Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

COTECNA
RESPONSABLE OU BOUC EMISSAIRE ?

Suite aux réactions violentes consécutives à la flambée incontrôlée des prix des produits de consommation, le gouvernement burkinabé, pris de court, n’avait pu opposer en un premier temps, qu’une réaction cafouilleuse à souhait. Partagé entre le désir de se justifier et celui de maîtriser une situation qui, à l’évidence, lui échappait, il a jeté en pâture à l’opinion publique, une multitude d’angles d’explication peu convaincants dans leur ensemble. C’est ainsi qu’il est plusieurs fois ressorti, comme explication possible à cette flambée sauvage des prix, le rôle de l’opérateur technique COTECNA (Conseil technique appliqué). Les rumeurs attribuaient pour le moins à ce conseil, une très mauvaise application des mesures de contrôle édictées par les autorités douanières. Alors, COTECNA responsable ou bouc émissaire ?

On se souvient des explications qui avaient été fournies à l’époque par la Direction générale des Douanes au cours d’une rencontre avec les transitaires sur la Circulaire N°2007-124/MEF/SG/DGD et sur l’avis aux importateurs N°2008-001/MEF/SG portant inspections des marchandises à destination : « Les marchandises importées au Burkina Faso qui n’auront pas été inspectées au départ, feront l’objet d’inspection à destination par COTECNA avec une pénalité de 20 % sur la valeur FOB (NDLR : free on board ou valeur du produit à l’origine) ». Bien que le gouvernement ait affirmé qu’il n’existait aucun lien entre ces mesures et la flambée des prix qui s’en est suivie, l’on sait très bien que c’est de là qu’est provenue l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Ces mesures vigoureuses censées donner l’estocade à une fraude devenue endémique au pays des hommes intègres, ne pouvaient que déplaire à ceux qui parvenaient à exploiter à leur profit, les failles béantes des dispositions antérieures.

Certains vont même plus loin pour dire que ce qui fait le plus mal aux fraudeurs, c’est le fait que c’est leur principal complice (en l’occurrence COTECNA) qui se charge de l’application rigoureuse de la mesure, sonnant ainsi la fin des haricots. Exemple : auparavant, COTECNA n’inspectait que les marchandises d’une valeur supérieure à 3 millions de nos francs ; il suffisait pour un candidat à la fraude, d’obtenir à l’aide de certaines complicités au sein de la boîte, une valeur des marchandises inférieure à ce montant, pour échapper aux taxations correspondantes. Mais la mesure actuellement en vigueur, prenant en compte toute marchandise importée quelle que soit sa valeur, les opportunités de fraude se trouvent considérablement amoindries.

Une autre accusation émise à l’endroit du COTECNA est le fait que dès l’entrée en vigueur des mesures actuelles, il ne réussit plus une inspection diligente des marchandises, générant du coup un prolongement indéfini des délais de sortie. Pourtant, un préposé au transit de COTECNA que nous avons approché, nous assure du contraire. Il affirme que la maison a une longue pratique en matière d’inspection des marchandises et que s’il est vrai que certaines marchandises subissent des délais d’inspection assez longs, ce n’est pas dû à l’application des nouvelles mesures mais à certaines méthodes d’importation des commerçants. Il explique que nombre de commerçants au Burkina ont pour habitude de regrouper plusieurs commandes de marchandises dans les mêmes containers, rendant du même coup difficile leur répartition et attribution aux véritables propriétaires. Par exemple, ajoute-t-il, les commandes uniques appartenant au même propriétaire, n’ont jamais entraîné de difficultés de cette nature.

Quoi qu’il en soit, COTECNA responsable ou non, la situation de crise consécutive à la flambée des prix, aura permis à l’opinion d’accorder désormais une attention particulière aux pratiques (dans les Etats africains) de sociétés comme le COTECNA. Sur le continent, celles-ci semblent être précédées d’une réputation sulfureuse. Avant COTECNA, l’Etat burkinabé s’était lié par contrat avec une société similaire, la SOCIETE GENERALE DE SURVEILLANCE (SGS) ; tout comme la COTECNA, elle était chargée de la vérification et de l’application des taxes douanières. En général, des objectifs chiffrés sont négociés entre les deux parties, obligeant la société à un résultat annuel satisfaisant pour l’Etat. La SGS, après plusieurs années de collaboration, n’a pas vu son contrat renouvelé. Le lancement d’un avis de recherche d’un nouvel opérateur technique fit d’ailleurs l’objet d’une bataille épique sur fond de crocs-en-jambe, qui défraya la chronique pendant quelque temps chez nous. Le COTECNA finit par emporter la mise, certes, mais cela n’a pas effacé une impression de clair-obscur et de manque de transparence. Il se dit d’ailleurs que nombre d’Etats africains n’auraient pas hésité à interrompre brutalement leurs contrats, face aux pratiques peu transparentes de ce type de sociétés.

Quant au COTECNA/Burkina, il semble avoir tiré comme leçon de la crise, la volonté de se racheter une conduite. C’est à coup de communiqués massifs qu’il invite toute personne intéressée à prendre contact avec ses services pour une meilleure information. Mais cette tardive volonté de communication réussira-t-elle à lever tous les doutes ?

Lamine Koné


 





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