Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

ENTRETIEN AUTOUR DE LA RADIODIFFUSION NUMERIQUE
« UN IMPERATIF POUR LE BURKINA ET L’AFRIQUE »
SELON NESTOR GAËL R. KABORE

Monsieur Nestor Gaël R. Kaboré (NK) est un jeune étudiant en fin de cycle d’Ingénieur de système d’informations informatisées. Son mémoire dont le thème est « Radiodiffusion numérique : impact sur les médias burkinabé » est un appel lancé à l’endroit de tous les opérateurs de radios privées pour qu’ils aillent à la diffusion numérique qui est un mode de diffusion sur le point de damer le pion à la diffusion analogique, pour ne pas rester à la traîne de la technologie. Ce monsieur maîtrise le sujet et nous en avons fait le constat en nous entretenant avec lui. C’est sans

Nestor Gaël R. Kaboré
détours qu’il nous répond et c’est vraiment avec un pincement au cœur que l’on apprendra que pour diverses raisons techniques, il ne peut pas avoir son diplôme certifiant avant l’année 2009. Voilà un des pêchés mignons de nos écoles supérieures au Burkina Faso. Mais reconnaissons tout de même les efforts de ces dernières dans la formation de nos cadres. La preuve...

San Finna : Bonjour monsieur Kaboré. Est ce que vous pouvez vous présenter à nos lecteurs ?

NK : Je suis Nestor Kaboré, Etudiant en fin de cycle d’ingénieur de système d’informations informatisées. Je viens tout juste de soutenir mon mémoire sur le thème de la radiodiffusion numérique.

San Finna : Qu’est-ce donc que la radiodiffusion numérique ?

NK : C’est une forme de radiodiffusion dont le signal ou l’information vient sous forme binaire et non sous forme de signal continu comme ce qui a pignon sur rue actuellement au Burkina. On entend par technologie analogique, tout mode de production, distribution, postproduction, diffusion, transmission ou de réception où le format utilisé est le même d’un bout à l’autre c’est-à-dire que le signal en sortie de micro ou de la caméra est similaire à celui en entrée du récepteur final.
Nous avons choisi ce thème parce qu’il s’agit d’une nécessité pour un pays comme le Burkina Faso ainsi que pour tous les pays africains au vu de ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis où la majorité des pays sont en train de migrer vers le numérique. Aussi, nous avons voulu interpeller par ce biais les médias nationaux pour qu’on puisse transformer le secteur audiovisuel de notre pays et le mettre au devant des technologies de l’information et de la communication.

San Finna : Qu’est- ce qu’une information venant sous forme binaire ?

NK : En fait c’est une technologie qui par son mode de fonctionnement résiste aux obstacles naturels et artificiels et offre d’immenses possibilités de services. Le numérique est un flux constant de données informatiques contrairement à l’analogique qui est un mode de transmission où les signaux électriques qui sont utilisés réagissent par analogie avec l’information d’origine. Après échantillonnage du signal analogique, on supprime ou on compacte les données utiles ou les moins significatives du signal ou des signaux d’origine, redondantes ou non perceptibles à l’œil nu ou à l’ouïe. Grâce à de savantes procédures de calculs (algorithme), on peut parvenir à comprimer un signal jusqu’au centième de sa valeur d’origine, ce qui permet d’en diffuser un grand nombre là où un seul pouvait être transmis.

San Finna : Y a-t-il des radios qui actuellement au Burkina adoptent cette méthode de diffusion ?

NK : Non ! Au Burkina actuellement, aucune radio ni même la télévision n’utilise la diffusion numérique. Il y a par contre les centres de production qui sont sous forme numérique mais pas la diffusion. Si l’on prend l’exemple d’une radio comme Ouaga FM qui décide de réaliser ses émissions et de les mettre sous un support numérique par exemple un DVD, pour avoir une meilleure qualité de son, lorsqu’il s’agit de le transmettre, les moyens d’émission utilisés sont analogiques.

San Finna : Quels sont les avantages concrètement parlant de cette forme de diffusion ?

NK : Les avantages sont multiples. Sur le plan technique, nous avons un gain de fréquences puisque sur la seule fréquence ou bande passante, dix radios peuvent émettre. Ce qui entraîne une réduction très sensible du coût puisque actuellement chaque fréquence impose le règlement d’une redevance annuelle. Donc, dix radios auront facilement dix redevances annuelles à payer, pendant qu’en utilisant une seule bande de fréquence ils auront à payer une seule redevance. Donc au lieu d’avoir plusieurs centres d’émission, on aura un seul centre d’émission, et des centres de production pour chacune des radios. Cela réduit vraiment les coûts d’installation.

San Finna : Comment fonctionnera la réception dès lors que la diffusion numérique se substituera à la diffusion analogique ? Est ce que nos appareils récepteurs actuels pourraient nous être encore utiles ?

NK :
Non. Les appareils actuels ne peuvent pas être utilisés pour la réception de la radiodiffusion numérique parce que ce sont des récepteurs analogiques. Depuis 2003, il y a sur le marché des radios récepteurs qui ont été conçus pour permettre de recevoir de l’analogique et du numérique en attendant un changement total vers le numérique .L’avantage d’un récepteur numérique est que nous avons une plage de radios que nous pouvons écouter juste en choisissant sur un menu visible comme sur un téléphone portable.

San Finna : Avez vous des exemples de pays en Afrique qui sont en train de se tourner ver ce système de diffusion ?

NK : Il y a pour l’instant 2 exemples de pays qui ont très vite compris la nécessité de la radiodiffusion numérique. Il y a le cas de l’Algérie qui est en train de s’y mettre sur toute l’étendue de son territoire, puisqu’en 2005 ils ont adopté un plan national de la transition de l’analogique vers le numérique. Le Nigeria également est sur la même lancée.

San Finna : Vous parlez de nécessité comme si cela était pratiquement une obligation ?

NK : Ce n’est même pas pratiquement comme vous dites, c’est une obligation pour tous les pays africains. Nous pensons effectivement que plus vite les gens prendront conscience, mieux ce sera pour nous parce qu’en 2012, en Europe, sur toute l’Union européenne, on mettra fin à la diffusion analogique. Depuis 2007, aux Etats Unis il n’y a plus de diffusion analogique. Je dis ça aussi parce que cela va poser un problème dans les pays africains à moyen terme tant qu’on va continuer à allouer de nouvelles bandes passantes pour permettre aux gens de se lancer dans l’analogique. Dans 20 ans, toutes ces radios risquent de devenir des musées parce qu’il y aura un problème d’entretien qui va se poser. Lorsque les centres d’émission auront des pannes techniques, qui exigeront qu’on paie des pièces de rechange, il sera difficile d’en trouver.

Ce qui est encore plus dangereux pour nos populations, c’est que les pays d’Amérique et d’Europe qui vont abandonner l’analogique vont déverser chez nous tout ce qui restera comme appareils analogique, les coûts seront encore plus bas, et nous nous lancerons dedans pour accuser un retard de 50 ans sur les technologies.

San Finna : S’il y a lieu par exemple aujourd’hui que les radios se mettent dans cette forme de diffusion, comment est-ce qu’il faudrait se procurer un tel outil de réception ?

NK : N’importe qui ne peut pas se permettre -il faut le reconnaître- de s’approprier un tel appareil tout comme c’est le cas avec les appareils analogiques que nous voyons partout au Burkina Faso de nos jours, étant donné le niveau de vie de nos populations. L’appareil numérique coûte autour de 40.000 fcfa pour les utilisateurs pour le moment. Ce prix va naturellement baisser si l’offre devient importante. Mais un avantage de la diffusion numérique est qu’elle permet à la fois de transmettre des sons, des textes, des images et des séquences vidéo, ce qui en fait un système de radiodiffusion de données.

San Finna : Si la volonté politique et les moyens sont disponibles, combien de temps faudrait-il pour qu’un pays comme le Burkina s’approprie efficacement cette méthode de communication ?

NK : Je pense que l’engouement est là. Si nous prenons l’exemple du téléphone portable, nous nous rendons compte que les gens ont sans cesse besoin d’efficacité et de modernité. Avec la radiodiffusion numérique, ça va être encore plus grand parce que ça va permettre à la population d’éprouver la nécessité et la joie d’écouter de la radio avec toutes les possibilités que celle–ci offre. Ce n’est vraiment pas pour être optimiste mais je pense qu’au bout de 5 ans les gens s’y habitueront.

San Finna : Avez vous fait un plaidoyer quelconque dans le sens de l’appropriation de cette nouvelle méthode de diffusion auprès de radios ou d’instances de régulation?

NK : Au niveau du Burkina je suis allé à deux reprises au niveau du CSC. La première fois, c’était lors de mes investigations pour l’élaboration du mémoire. Malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer les dirigeants de cette institution. Pour l’instant donc, ma voix ne compte pas trop. La société dans laquelle j’ai fait mon stage est en train de faire de la promotion autour de la diffusion numérique.

Bala Sibiri





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