les populations à
composer. Avec le temps, ils étaient devenus
sa couverture, sa justification.
Ces émeutes ont montré que ni le Mogho
Naba, ni les hiérarchies musulmane, catholique,
protestante n’étaient des protections
légitimatrices du régime. Si le peuple
avait voulu leur exprimer son ras le bol de les
voir jouer les griots du pouvoir à temps
et à contretemps, il n’aurait pas agi
autrement.
Le désaveu s’adresse aussi aux opérateurs
économiques, aux El Hadj Oumarou Kanazoé
et autres, vaillants soutiens et propagandistes
du régime.
Et puis, il y a les organes de l’Etat, les
institutions électorales et de veille cornaquées
vers lesquelles s’adresse le plus le désaveu.
Il y a en un mot le pouvoir parce qu’il a
préjugé de la force de l’argent
sur tous les organes de l’Etat.
Mais alors que tout laissait croire que le travail
avait été scientifiquement fait pour
paver maintenant la voie à la consécration
de la monarchie républicaine, voilà
que le peuple, sans tuteur, sans protecteur, animé
par la seule conscience qu’il est le souverain,
se lève pour apporter la démonstration
que la liberté est éternelle ; le
peuple, qui crie que l’insoumission est un
devoir pour lui lorsque son destin est en jeu.
Alors, après 20 ans d’exercice du pouvoir
et 17 ans de son « assumation » dans
le cadre constitutionnel, on peut se demander si
on n’a pas fait tout ça pour rien,
s’il n’est pas temps de reconnaître
avec humilité ses erreurs et de commencer
un travail pour re-profiler la machine, un travail
à rebours qui sera d’autant plus difficile
qu’il s’agira de déshabituer
les Burkinabé, de les désaliéner
par rapport à l’insinuation dans leur
subconscient, de certaines valeurs négatives
; un travail de dépollution contre l’action
du mépris de la Constitution, de la corruption,
des fraudes, de l’impunité d’autant
plus ardu qu’il a contaminé jusqu’aux
consciences les plus fragiles qui les ont intériorisées
comme mode de vie, et plus grave comme ambition.