Mise à jour le 02/03/2008
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San Finna N°453 du 03 au 09 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FALLAIT-IL OUI OU NON
FAIRE L’ECONOMIE DE L’ELECTION EN RUSSIE ?

Les élections se déroulent en Russie les 01 et 02 mars 2008 pour élire le président de la République. Avant même les résultats et même avant la campagne électorale, une contestation était née dans le pays et à l’extérieur par rapport au principe même de la tenue de ces consultations. Pour les uns, il eût mieux valu en faire l’économie pour ne pas tomber dans le ridicule, tellement les conditions se prêtaient peu pour une élection disputée. Pour les autres, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et c’est de la répétition électorale que naît le réflexe démocratique. Donc, il fallait tenir ces élections présidentielles. Deux sons de cloche.

LES ELECTIONS DEVAIENT COUTE QUE COUTE SE TENIR

Aux esprits chagrins qui n’arrêtent pas de moquer les élections en Russie et de soutenir qu’on aurait pu s’en passer, il faut leur dire qu’ils se trompent ! La Russie -sans Vladimir Poutine- n’aurait pas pu sortir à si bon compte de la dislocation de l’Union soviétique. Il a su garder au pays, l’essentiel de ses potentialités et il a préservé intacte, sa dignité. Sur le plan économique, on ne peut pas lui contester d’avoir réussi, en dépit de bien de circonstances contraires, à booster l’économie du pays et à le maintenir au rang de super-puissance. On a pu voir récemment un reportage dans un village du fin fond de la Russie : il ne fallait pas voir les gens parler de l’amélioration de leurs conditions de vie et prier pour que Poutine reste d’une manière ou d’une autre, à la tête du pays ! On les sentait sincères, vraiment ! Au plan de la démocratie, on ne peut pas dire que Moscou en est la Mecque, mais tout de même : pour un pays qui sort de tant d’années de communisme, c’est rien moins qu’une révolution à rebours qui s’y produit. Alors, donnons aux Russes le temps de mettre les choses en place. Les élections qui s’y sont déroulées le 01 mars dernier, au regard de la fragilité des marques démocratiques du pays, doivent être encouragées. Il existe bien de républiques bananières en Afrique où les consultations se déroulent dans les mêmes conditions, souvent même pire qu’en Russie sans pour autant provoquer de levées de boucliers. Qu’on aille un peu voir en Tunisie, au Tchad, au Gabon, en Centrafrique..., comment les choses se passent et l’on comprendra pourquoi les Russes s’offusquent du comportement des pays occidentaux prompts à les condamner pour déficit démocratique alors qu’ils ne tarissent pas d’éloges et de soutiens pour ces républiques bananières. De toutes les façons, la situation d’un Poutine est loin d’être comparable à celle d’un Biya, d’un Déby ou d’un Bozizé : personne ne conteste qu’il fait quasiment l’objet d’un culte dans son pays. Alors, on ne peut pas prétendre que c’est parce qu’il courrait le risque de perdre les élections que les standards électoraux n’auraient pas été tout à fait respectés qu’il aurait pris des libertés avec la loi. Les Russes ont voté, et si le choix sorti des urnes ne correspondait pas à leur attente, ils le manifesteraient dans les rues. Il n’appartient pas aux seuls Kenyans, Camerounais de savoir défendre au péril de leurs vies, leur liberté !


TOMI.

LES ELECTIONS NE DEVAIENT PAS AVOIR LIEU

C’est un triste spectacle que celui qu’on a vu pendant la campagne électorale en Russie : il n’y a même pas eu de compétition. Assuré d’être élu pour avoir obtenu que ses adversaires soient réduits à l’inaction (sauf 3 d’entre eux, histoire de faire bonne mesure), le candidat Dmitri Medvedev, poulain de Poutine, est sûr et certain de gagner. Il se permettra même de dire qu’il n’avait pas de temps à perdre en allant battre campagne. Le sens des élections, c’est la compétition, la contradiction. Tout cela aura manqué pour l’élection présidentielle en Russie alors que la plupart des candidats n’ont même pas eu l’opportunité de se présenter eu égard aux conditions dissuasives adoptées à cet effet. Ceux qui sont passés au travers des mailles n’ont même eu l’occasion de participer à des débats. C’est une élection pour rien. On aurait pu en faire l’économie et consacrer ces sommes dépensées en pure perte pour construire des hospices, des hôpitaux, des écoles, lutter contre la délinquance. Cette élection, tenue dans ces conditions, est une insulte pour la démocratie, et les pays qui ont foi en la démocratie devraient avoir le courage de la dénoncer sans ménagement. L'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov -qui a retiré sa candidature- et ses alliés, ont remis à la commission électorale centrale une pétition qualifiant l'élection de "farce". Pour eux, il est important qu "Il existe encore des personnes qui pensent que cette élection est une farce ». Poutine, finalement, gouverne son pays comme l’ont fait avant lui les Tsars de l’Empire comme du régime communiste et se passer d’élections ne lui auraient pas créé de problèmes, lui qui peut jouer avec les institutions, trouver les moyens de se perpétuer au pouvoir sans qu’on ne trouve rien à y redire. Alors, il eût mieux valu, par honnêteté, pour ne pas faire mélange de genre, de confusion inutile, ne pas tenir ces élections. En le faisant, un mauvais service a été rendu non seulement à la Russie mais au monde entier. Il ne faut pas s’étonner si demain, en Afrique par exemple, on invoquait la jurisprudence Poutine pour continuer à fouler au pied les principes de la démocratie.


TOZI.

Citation de la semaine

«La contestation autour de la vie chère est stérile.»

Clément P. Sawadogo, ministre de l’Administration territoriale






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