LE
MECANISME AFRICAIN D’EVALUATION PAR LES PAIRS
UN MACHIN COUTEUX POUR RIEN ?
Le Mécanisme
africain d’évaluation par les Pairs
(MAEP) est une bizarrerie, il faut le dire. Des
chefs d’Etat qui s’évaluent eux-mêmes
sur la base de rapports faits par des experts, ce
n’est rien moins qu’un système
dans lequel on est juge et partie. Ces derniers
sont justement chez nous pour évaluer notre
système de gouvernance. L’auto évaluation
par le Faso, dans son principe comme dans sa mise
en oeuvre est-elle crédible ? Les experts
extérieurs ne seront-ils pas pris en main
par les autorités au niveau central comme
au niveau des régions ? Le constat définitif
au niveau des Pairs est-il une chose utile ? Combien
d’argent a-t-on dépensé pour
tous les billets d’avion, frais d’hébergement
sans compter les coûteux frais de déplacement
des experts ? Des partis politiques, la société
civile, les syndicats et mouvements de droits de
l’homme ne pouvaient-ils pas faire les constats
mieux que personne ? Autant de questions qu’on
se pose.
Les
experts devraient se baser, pour leurs conclusions
finales, sur les données fournies par
le Centre pour la gouvernance démocratique
(CGD), le Centre d'analyse des politiques
économiques et sociales (CAPES), l'Institut
national de la statistique et de la démographie
(INSD) et l'Institut supérieur des
Sciences |
Mohamed
Séghir Babès et Youssouf Ouédraogo
(photo: http://www.mae.gov.bf/)
|
de
la population (ISSP) mais également
sur leur propre travail de terrain. Ce qu’on
peut en dire, c’est d’abord que
ces données n’ont pas été
répercutées dans le public,
sauf erreur ou omission, à due hauteur.
Ensuite, des 4 institutions retenues pour
faire le travail, on se demande si les 3 dernières
auront eu suffisamment de marge pour apprécier
en toute indépendance les réalités
politiques, économiques, sociales…
|
Si le Sidwaya du 29 février, qui félicite
l’initiative, rapporte que «Ce qu’il
faut surtout retenir dans ce processus, c’est
sa démarche participative impliquant gouvernement,
société civile et secteur privé
», pour notre part, nous regrettons que les
partis politiques, acteurs clef de la vie nationale
et reconnus en tant que tels par la constitution,
aient été tenus à l’écart
de cette démarche, sauf à les réunir
en catastrophe pour quelques minutes d’échanges
avant les tournées en provinces, comme si
on s’était rendu compte qu’on
avait fait une grosse bourde, ou tout simplement
par acquis de conscience sinon pour valider un travail
!
Il pèse également une prévention
sur le MAEP par rapport aux propos entendus depuis
l’arrivée des experts. En prononçant
ces paroles répercutées par notre
confrère du Sidwaya le 18 février
passé "Nous avons eu un échange
extrêmement riche et dense avec le président
du Faso, Blaise Compaoré sur les conditions
générales qui doivent être réunies
pour que l'exercice d'évaluation réussisse
pour le plus grand bonheur du Burkina Faso"
(comme si cela allait changer la vie du citoyen
lambda !), le chef de mission du MAEP, le professeur
Mohamed Séghir Babès, a pour ainsi
dire donné des conseils au chef de l’Etat
pour que ça se passe bien. Est-ce bien normal
? Sans compter qu’il n’était
pas très indiqué de rajouter que le
rapport d'autoévaluation produit par le Burkina
ne pouvait en aucun cas être "fantaisiste",
car basé sur "des critères logiques".
Ce n’est ni plus ni moins qu’une façon
de se dédouaner par avance de l’accueil
mitigé que pourraient réserver les
Burkinabé au rapport ! Quant à JJ,
il a expliqué pour sa part dans son avant-dernière
édition (N° 858 du 28 février
2008) que le MAEP « a lui aussi salué
les mérites du pouvoir burkinabé dans
de nombreux domaines ». Le constat n’est-il
donc pas déjà fait ?
Et cerise sur le gâteau, quand le professeur
Babès rajoute que c'est «l'engagement
fort et personnel’ du Président du
Faso qui a permis cet exercice qu'ils vont ‘approfondir’
avec les principaux concernés pour avoir
une vision plus affinée de la gouvernance
burkinabè », on se dit que ces
propos tout à l’honneur du chef de
l’Etat (qui se comporte, c’est sous
entendu, en bon démocrate) étaient
peut-être de trop.
Il y a sur un autre plan, que les experts chargés
d’aller sur le terrain risquent bien d’être
pris en main par les gouverneurs et autres autorités
locales. A Ouahigouya comme ailleurs où les
consultations ont commencé, c’est ce
qu’il a semblé. On a entendu un participant
dire dans cette ville concernant l’évaluation
: «Les débats ont été
pris en otage par les autorités… Je
qualifie cela de simple foire, de simulacre de participation
», rajoutant que « dans la commission
politique, il n’y avait même pas de
partis politiques » (L’Observateur Paalga
du 06/03/2008) !
Au vu de tous ces paramètres, le travail
de ce Mécanisme risque de ne pas satisfaire
les attentes du peuple, d’apparaître
comme un « machin » coûteux qui
ne servira pas à grand-chose surtout que
ce sont les Pairs au niveau de l’Union africaine
qui en discuteront autour d’un bon gueuleton
en riant puisqu’il n’y aura pas de suite,
que tout aura été balisé. On
les imagine, se congratulant avec des phrases du
genre : «Bien joué ! » Pourtant,
on ne pouvait pas, en considération des exemples
du passé et notamment des habitudes prises
au sein de la défunte OUA et répercutée
dans la présente Union africaine, se bercer
de l’illusion de s’en remettre aux chefs
d’Etat africains pour apprécier leur
gouvernance avec l’objectivité qui
s’impose en la matière.
Espérons
que les experts tiendront compte des observations
de tout un chacun et surtout qu’ils feront
leur rapport en prenant en compte les graves troubles
que vient de connaître le pays !
NDLR
: Lire aussi en page 12 dans la rubrique Cocktail
Flash, deux nouvelles sur le MAEP suite à
l’entretien qu’ a accordé la
TNB au professeur Babès le 02 mars 2008.