ENTRETIEN AUTOUR DE LA RADIODIFFUSION NUMERIQUE
« UN IMPERATIF POUR LE BURKINA ET L’AFRIQUE
»
SELON NESTOR GAËL R. KABORE
Monsieur
Nestor Gaël R. Kaboré (NK) est un
jeune étudiant en fin de cycle d’Ingénieur
de système d’informations informatisées.
Son mémoire dont le thème est «
Radiodiffusion numérique : impact sur les
médias burkinabé » est un
appel lancé à l’endroit de
tous les opérateurs de radios privées
pour qu’ils aillent à la diffusion
numérique qui est un mode de diffusion
sur le point de damer le pion à la diffusion
analogique, pour ne pas rester à la traîne
de la technologie. Ce monsieur maîtrise
le sujet et nous en avons fait le constat en nous
entretenant avec lui. C’est sans |
Nestor
Gaël R. Kaboré |
détours
qu’il nous répond et c’est
vraiment avec un pincement au cœur que l’on
apprendra que pour diverses raisons techniques,
il ne peut pas avoir son diplôme certifiant
avant l’année 2009. Voilà
un des pêchés mignons de nos écoles
supérieures au Burkina Faso. Mais reconnaissons
tout de même les efforts de ces dernières
dans la formation de nos cadres. La preuve...
|
San
Finna : Bonjour monsieur Kaboré. Est ce que vous
pouvez vous présenter à nos lecteurs ?
NK
:
Je suis Nestor Kaboré, Etudiant en fin de cycle
d’ingénieur de système d’informations
informatisées. Je viens tout juste de soutenir
mon mémoire sur le thème de la radiodiffusion
numérique.
San
Finna : Qu’est-ce donc que la radiodiffusion numérique
?
NK
: C’est
une forme de radiodiffusion dont le signal ou l’information
vient sous forme binaire et non sous forme de signal
continu comme ce qui a pignon sur rue actuellement au
Burkina. On entend par technologie analogique, tout
mode de production, distribution, postproduction, diffusion,
transmission ou de réception où le format
utilisé est le même d’un bout à
l’autre c’est-à-dire que le signal
en sortie de micro ou de la caméra est similaire
à celui en entrée du récepteur
final.
Nous avons choisi ce thème parce qu’il
s’agit d’une nécessité pour
un pays comme le Burkina Faso ainsi que pour tous les
pays africains au vu de ce qui se passe en Europe et
aux Etats-Unis où la majorité des pays
sont en train de migrer vers le numérique. Aussi,
nous avons voulu interpeller par ce biais les médias
nationaux pour qu’on puisse transformer le secteur
audiovisuel de notre pays et le mettre au devant des
technologies de l’information et de la communication.
San
Finna : Qu’est- ce qu’une information venant
sous forme binaire ?
NK
: En
fait c’est une technologie qui par son mode de
fonctionnement résiste aux obstacles naturels
et artificiels et offre d’immenses possibilités
de services. Le numérique est un flux constant
de données informatiques contrairement à
l’analogique qui est un mode de transmission où
les signaux électriques qui sont utilisés
réagissent par analogie avec l’information
d’origine. Après échantillonnage
du signal analogique, on supprime ou on compacte les
données utiles ou les moins significatives du
signal ou des signaux d’origine, redondantes ou
non perceptibles à l’œil nu ou à
l’ouïe. Grâce à de savantes
procédures de calculs (algorithme), on peut parvenir
à comprimer un signal jusqu’au centième
de sa valeur d’origine, ce qui permet d’en
diffuser un grand nombre là où un seul
pouvait être transmis.
San
Finna : Y a-t-il des radios qui actuellement au Burkina
adoptent cette méthode de diffusion ?
NK
:
Non ! Au Burkina actuellement, aucune radio ni même
la télévision n’utilise la diffusion
numérique. Il y a par contre les centres de production
qui sont sous forme numérique mais pas la diffusion.
Si l’on prend l’exemple d’une radio
comme Ouaga FM qui décide de réaliser
ses émissions et de les mettre sous un support
numérique par exemple un DVD, pour avoir une
meilleure qualité de son, lorsqu’il s’agit
de le transmettre, les moyens d’émission
utilisés sont analogiques.
San
Finna : Quels sont les avantages concrètement
parlant de cette forme de diffusion ?
NK
: Les
avantages sont multiples. Sur le plan technique, nous
avons un gain de fréquences puisque sur la seule
fréquence ou bande passante, dix radios peuvent
émettre. Ce qui entraîne une réduction
très sensible du coût puisque actuellement
chaque fréquence impose le règlement d’une
redevance annuelle. Donc, dix radios auront facilement
dix redevances annuelles à payer, pendant qu’en
utilisant une seule bande de fréquence ils auront
à payer une seule redevance. Donc au lieu d’avoir
plusieurs centres d’émission, on aura un
seul centre d’émission, et des centres
de production pour chacune des radios. Cela réduit
vraiment les coûts d’installation.
San
Finna : Comment fonctionnera la réception dès
lors que la diffusion numérique se substituera
à la diffusion analogique ? Est ce que nos appareils
récepteurs actuels pourraient nous être
encore utiles ?
NK : Non. Les appareils actuels ne peuvent
pas être utilisés pour la réception
de la radiodiffusion numérique parce que ce sont
des récepteurs analogiques. Depuis 2003, il y
a sur le marché des radios récepteurs
qui ont été conçus pour permettre
de recevoir de l’analogique et du numérique
en attendant un changement total vers le numérique
.L’avantage d’un récepteur numérique
est que nous avons une plage de radios que nous pouvons
écouter juste en choisissant sur un menu visible
comme sur un téléphone portable.
San
Finna : Avez vous des exemples de pays en Afrique qui
sont en train de se tourner ver ce système de
diffusion ?
NK
:
Il y a pour l’instant 2 exemples de pays qui ont
très vite compris la nécessité
de la radiodiffusion numérique. Il y a le cas
de l’Algérie qui est en train de s’y
mettre sur toute l’étendue de son territoire,
puisqu’en 2005 ils ont adopté un plan national
de la transition de l’analogique vers le numérique.
Le Nigeria également est sur la même lancée.
San
Finna : Vous parlez de nécessité comme
si cela était pratiquement une obligation ?
NK
:
Ce n’est même pas pratiquement comme vous
dites, c’est une obligation pour tous les pays
africains. Nous pensons effectivement que plus vite
les gens prendront conscience, mieux ce sera pour nous
parce qu’en 2012, en Europe, sur toute l’Union
européenne, on mettra fin à la diffusion
analogique. Depuis 2007, aux Etats Unis il n’y
a plus de diffusion analogique. Je dis ça aussi
parce que cela va poser un problème dans les
pays africains à moyen terme tant qu’on
va continuer à allouer de nouvelles bandes passantes
pour permettre aux gens de se lancer dans l’analogique.
Dans 20 ans, toutes ces radios risquent de devenir des
musées parce qu’il y aura un problème
d’entretien qui va se poser. Lorsque les centres
d’émission auront des pannes techniques,
qui exigeront qu’on paie des pièces de
rechange, il sera difficile d’en trouver.
Ce qui est encore plus dangereux pour nos populations,
c’est que les pays d’Amérique et
d’Europe qui vont abandonner l’analogique
vont déverser chez nous tout ce qui restera comme
appareils analogique, les coûts seront encore
plus bas, et nous nous lancerons dedans pour accuser
un retard de 50 ans sur les technologies.
San
Finna : S’il y a lieu par exemple aujourd’hui
que les radios se mettent dans cette forme de diffusion,
comment est-ce qu’il faudrait se procurer un tel
outil de réception ?
NK
:
N’importe qui ne peut pas se permettre -il faut
le reconnaître- de s’approprier un tel appareil
tout comme c’est le cas avec les appareils analogiques
que nous voyons partout au Burkina Faso de nos jours,
étant donné le niveau de vie de nos populations.
L’appareil numérique coûte autour
de 40.000 fcfa pour les utilisateurs pour le moment.
Ce prix va naturellement baisser si l’offre devient
importante. Mais un avantage de la diffusion numérique
est qu’elle permet à la fois de transmettre
des sons, des textes, des images et des séquences
vidéo, ce qui en fait un système de radiodiffusion
de données.
San Finna : Si la volonté politique et
les moyens sont disponibles, combien de temps faudrait-il
pour qu’un pays comme le Burkina s’approprie
efficacement cette méthode de communication ?
NK
: Je
pense que l’engouement est là. Si nous
prenons l’exemple du téléphone portable,
nous nous rendons compte que les gens ont sans cesse
besoin d’efficacité et de modernité.
Avec la radiodiffusion numérique, ça va
être encore plus grand parce que ça va
permettre à la population d’éprouver
la nécessité et la joie d’écouter
de la radio avec toutes les possibilités que
celle–ci offre. Ce n’est vraiment pas pour
être optimiste mais je pense qu’au bout
de 5 ans les gens s’y habitueront.
San
Finna : Avez vous fait un plaidoyer quelconque dans
le sens de l’appropriation de cette nouvelle méthode
de diffusion auprès de radios ou d’instances
de régulation?
NK
: Au
niveau du Burkina je suis allé à deux
reprises au niveau du CSC. La première fois,
c’était lors de mes investigations pour
l’élaboration du mémoire. Malheureusement
je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer
les dirigeants de cette institution. Pour l’instant
donc, ma voix ne compte pas trop. La société
dans laquelle j’ai fait mon stage est en train
de faire de la promotion autour de la diffusion numérique.
Bala
Sibiri