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San Finna N°453 du 03 au 09 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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F.A.A.R.F. : Y A-T-IL UN DIVORCE A LA BASE ?

Le quotidien national Sidwaya, en son édition du mercredi 6 février dernier, accordait une interview à Madame Bernadette Marie Véronique Ouattara Directrice du Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (F.A.A.R.F). Dans son introduction, l’auteur de l’interview précisait qu’elle rencontrait la Directrice dudit fonds après que Sidwaya ait publié des articles sur les difficultés d’accès des femmes aux crédits du fonds en milieu rural. Il y a là, la révélation d’un malaise rampant entre le FAARF et une partie de sa clientèle à la base.

En plus de la rubrique Kantigui qui avait fait état de groupes de femmes rurales refusant de travailler avec le FAARF, Sidwaya a en effet publié à sa Une du 9 janvier 2008, un article sur l’association féminine Teêdbeogo de Tenkodogo, qui œuvre dans la teinture, le tissage et la fabrication de savon. La présidente de l’association, Madame Honorine Yougbaré y affirmait : ‘’Nous n’avons jamais bénéficié du Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF). Nous travaillons jusque là avec la caisse populaire. Chaque membre de notre association a ouvert un compte et y dépose un dossier pour avoir un prêt.’’ Réagissant à ces assertions à la fin de don interview, la Directrice du fonds dira : ‘’… Nous avons approché l’association Téêdbeogo de Tenkodogo dans le souci de lui permettre d’accéder enfin au crédit FAARF mais nous avons été étonné, voire choqué de constater que ladite association n’a jamais introduite une demande de crédit au FAARF. Nous nous demandons donc comment peut-elle vouloir un assouplissement des conditions d’accès qu’elle ne connaît pas ?’’

Et à nous aussi de nous demander quelles raisons aurait cette association à parler de ces conditions d’accès et même de les comparer à celles des caisses populaires si elle ne les connaissait pas. Plutôt que d’être choquée, Madame la Directrice aurait dû saisir cette occasion pour briser les réticences manifestes de cette association visiblement dynamique en faisant d’elle une fois pour toute, une clientèle du FAARF.

Immeuble du FAARF
En tout cas, cette interview de la Directrice est révélatrice d’un fait : au FAARF, on est loin d’afficher la sérénité des débuts. Après avoir connu il y a de cela quelques années un phase d’ascendance très dynamique, où les responsables de la structures se vantaient d’un taux de recouvrement de plus de 90% et d’une forte adhésion des femmes à la base, le FAARF semble marquer sérieusement le pas.
Par exemple, à la question de savoir si le remboursement se fait sans problème, la réponse de Madame Ouattara est sans équivoque : ‘’Malheureusement non. Nous rencontrons d’énormes difficultés. Au-delà des difficultés de remboursement nous rencontrons aussi d’autres difficultés dont les principales sont : Les charges opérationnelles élevées, la faible organisation et l’analphabétisme des femmes, la dispersion de la population cible sur tout le territoire national, les risques très élevés du crédit de proximité, l’inaccessibilité de certains villages.’’ L’on reste sidéré par l’énumération de ce que Madame la Directrice ajoute comme étant comme étant des difficultés. L’on a du mal à comprendre qu’elle considère comme difficultés les conditions de base qui justifient la création d’une structure comme le FAARF. C’est parce que la plupart des femmes, surtout en milieu rural, sont soit analphabètes soit faiblement organisées que le FAARF est censé avoir été créé pour s’adapter à cette réalité de nos femmes et y apporter des réponses adéquates. Lorsqu’elle se plaint de la dispersion de la population cible sur tout le territoire national, Madame la Directrice ne s’attendait quand même pas à ce que l’ensemble des femmes du Burkina soient géographiquement localisées dans un seul coin du territoire ! Il est tout à fait normal que la population cible soit dispersée sur l’ensemble du pays. On ne saurait appeler cela une difficulté pour une structure nationale comme le FAARF ! Et quand elle évoque les risques élevés du crédit de proximité, on ne peut certes pas nier que cette proximité puisse générer des inconvénients, mais on ne saurait en même temps nier les énormes avantages qui peuvent en découler. Des structures comme les caisses populaires ne se sont jamais plaintes de la proximité de leur clientèle ; bien au contraire, elles en tirent toute leur force. C’est au FAARF de coller aux réalités des femmes du Burkina, toutes conditions confondues, pas aux femmes de s’adapter au FAARF.

Si une telle philosophie était mieux prise en compte, peut-être que des associations comme Téêdbeogo ne seraient pas aussi rétives à l’endroit du FAARF. Nous ne voulons pas nous joindre à ceux qui, de plus en plus nombreux, pensent que l’essentiel des crédits du FAARF vont à des femmes déjà bien aisées et ayant pignon sur rue, ou encore qu’ils servent d’appoint électoral au parti au pouvoir, mais nous pensons néanmoins qu’un nouveau souffle doit être trouvé à cette structure qui, si elle est bien gérée, peut devenir par le biais des femmes, l’un des leviers les plus sûrs du développement de ce pays.

En guise de souhait à formuler pour le 8 mars, c’est tout le mal que l’on puisse souhaiter au FAARF et aux femmes travailleuses du Burkina.

Lamine Koné





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