San
Finna N°455 du
17 au 23 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
MANIFESTATIONS
POUR LE REFONDATION A KOUDOUGOU
REPORTEES A CAUSE DE L’ARRESTATION-DISPARITION
DE CLEMENT OUEDRAOGO
Ouédraogo
Clément, Sergent à la retraite,
président de l’Association
en formation l’Alliance des militaires
retraités (AMIR), qui avait au cours
d’une conférence de presse
le 06 mars 2008, porté à la
connaissance de l’opinion, le lancement
de son association et qui avait participé
le dimanche 09 mars 2008, avec d’autres
associations, à l’organisation
d’un Forum pour la refondation de
la gouvernance nationale au CBC, a été
arrêté à son domicile
par deux éléments motorisés,
ce vendredi 14 mars 2008, aux alentours
de 12 h. Il s’apprêtait à
se rendre à Koudougou où il
devait participer à d’autres
forums et manifestations autour de la refondation
nationale, comme réponse à
la crise que traverse le pays.
Il
aurait été conduit à
la gendarmerie puis à la Justice
militaire et déféré
sans autre forme de procès,
à la Maison d’arrêt
et de correction de Ouagadougou. Motif
: à peine libéré
d’une précédente
détention pour des manifestations
qu’il organisait, il est en
train de créer une association.
Voilà la prévention
qui lui est reprochée.
Voilà
jusqu’à plus informé,
une arrestation arbitraire puisque
l’association en voie de constitution
ambitionnait de s’ insérer
dans le cadre des institutions républicaines
et qu’elle répondait
même à une critique faite
aux militaires retraités de
s’agiter alors qu’ils
n’ont aucun cadre légal,
aucun récépissé
pour ce faire.
Clément
Ouédraogo
Si Clément Ouédraogo n’a
pas volé, frappé, tué,
s’il n’a pas commis d’infraction
et s’il est seulement arrêté
à cause de sa volonté de s’organiser,
avec ses camarades, au sein d’une
association pour défendre les intérêts
des anciens militaires et des citoyens,
il faut mettre fin à l’injustice
dont il est victime.
En tout état de cause, le Comité
de suivi de l’Appel du 9 mars 2008
pour un dialogue refondateur inclusif et
républicain pour juguler la crise,
a décidé, par solidarité
à l’endroit de son camarade,
de reporter à une date ultérieure
les manifestations initialement programmées
à Koudougou pour les 15 et 16 mars
2008.
Lamine
Koné
A
LA RECHERCHE DE NOUVELLES SUR CLEMENT OUEDRAOGO
C’est
le moins qu’on puisse dire : nul ne
sait où se trouve le Sergent de l’armée
burkinabé (à la retraite depuis
le 31 décembre 2007) : Clément
Ouédraogo. Anciennement porte-parole
des militaires retraités, il était
en train de mettre en place une association
apolitique : l’Alliance des militaires
retraités (AMIR). Mais comment sa disparition
est-elle intervenue ?
Le vendredi 14 mars, alors que nous cherchions
à le joindre en vue de la rédaction
d’un article sur cette association,
à entrer en contact avec lui, nous
n’avons pu le trouver, ni le joindre
téléphoniquement.
Alors que le bruit courait que l’ordre
serait venu de la haute hiérarchie
militaire qui, agacée des activités
qu’il tient, aurait laissé entendre
que c’est parce qu’il est dehors
qu’il bouge, nous sommes tombés,
dans nos recherches, sur son ami et camarade
d’association, Damiba Deudom, qui nous
a appris que Clément Ouédraogo
a été arrêté le
vendredi 14 mars, aux environs de 14 h, à
son domicile par des gendarmes en civil :
« Le vendredi, Clément m’
appelle sur mon portable pour me confier que
la gendarmerie de Paspanga est venue l’arrêter.
Je suis parti à la gendarmerie pour
me renseigner. Sans succès. Mais il
y a un adjudant chef que j’ai retrouvé
et lui, il m’a dit d’aller plutôt
à la Justice militaire si c’est
Clément que je cherche. Effectivement,
je m’y suis rendu mais j’ai trouvé
des bureaux fermés. Là aussi,
j’ai retrouvé une vieille connaissance
qui m’a alors dit que Clément
n’était pas venu là-bas,
sinon on allait l’enregistrer sur le
cahier de registre. Je suis même reparti
ce matin (NDLR : le 15 mars) mais on ne sait
vraiment pas où se trouve Clément.
Il a disparu ! ».
C’ est alors que nous nous sommes rendus
tous les deux au domicile de Clément
Ouédraogo. Là, on nous confirmera
sa disparition. Un de ses enfants, Arnold,
nous dira même ceci : « Ils
ont montré un papier à mon père
en lui disant que c’est le Capitaine
de la gendarmerie de Paspanga qui les envoie
le chercher, et il leur a dit d’attendre
qu’il finisse de manger. Après,
il est rentré dans la chambre et est
ressorti, accompagné des deux messieurs.
Ils ont même posé des questions
sur notre scolarité ».
Pour avoir reçu des menaces à
l’occasion d’une précédente
interview, qu’elle nous avait accordée,
l’épouse de Clément Ouédraogo,
Fati, n’a pas voulu rentrer dans les
détails de notre conversation et surtout
n’a pas voulu que sa photo soit publiée
dans le journal. Nous apprendrons toutefois
par ses soins, ceci : « Il (NDLR
: Clément Ouédraogo) était
en train de manger, et moi je dormais. J’ai
cru que c’était des amis à
lui, comme il en vient souvent ici, d’autant
plus qu’il ne m’a rien dit avant
de partir ».
Damiba Deudom lâchera, tout fâché
: « Moi je ne suis pas content.
La lutte que nous faisons au sein de notre
association en création et même
avant, n’est pas une lutte politique.
Nous voulons améliorer nos conditions
de vie, c’est tout. Pourquoi tout le
temps, c’est Clément seul qu’on
embête ? Je suis même prêt
à le rejoindre là où
il est ».
Au
moment où le pays gronde de protestations
concernant les atteintes aux droits économiques
et sociaux, aux libertés, cette façon
de faire ne fait que mettre de l’huile
sur le feu et confirmer que la liberté
d’aller et venir, de penser, au Burkina,
est vraiment menacée.
Vivement que sa famille et ses amis soient
informés de sa situation et des faits
qu’on lui reproche. Un Etat de droit
ne se comporte pas comme ça avec ses
citoyens, et ce n’est pas parce qu’on
est un militaire retraité qu’on
n’a pas de droits !