Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

LE MECANISME AFRICAIN D’EVALUATION PAR LES PAIRS
UN MACHIN COUTEUX POUR RIEN ?


Le Mécanisme africain d’évaluation par les Pairs (MAEP) est une bizarrerie, il faut le dire. Des chefs d’Etat qui s’évaluent eux-mêmes sur la base de rapports faits par des experts, ce n’est rien moins qu’un système dans lequel on est juge et partie. Ces derniers sont justement chez nous pour évaluer notre système de gouvernance. L’auto évaluation par le Faso, dans son principe comme dans sa mise en oeuvre est-elle crédible ? Les experts extérieurs ne seront-ils pas pris en main par les autorités au niveau central comme au niveau des régions ? Le constat définitif au niveau des Pairs est-il une chose utile ? Combien d’argent a-t-on dépensé pour tous les billets d’avion, frais d’hébergement sans compter les coûteux frais de déplacement des experts ? Des partis politiques, la société civile, les syndicats et mouvements de droits de l’homme ne pouvaient-ils pas faire les constats mieux que personne ? Autant de questions qu’on se pose.

Les experts devraient se baser, pour leurs conclusions finales, sur les données fournies par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), le Centre d'analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) et l'Institut supérieur des Sciences

Mohamed Séghir Babès et Youssouf Ouédraogo
(photo: http://www.mae.gov.bf/)

de la population (ISSP) mais également sur leur propre travail de terrain. Ce qu’on peut en dire, c’est d’abord que ces données n’ont pas été répercutées dans le public, sauf erreur ou omission, à due hauteur. Ensuite, des 4 institutions retenues pour faire le travail, on se demande si les 3 dernières auront eu suffisamment de marge pour apprécier en toute indépendance les réalités politiques, économiques, sociales…


Si le Sidwaya du 29 février, qui félicite l’initiative, rapporte que «Ce qu’il faut surtout retenir dans ce processus, c’est sa démarche participative impliquant gouvernement, société civile et secteur privé », pour notre part, nous regrettons que les partis politiques, acteurs clef de la vie nationale et reconnus en tant que tels par la constitution, aient été tenus à l’écart de cette démarche, sauf à les réunir en catastrophe pour quelques minutes d’échanges avant les tournées en provinces, comme si on s’était rendu compte qu’on avait fait une grosse bourde, ou tout simplement par acquis de conscience sinon pour valider un travail !

Il pèse également une prévention sur le MAEP par rapport aux propos entendus depuis l’arrivée des experts. En prononçant ces paroles répercutées par notre confrère du Sidwaya le 18 février passé "Nous avons eu un échange extrêmement riche et dense avec le président du Faso, Blaise Compaoré sur les conditions générales qui doivent être réunies pour que l'exercice d'évaluation réussisse pour le plus grand bonheur du Burkina Faso" (comme si cela allait changer la vie du citoyen lambda !), le chef de mission du MAEP, le professeur Mohamed Séghir Babès, a pour ainsi dire donné des conseils au chef de l’Etat pour que ça se passe bien. Est-ce bien normal ? Sans compter qu’il n’était pas très indiqué de rajouter que le rapport d'autoévaluation produit par le Burkina ne pouvait en aucun cas être "fantaisiste", car basé sur "des critères logiques". Ce n’est ni plus ni moins qu’une façon de se dédouaner par avance de l’accueil mitigé que pourraient réserver les Burkinabé au rapport ! Quant à JJ, il a expliqué pour sa part dans son avant-dernière édition (N° 858 du 28 février 2008) que le MAEP « a lui aussi salué les mérites du pouvoir burkinabé dans de nombreux domaines ». Le constat n’est-il donc pas déjà fait ?

Et cerise sur le gâteau, quand le professeur Babès rajoute que c'est «l'engagement fort et personnel’ du Président du Faso qui a permis cet exercice qu'ils vont ‘approfondir’ avec les principaux concernés pour avoir une vision plus affinée de la gouvernance burkinabè », on se dit que ces propos tout à l’honneur du chef de l’Etat (qui se comporte, c’est sous entendu, en bon démocrate) étaient peut-être de trop.

Il y a sur un autre plan, que les experts chargés d’aller sur le terrain risquent bien d’être pris en main par les gouverneurs et autres autorités locales. A Ouahigouya comme ailleurs où les consultations ont commencé, c’est ce qu’il a semblé. On a entendu un participant dire dans cette ville concernant l’évaluation : «Les débats ont été pris en otage par les autorités… Je qualifie cela de simple foire, de simulacre de participation », rajoutant que « dans la commission politique, il n’y avait même pas de partis politiques » (L’Observateur Paalga du 06/03/2008) !

Au vu de tous ces paramètres, le travail de ce Mécanisme risque de ne pas satisfaire les attentes du peuple, d’apparaître comme un « machin » coûteux qui ne servira pas à grand-chose surtout que ce sont les Pairs au niveau de l’Union africaine qui en discuteront autour d’un bon gueuleton en riant puisqu’il n’y aura pas de suite, que tout aura été balisé. On les imagine, se congratulant avec des phrases du genre : «Bien joué ! » Pourtant, on ne pouvait pas, en considération des exemples du passé et notamment des habitudes prises au sein de la défunte OUA et répercutée dans la présente Union africaine, se bercer de l’illusion de s’en remettre aux chefs d’Etat africains pour apprécier leur gouvernance avec l’objectivité qui s’impose en la matière.

Espérons que les experts tiendront compte des observations de tout un chacun et surtout qu’ils feront leur rapport en prenant en compte les graves troubles que vient de connaître le pays !

NDLR : Lire aussi en page 12 dans la rubrique Cocktail Flash, deux nouvelles sur le MAEP suite à l’entretien qu’ a accordé la TNB au professeur Babès le 02 mars 2008.

La Rédaction






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