Mise à jour le 09/03/2008
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San Finna N°454 du 10 au 16 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME
LES ACQUIS, LES INSUFFISANCES ET LE POINT DE VUE D’UNE JURISTE

Le Burkina Faso -à l’instar des autres pays pauvres- s’est investi depuis plusieurs décennies en matière de la promotion féminine. Plusieurs projets ont été montés et financés allant de la scolarisation de la jeune fille à la promotion sociale de la femme en la soutenant dans des activités porteuses de revenus. Si tel a été le cas depuis même les périodes les plus tumultueuses de notre histoire, sous la révolution et sous le régime Compaoré, force est de reconnaître qu’en matière d’épanouissement de la femme et d’égalité homme femme, le Burkina est toujours loin d’atteindre les objectifs fixés par ses ambitieuses politiques de promotion de la femme. Samedi dernier, nous avons assisté à la célébration de la Journée internationale de la femme. Occasion pour nous de revenir sur un certain nombre d’acquis et d’insuffisances en matière d’épanouissement de la femme.

La création du Ministère de la promotion de la femme, les projets tels que les 1.000 jeunes filles, le FAARF (créé en 1990), ont tous vu le jour grâce à la nouvelle dynamique. Les maisons de la femme ont été construites sur toute l’étendue du territoire national, donnant lieu en 2004 à de vastes campagnes d’inauguration présidées par la première Dame du Burkina, Madame Chantal Compaoré. Ces campagnes d’inauguration avaient dès lors été vivement critiquées compte tenu du fait que l’élection présidentielle approchait. D’aucuns voyaient la première Dame déjà en campagne pour la réélection de son époux. S’il y a beaucoup à redire sur le fonctionnement de ces maisons, au moins ont-elles déjà le mérite d’exister, entend-on dire ici et là. C’est un sujet sur lequel nous reviendrons.

Sous la pression des partenaires extérieurs, les gouvernements chacun à leur tour, ont mis en place des politiques pour qu’une attention particulière soit accordée à la scolarisation des filles. Parmi les mesures prises au tout début, figuraient la distribution gratuite de manuels

Alphabétisation des femmes un autre moyen pour leur épanouissement
(exclusivement auxfilles avant l’an 2000) et l’attribution de bourses. Ce qui a permis par la suite un tout petit rééquilibrage des chiffres. Plus tard, l’UNICEF fera de la scolarisation de la jeune fille son cheval de bataille au Burkina en soutenant des actions concrètes sur le terrain. Elle sera même l’instigatrice de la création d’un réseau de journalistes pour soutenir ces actions.


Les actions non négligeables menées contre l’excision depuis le début de la décennie dernière sont aussi à noter. Des lois ont été expressément adoptées pour punir les exciseuses et leurs complices. Les sensibilisations et autres actions de démotivation à la pratique se sont multipliées même si au niveau de la répression, il reste beaucoup à faire, les femmes condamnées étant souvent vite libérées de prison et recommençant leurs activités illicites.

Sur un autre plan, la contraception est de plus en plus utilisée ; de moins en moins de femmes sont exclues de la société pour cause de sorcellerie.

Le Code des personnes et de la famille de nos jours protège grandement les femmes mais le grand hic est que la plupart d’entre elles l’ignorent.

Même si ce n’est pas encore patent au Burkina et que la réalité est là impitoyable (les femmes sont très peu nombreuses à avoir de postes électifs, notamment à l’assemblée) le principe des quotas sur les listes électorales des partis politiques –comme partout en Afrique, il faut le reconnaître- fait son petit bonhomme de chemin. Le National Democratic Institute (NDI) soutient depuis un certain temps les femmes des partis politiques en leur apportant des formations. A cela, il faut ajouter une prise de conscience des femmes des différents secteurs qui se constituent en association (même si certaines n’existent que de nom ou avec des intentions pas toujours catholiques) et ce, dans le but de défendre leurs intérêts et celui de la femme en général.

Les mesures et autres ambitions existent à la pelle, mais ne font pas forcément le bonheur de nos mères, sœurs et filles tant les moyens disponibles ne sont pas toujours conséquents.

Certaines actions provenant de l’Etat sont quant à elle empreintes de trop d’hypocrisie, voire d’instrumentalisations électoralistes. Le bétail électoral du parti au pouvoir et ses relais (on le sait) est composé essentiellement de femmes et les maisons de la femme sont très souvent utilisées comme cadres de rencontres de femmes soutenant le pouvoir. La plupart des associations bénéficiant de soutiens de la part de l’Etat sont canalisées dans l’optique électorale…
Voici un peu ce qu’on peut dire des acquis et des faiblesses de la lutte pour la promotion de la femme.

Lors de cette journée du 08 mars précisément, nous avons eu la chance d’accoster Madame Fatimata Sanou, Magistrate et militante de l’Association des femmes juristes du Burkina Faso. C’était au sortir d’une conférence sur la transmission volontaire du VIH/Sida qui s’est tenue à la Maison de la femme. Madame le juge nous a donné ses impressions sur l’évolution de la condition féminine.

Pour elle, la situation de la femme n’a pas connu une évolution significative au Burkina : « Si on se réfère à ce que le Burkina a comme arsenal juridique, la femme burkinabé devrait être la plus heureuse mais c’est dans l’application de ces lois que nous rencontrons des difficultés ». Ces difficultés proviennent pour elle, des pesanteurs socioculturelles et au manque d’information. Elle prêche donc pour que les femmes soient davantage sensibilisées sur leurs droits et qu’il leur soit montré les voies et moyens à mettre en œuvre pour que ces droits soient respectés.

Interrogée dans le même cadre sur le choix du thème de cette année, la juriste n’ira pas loin pour trouver les mots. Pour elle, c’est une évidence que le choix se soit porté sur la féminisation du VIH/Sida dans la mesure où les analystes, sociologues, juristes et même la société civile dans son ensemble, sont unanimes à reconnaître que le VIH/Sida s’est féminisé. Pour appuyer ce qui précède, elle dira que les chiffres sont là pour l’attester et que les facteurs liés à l’anatomie de la femme démontrent aussi qu’elle est plus exposée par rapport à l’homme qui, de par sa constitution physique, court souvent moins de risques. Un autre facteur qui favorise la féminisation du VIH/Sida pour elle, est le pouvoir d’achat de la femme. Elle avance que la femme dépend dans la plupart des cas de l’homme et par conséquent n’est pas libre de décider de sa sexualité. Tout ce qui doit se faire dans ce cadre est imposé par l’homme, ajoutera-t-elle.

Et pour finir, San Finna, qui a souhaite à toutes les femmes du Burkina Faso et du monde une bonne fête, s’engage bien sûr à continuer sa rubrique hebdomadaire spécialement dédiée à l’autre moitié du ciel !

Bala Sibiri





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