Mise à jour le 16/03/2008
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San Finna N°455 du 17 au 23 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

FAUT-IL OU NON PARTICIPER AUX ELECTIONS DU 1ER JUIN ?

Le gouvernement a décidé, après dissolution de plusieurs conseils municipaux, de convoquer les électeurs du Kouritenga, le Bam, le Boulgou et le Koulpelogo pour le renouvellement de 4 conseils municipaux qui ont été dissous. Cela se passant dans un contexte marqué par les demandes de modification des lois électorales, de la constitution et de refondation, ce n’est pas sans soulever une certaine polémique. Il y a en effet qui soutiennent qu’il faut, en dépit de toute considération, aller à ces élections pendant qu’il en est qui affirment absolument le contraire. Deux sons de cloche.

IL FAUT Y ALLER

Nulle part au monde, la politique de la chaise vide n’a porté bonheur à ceux qui la pratiquent. Il ne faut pas faire les consultations buissonnières pour le renouvellement des conseils à municipaux . Abel Toussaint Coulibaly, président de l’UPR (mouvance présidentielle), dira : « Nous allons effectivement aller aux élections dans le Kouritenga. Mais je pense que de blocage en blocage dans les communes, nous sommes en train de rentrer dans un cycle infernal. Nous ne sommes pas au bout des communes qui seront dissoutes. Pour ces élections partielles, je pense que ce n’est pas nécessaire qu’on révise le code électoral parce qu’il faudrait le faire pour le long terme. Pour les élections locales, surtout que ça ne concerne pas un grand pourcentage de la population, à mon avis, on n’a pas besoin de relecture à partir du moment où il n’y a pas de révision électorale à l’échelle nationale et vous savez que le fichier électoral est national ». Philippe Ouédraogo, président d’un parti d’opposition parlementaire (PAI affilié PDS) embouchera la même trompette avec les précisions suivantes : « Dans la situation où nous sommes, nous participons toujours sous l’égide du PDS. Donc nous présentons des candidats sous la bannière de ce parti. D’abord, je considère que les élections qui ont lieu et qui concernent les provinces où avec le PDS, nous avions des maires et des conseillers, nous considérons que le motif de dysfonctionnement qui a été évoqué n’est pas fondé. Donc, nous sommes victimes de l’injustice et ça correspond très bien à l’objectif qui était recherché par les conseillers CDP qui n’avaient pas eu les mairies où il y a nos maires. C’est pour cela que nous avons dit dans l’article que nous avons signé en commun, que le code des collectivités mériterait d’être réformé pour ne pas donner un suffrage aussi arbitraire au gouvernement. Effectivement, nous souhaitons comme beaucoup de partis qu’il y ait une révision du code électoral basé sur l’expérience que nous avons vécue de ce code-là, de façon à assurer la transparence et la réduction des fraudes que nous avons constatées lors des dernières élections. Cette révision n’a toujours pas eu lieu et au niveau du G 14, nous nous sommes exprimés à ce sujet. Nous avons fait des propositions et nous avons suggéré de créer un groupe de travail incluant le parti majoritaire et les partis d’opposition pour en discuter sereinement et convenir de ce qui est convenable pour assurer la transparence des élections. Mais malheureusement ça n’est pas encore fait, et nous voilà engagé dans de nouvelles élections municipales. Nous allons avec le PDS nous présenter dans les communes dont on a dissous nos conseillers municipaux et évidemment nous allons à cette compétition avec l’ancien code. Et comme il n’y a pas moyen de faire autrement, nous souhaitons que la révision du code intervienne le plus tôt possible mais ce sera certainement après ces élections ». Ils n’ont pas tort, tous les deux, car la nature a horreur du vide !

TOMI.

NE SURTOUT PAS ALLER

Les hommes politiques et leaders de la société civile burkinabé ont l’art de critiquer les travers de la gouvernance nationale en occultant leur propre inconséquence qui y participe. Quand on proclame à longueur de scrutin que les élections sont bidouillées, impropres à satisfaire la justice électorale et à exprimer la volonté du peuple, on n’y participe pas. Celui qui sait qu’au bout de la ruelle, il y a la mort garantie, ne devrait pas l’emprunter à moins d’avoir une vocation au suicide. Ces élections partielles à venir n’ont pas été précédées par les réformes demandées par la classe politique, toutes tendances confondues. Il ne faut surtout pas y aller. C’est le point de vue partagé par Djiguemdé Omar, président du PAREN : « Selon la loi, ces communes ont été dissoutes. Nous respectons les textes même s’il y a à redire. Les compétitions à venir, en ce qui concerne notre parti, j’avoue que ce n’est pas une fin en soi. Je suis même presque certain que nous n’allons pas compétir. Le code électoral actuel et la compétition ne permettent nullement l’expression d’une démocratie réelle alors que notre pays est à la pointe de la résolution de crise de pays voisins et frères. Si on ne revient pas sur un certain nombre de conditions, le PAREN se donne la latitude de suspendre ses activités pour ne pas être comptable devant l’histoire et voire même de se dissoudre. Nous ne sommes pas un parti électoral mais si la base souhaite prendre part à ces élections, nous, nous aviserons en temps opportun ». Emile Paré, président du MPS/PF, est encore plus catégorique : « Nous, nous avons dans notre parti une position de principe. D’abord, toutes les crises qui sont nées jusque-là dans les communes sont des crises suscitées et entretenues par le CDP, cela pour favoriser la dissolution des conseils municipaux qu’il ne contrôle pas. Notre position est qu’il est inutile de participer à des élections puisque le CDP ne veut pas de démocratie à la base. Si en tout cas, une structure locale participe à ces élections, ce sera sans l’aval du parti. Nous avons proposé pour la refondation, des élections locales au suffrage universel, direct et secret. Nous disons qu’il ne s’agit pas d’élections partielles. Il s’agit de reprendre l’ensemble du processus électoral sur la base de textes nouveaux. Dès l’instant que nous avons soulevé cette question de la refondation avec des propositions à l’appui, il est inutile de participer. Toute l’opposition devrait boycotter ces élections-là ». A ce stade, ce n’est surtout pas un Me Hermann Yaméogo dont il faudrait recueillir le point de vue, lui dont on connaît l’antienne sur la mal-démocratie et les « élections exécution ! politiques d’opposants »



TOZI.

Citation de la semaine

«L’éruption de désordres publics n’est pas nécessairement le pire des maux. Tout dépend de la réponse qui leur est apportée, ainsi que de leur gravité. Dans certaines limites, des désordres peuvent aussi constituer une incitation pressante à résoudre des problèmes ou des injustices particulièrement récalcitrants »

Bernard Manin






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