COTECNA
RESPONSABLE OU BOUC EMISSAIRE ?
Suite
aux réactions violentes consécutives
à la flambée incontrôlée
des prix des produits de consommation, le
gouvernement burkinabé, pris de court,
n’avait pu opposer en un premier temps,
qu’une réaction cafouilleuse
à souhait. Partagé entre le
désir de se justifier et celui de maîtriser
une situation qui, à l’évidence,
lui échappait, il a jeté en
pâture à l’opinion publique,
une multitude d’angles d’explication
peu convaincants dans leur ensemble. C’est
ainsi qu’il est plusieurs fois ressorti,
comme explication possible à cette
flambée sauvage des prix, le rôle
de l’opérateur technique COTECNA
(Conseil technique appliqué). Les rumeurs
attribuaient pour le moins à ce conseil,
une très mauvaise application des mesures
de contrôle édictées par
les autorités douanières. Alors,
COTECNA responsable ou bouc émissaire
?
On
se souvient des explications qui avaient été
fournies à l’époque par
la Direction générale des Douanes
au cours d’une rencontre avec les transitaires
sur la Circulaire N°2007-124/MEF/SG/DGD
et sur l’avis aux importateurs N°2008-001/MEF/SG
portant inspections des marchandises à
destination : « Les marchandises importées
au Burkina Faso qui n’auront pas été
inspectées au départ, feront
l’objet d’inspection à
destination par COTECNA avec une pénalité
de 20 % sur la valeur FOB (NDLR : free on
board ou valeur du produit à l’origine)
». Bien que le gouvernement ait affirmé
qu’il n’existait aucun lien entre
ces mesures et la flambée des prix
qui s’en est suivie, l’on sait
très bien que c’est de là
qu’est provenue l’étincelle
qui a mis le feu aux poudres.
Ces
mesures vigoureuses censées donner
l’estocade à une fraude devenue
endémique au pays des hommes intègres,
ne pouvaient que déplaire à
ceux qui parvenaient à exploiter à
leur profit, les failles béantes des
dispositions antérieures.
Certains vont même plus loin pour dire
que ce qui fait le plus mal aux fraudeurs,
c’est le fait que c’est leur principal
complice (en l’occurrence COTECNA) qui
se charge de l’application rigoureuse
de la mesure, sonnant ainsi la fin des haricots.
Exemple : auparavant, COTECNA n’inspectait
que les marchandises d’une valeur supérieure
à 3 millions de nos francs ; il suffisait
pour un candidat à la fraude, d’obtenir
à l’aide de certaines complicités
au sein de la boîte, une valeur des
marchandises inférieure à ce
montant, pour échapper aux taxations
correspondantes. Mais la mesure actuellement
en vigueur, prenant en compte toute marchandise
importée quelle que soit sa valeur,
les opportunités de fraude se trouvent
considérablement amoindries.
Une autre accusation émise à
l’endroit du COTECNA est le fait que
dès l’entrée en vigueur
des mesures actuelles, il ne réussit
plus une inspection diligente des marchandises,
générant du coup un prolongement
indéfini des délais de sortie.
Pourtant, un préposé au transit
de COTECNA que nous avons approché,
nous assure du contraire. Il affirme que la
maison a une longue pratique en matière
d’inspection des marchandises et que
s’il est vrai que certaines marchandises
subissent des délais d’inspection
assez longs, ce n’est pas dû à
l’application des nouvelles mesures
mais à certaines méthodes d’importation
des commerçants. Il explique que nombre
de commerçants au Burkina ont pour
habitude de regrouper plusieurs commandes
de marchandises dans les mêmes containers,
rendant du même coup difficile leur
répartition et attribution aux véritables
propriétaires. Par exemple, ajoute-t-il,
les commandes uniques appartenant au même
propriétaire, n’ont jamais entraîné
de difficultés de cette nature.
Quoi qu’il en soit, COTECNA responsable
ou non, la situation de crise consécutive
à la flambée des prix, aura
permis à l’opinion d’accorder
désormais une attention particulière
aux pratiques (dans les Etats africains) de
sociétés comme le COTECNA. Sur
le continent, celles-ci semblent être
précédées d’une
réputation sulfureuse. Avant COTECNA,
l’Etat burkinabé s’était
lié par contrat avec une société
similaire, la SOCIETE GENERALE DE SURVEILLANCE
(SGS) ; tout comme la COTECNA, elle était
chargée de la vérification et
de l’application des taxes douanières.
En général, des objectifs chiffrés
sont négociés entre les deux
parties, obligeant la société
à un résultat annuel satisfaisant
pour l’Etat. La SGS, après plusieurs
années de collaboration, n’a
pas vu son contrat renouvelé. Le lancement
d’un avis de recherche d’un nouvel
opérateur technique fit d’ailleurs
l’objet d’une bataille épique
sur fond de crocs-en-jambe, qui défraya
la chronique pendant quelque temps chez nous.
Le COTECNA finit par emporter la mise, certes,
mais cela n’a pas effacé une
impression de clair-obscur et de manque de
transparence. Il se dit d’ailleurs que
nombre d’Etats africains n’auraient
pas hésité à interrompre
brutalement leurs contrats, face aux pratiques
peu transparentes de ce type de sociétés.
Quant au COTECNA/Burkina, il semble avoir
tiré comme leçon de la crise,
la volonté de se racheter une conduite.
C’est à coup de communiqués
massifs qu’il invite toute personne
intéressée à prendre
contact avec ses services pour une meilleure
information. Mais cette tardive volonté
de communication réussira-t-elle à
lever tous les doutes ?