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San Finna N°456 du 24 au 30 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

UN INDIEN A LA MACO :
L’EMPLOYE DE SONICO EN SAVAIT-IL TROP ?

Les détenus hors normes, on le sait, sont légion dans les maisons d’arrêt et de correction au Burkina Faso. Si pour certains d’entre eux des avocats ne se sont pas constitués, d’autres par contre, en ont et de renom mais qui n’arrivent pas réellement à faire aboutir leurs dossiers. Sont de ces clients haut de gamme de la grande maison, Monsieur Pandey Manoj, pensionnaire de la MACO depuis bientôt huit mois. Ce citoyen indien, dont nous avons quelquefois parlé dans notre rubrique « Cocktail Flash » travaillait pour le compte d’un de ses compatriotes depuis 14 ans, le sieur Rajesh Punjabi. C’est à la suite d’une plainte portée par son employeur pour abus de confiance et détournement de la somme de 317 millions de Francs CFA à son préjudice qu’il se retrouve à vivre une situation des plus inextricables.

Le lundi 6 août 2007 donc, Monsieur Manoj fut interpellé par la gendarmerie nationale pour les faits qui lui ont été reprochés par son patron. Une semaine plus tard, il sera transféré à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Mais deux semaines après, il bénéficiera d’une liberté provisoire. D’aucuns disent que le détenu avait pris le soin de « graisser » le milieu de la justice qui s’occupait de son affaire pour cette libération. Mais c’était sans compter, à ce qu’il semble, avec les accointances de son patron, Monsieur Punjabi, avec un certain nombre de bonzes du pouvoir. Tout sera donc fait pour que le 13
septembre 2007, il regagne dans les plus brefs délais les murs de la MACO. Sans souci pour les contradictions, on reviendra sur les garanties de représentation qui avaient valu la décision de liberté provisoire. Le tour de passe-passe sera de dire qu’il risque de ne pas se pointer aux convocations du juge, qu’il est même capable de prendre la poudre d’escampette. C’est ainsi que depuis 7 mois, Pandey Manoj croupit dans cette maison d’arrêt au delà de la période de détention provisoire qui est de 6 mois.

Pandey Manoj

Pourquoi un traitement aussi spécial ?

Il nous est revenu de l’épouse même du détenu et de sources concordantes que le détenu travaillait pour le compte de Pundjabi depuis l’âge de 20 ans : il en a aujourd’hui 34. De l’avis de plus d’un, les relations entre l’employé et le patron étaient des plus exemplaires jusqu’à ce que cette satanée affaire de détournement vienne les séparer. Monsieur Pundjabi n’aurait pas voulu, la pilule lui semblant trop amère, oublié cette sortie de route ou pour trouver d’autres voies de réparation qui ne passent pas par la MACO. Le 22 juillet 2007, avant

Epouse de Pandey Manoj
même de porter l’affaire devant les juridictions, le patron était allé menacer son employé de le poursuivre en justice. Il avait dès lors d’autorité, nous fera-t-on savoir, retiré le passeport de Pandey Manoj mais aussi celui de son épouse et de leur enfant. A noter que l’épouse Manoj habitait avant cette date au Ghana avec son enfant de huit ans. Elle était venue au Burkina pour rendre une petite visite à son mari. Mal lui en prit : la maison dans laquelle elle habitait a été vidée de tout son contenu, ses bijoux et tout ce qu’il y’avait à l’intérieur, emportés avec la bénédiction du patron.

Mais qui est ce Monsieur Pundjabi au bras si long et à la rancune aussi tenace, se demandent certains de ceux qui se souviennent de l’équipe que formaient ces deux Indiens ?

C’est le patron de l’entreprise SONICO ancienne SONI EX dit-on, qui importe et vend des marchandises telles que le riz et ce que nos commerçants appellent les divers (biscuits, bonbons, etc). De sources généralement bien informées, il serait l’allié incontournable d’un certain nombre de politiques. Ce qui au Burkina Faso est devenu la règle pour progresser dans le secteur. Le consul de l’Inde au Burkina Faso lui aurait ouvert bien des portes. On parle de relations tissées en Inde et à l’Ile Maurice en guise de remerciements pour les opérations litigieuses qu’on veut bien lui laisser entreprendre au Burkina

On nous apprend que Pandey Manoj avait décidé de quitter son patron pour faire cavalier seul dans le milieu de l’import au Burkina Faso. On nous dit surtout qu’il maîtrise tous les schémas appliqués par son patron pendant neuf ans au Burkina. Autant de ficelle pour se concilier des bonnes grâces aux impôts, à la douane, et acquérir les marchés les plus juteux, le tout sous l’œil bienveillant de ses « bons amis » du pouvoir. On nous apprend aussi que Monsieur Pundjabi (par le truchement du consul de l’Inde au Burkina et de bien d’autres de ses proches), négocie auprès du détenu pour qu’il lui verse une partie du montant extirpé pour recouvrer sa liberté et surtout s’il promet de quitter le Burkina.

Lors de notre investigation, nous avons cherché à rencontrer ce patron. Nous nous sommes présentés à lui et lui avons demandé de nous entretenir de ce dossier. Une date ultérieure fut fixée pour en discuter. Mais quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’un monsieur, après nous avoir contacté au téléphone, viendra nous transmettre le message suivant de son patron de SONICO : « Etant donné le fait que ce dossier est entre les mains de la justice, il serait mieux pour tous qu’on le taise et attende qu’elle en décide en toute sérénité et objectivité. Nous sommes tout à fait disposés à vous contacter dès lors qu’il y aura quelque chose de nouveau dans cette affaire. » Nous avons été vraiment étonnés que ce bienveillant patron puisse se soucier autant de la qualité de notre travail. Nous l’en remercions car ce n’est pas toujours que de telles démarches délicates sont entreprises envers des journalistes, ces grands « fouille-merde » mais nous lui précisons que nous étions seulement venus chercher des informations pour les besoins de notre travail.

Espérons seulement qu’il sortira de son silence pour nous aider à donner des lumières à cette affaire qui fait de plus en plus de bruit au Faso. S’il a subi un préjudice et que c’est à bon droit qu’il en demande réparation, cela ne devrait pas gêner, ça devrait même aider à lui montrer patte blanche, ce qui n’est pas sans intérêt en ces moments où, à la suite des émeutes, beaucoup de choses se disent sur le blanchiment d’argent, les gens qui grâce à leurs relations, faussent les règles du commerce, ne payent pas les droits de douane et les impôts (ou si peu !) et contribuent ainsi en déréglant les règles de la concurrence, à alléger les caisses de l’Etat et à entretenir la crise qui frappe si durement les plus pauvres !

Affaire à suivre. La route est longue et pleine de rebondissements, à en croire les confidences qui fusent de la Maison d’arrêt et qui impliqueraient bien de personnalités au niveau de bien d’organes d’Etat, mais dont on ne peut faire état pour ne pas gêner la procédure !

Bala Sibiri


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