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San Finna N°456 du 24 au 30 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

DROIT DES CONSOMMATEURS
QUE PEUVENT LEURS DEFENSEURS ?

La crise de la représentation qui découle de la crise générale de la démocratie ne frappe pas seulement le peuple souverain. Elle frappe, en dénaturant l’esprit des mandats, tous ceux qui ont qualité pour représenter le peuple ou les segments du peuple. Ainsi donc, à côté du décrochage du peuple d’avec ses représentants, on observe le même phénomène entre les militants des partis et leurs dirigeants, entre les travailleurs et leurs organisations syndicales, entre les consommateurs et les Ligues qui les défendent. Le fait est général.

A la base, il y a cette défiance due au fait que les règles du jeu ont été faussées par une immixtion tentaculaire et intempestive du pouvoir pour noyauter, récupérer et éliminer les mécanismes crédibles de représentation.

La crise des associations de consommateurs ne pouvait donc pas échapper à l’infection généralisée, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Nombre d’entre elles, si elle n’ ont pas été créées de toutes pièces pour les besoins de la cause, sans vocation, sans formation réelle de leurs membres, font l’objet de phagocytose, ce qui explique notamment qu’elles soient quasiment inconnues du grand public. Pourtant, elles sont nécessaires car si l’on parle beaucoup du bafouement des droits politiques, de l’environnement…, on a aussi des raisons de parler du bafouement des droits des consommateurs.
Rappelons d’abord que ce désir de protéger les consommateurs nous vient des USA et que dans les pays de démocratie avancée, ce droit de la consommation a été consacrée dans des Codes de la consommation contenant des règles utiles sur la protection du consommateur en particulier contre certaines formes et techniques de vente, sur les règles de contrôle du contenu du contrat et sur les règles protégeant contre les achats résultant d'impulsions, de pressions ou de manoeuvres afin d'assurer la protection du consentement du consommateur.


Les associations de défense des consommateurs, elles, sont là pour informer, défendre et représenter les consommateurs, usagers et contribuables voire même représenter les intérêts collectifs des consommateurs auprès des pouvoirs publics et des professionnels devant les tribunaux comme oeuvrer pour le rassemblement de tous les consommateurs. Elles sont aussi là pour lutter pour l’affirmation d’un mouvement consommateur puissant et indépendant de tous les pouvoirs.

On en est encore loin au Faso ! Et pourtant, si les droits sont bafoués dans les pays développés qui ont pourtant des instruments de contrôle efficace, qu’est-ce que c’est alors quand on parle d’un pays pauvre comme le Burkina où il est plus que difficile de combattre les trafics surtout lorsqu’ils ont de solides appuis financiers voire des complicités institutionnelles puisque chez nous, pouvoir politique et pouvoir économique sont monopolisés, concentrés en un seul centre ?

Chez nous, on peut dire que les produits contrefaits dépassent les produits agréés. La publicité est bien souvent mensongère, les produits périmés sont légion sur les étals, les faux médicaments dépassent les vrais. Le consommateur est quasiment abandonné, en danger permanent. Il ne peut plus jurer de ce qu’il mange, boit, prend comme médicament, comme carburant …

Des associations de défense des consommateurs, il y en a : la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB) dont Augustin Karanga et Mathias Somé réclament la présidence, l’Association des consommateurs du Burkina (ACB) de Laurent Béré, l’Organisation des consommateurs du Burkina (OCB) de Kokou Charles Bénin. Bien que bénéficiant de subventions de l’Etat, on ne les sent pas véritablement sur le terrain. Tout se passe comme si ici encore, on avait fonctionnarisé ces défenseurs des consommateurs pour qu’ils aient un langage pas trop dur à l’endroit du pouvoir et surtout pour qu’ils ne gênent pas la bonne marche du commerce contrôlé par des acteurs économiques, la plupart du temps (on ne le dira jamais assez) parents ou prête-noms des hommes politiques. C’est toujours la même technique de verrouillage sans en donner l’air.

Il faut repenser les ligues de consommateurs, les recadrer.

L’impulsion doit indiscutablement venir du haut pour que cessent les encouragements au laisser-aller, aux compromissions. Alors, on pourra observer des frémissements avec l’apparition de structures à même d’informer, de dénoncer, bref de défendre le consommateur comme il faut. Les ligues deviendront efficaces lorsqu’entrant dans les magasins, les stations d’essence…, elles provoqueront, comme la vue du gendarme, la peur. La confiance sera alors rétablie entre elles et les consommateurs en attendant qu’elles s’activent avec les subventions qu’elles ont, pour diffuser largement et régulièrement des informations aux consommateurs dans tout le pays…

Si cela n’est pas fait, il a beau exister des textes internationaux protégeant les ligues et des déclarations et des campagnes mondiales, elles auront toujours cette vie végétative, se réveillant de temps en temps de leur léthargie, histoire de montrer qu’elles sont là mais y replongeant quand la tempête est quelque peu passée !


Aristide Ouédraogo






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