San
Finna N°454 du
10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
COUP
DE GUEULE
CD PIRATES, CD DEFECTUEUX, COMMENT LUTTER ?
Films
et musiques se baladent joyeusement dans les mains de
garçons qui vendent, par la même occasion,
des Lotus ou des chewing-gums. Inutile de préciser
qu’ils sont piratés et vendus à des
sommes dérisoires, défiant ainsi DVD et
CD « officiels », mais surtout nuisant à
la création artistique africaine. Alors, égoïsme
des populations ou manque de volonté de la part
des politiques ?
On
peut expliquer le piratage des disques en Afrique par
le manque de moyens des populations. Celui qui gagne péniblement
son pain quotidien ne va pas se soucier de verser des
droits d’auteur corrects à un réalisateur
de film ou à son chanteur favori. Qu’importe
les moyens, pourvu qu’il ait le divertissement !
Quant à ceux qui condamnent lourdement ces agissements,
qu’ils se lèvent s’ils n’ont
jamais été les consommateurs honteux de
ce juteux trafic ! La lutte contre le piratage est donc
un chemin de croix ardu. Les trafiquants, qu’ils
soient des étudiants planqués dans leur
piaule de la cité universitaire ou des amasseurs
de millions au Nigeria ou au Bénin ne cesseront
donc pas ce business tant que le consommateur ne se retrouvera
pas dans les prix pratiqués pour la vente des CD
légaux.
Un petit exemple de politique réussie en matière
de lutte contre le piratage, se trouve de l’autre
côté de nos frontières, en Côte
d’Ivoire. Le pays était la proie de vastes
réseaux de piratage de CD surtout de la part d’étudiants
qui profitaient d’un graveur pour boucler des fins
de mois difficiles, voire pour vivre dans des conditions
plus que correctes. Le malaise venait d’une raison
très simple : les petits malins, premiers consommateurs
de musique et de stars à la mode, le portefeuille
souvent percé, se sont rendus compte que l’achat
de CD légaux au prix de 10 000 ou 11 000 Francs
CFA était généralement impossible
pour la majorité de leurs camarades. En 2 temps,
3 mouvements, les plus fournis en matériel informatique
se sont donc retrouvés à la tête d’un
petit business qui a rapidement pris auprès de
la population étudiante puis dans le reste de la
population. Ils vendaient ainsi à 1500 ou 2000
Francs CFA le disque.
Observation faite, on peut se dire qu’il ne reste
plus qu’à baisser le prix du CD légal
et d’entrer en concurrence avec les trafiquants
d’autant plus que le consommateur qui achète
un CD officiel a toutes les chances de le trouver de bonne
qualité, non rayé et entier. Qui n’a
pas eu envie de briser son lecteur de DVD ou sa chaîne
Hifi en se rendant subitement compte que le matériel
était défectueux, que les films ou chansons
annoncées ne sont pas ceux qu’il attendait
? Une raison pour se tourner vers la qualité à
la condition que celle-ci soit abordable. Après
s’être fait la réflexion, le BURIDA
(Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs), composé
essentiellement d’artistes, a décidé
de prendre une mesure forte et d’abaisser le prix
de vente d’un CD à 3000 Francs CFA. Une décision
qui a permis aux consommateurs et fans de musique de se
tourner vers la musique légale, d’acheter
ainsi des CD de qualité et de faire vivre leurs
artistes favoris. On souhaite donc que ce type de mesures
soit reconnu sous nos cieux et que le BBDA (Bureau Burkinabé
des Droits d’Auteurs) en prenne bonne note. On souhaite
aussi que les structures mondiales et régionales
de défense de la propriété intellectuelle
soient plus pugnaces au niveau du continent car on ne
les entend guère !