San
Finna N°456 du
24 au 30 Mars 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
QUELQUES
FEMMES DEVOILENT LEURS ASTUCES
POUR RESISTER A LA VIE CHERE !
La
cherté de vie se ressent à tous les niveaux
dans notre pays. Face à cette situation embarrassante,
les femmes, qui vivent le plus ces difficultés,
ont trouvé des voies et moyens pour s’adapter.
Plusieurs d’entre elles ont changé leurs
habitudes alimentaires et autres. Voila comment certaines
s’y prennent.
Madame
Bonsa, mère de 4 enfants, nous a confié
ceci : « Je ressens la vie chère
à tous les niveaux et cela m’amène
à changer mes habitudes. Par exemple, pour économiser
mon carburant je fais le marché tous les jeudis
et à pied. Je ne fais plus certains mets comme
le déguê à base du couscous arabe
que mes enfants aiment beaucoup. C’est la même
chose pour le riz gras. Je l’ai préparé
la dernière fois et personne n’a apprécié.
Je le préparais avant accompagné d’une
petite sauce bien faite avec assez de poissons mais
cette fois, il était bien sec et moi-même
j’avais du mal à terminer mon plat. J’ai
de la chance parce que mes enfants aiment le tô
et le mangent sans trier de sauce. C’est pourquoi
je le prépare plus que les autres mets. J’utilise
moins d’huile dans la préparation de mes
sauces et de plus en plus, je met le poisson sec à
la place de la viande et des poissons de mer. J’ai
débranché mon réfrigérateur
et c’est dans celui de ma buvette que je conserve
mes condiments. C’est là aussi que je prends
l’eau de boisson puisque c’est pas loin
de ma maison ». Madame Bonsa a encore plein
d’autres astuces pour diminuer ses frais : «
Pour ma vaisselle, j’utilise le savon qu’on
appelle communément ‘ kabacourou’
à la place du savon CITEC et pour le nettoyage
de ma maison, je le fais les matins avec du savon en
poudre pour la lessive et les soirs avec l’eau
seulement. Je fais la lessive une fois par semaine parce
que le savon est devenu très cher. Pour l’entretien
de ma peau et de mes cheveux je ne rencontre pas trop
de difficultés. Je ne vais plus au salon de coiffure
pour la manucure pédicure et avec la chaleur
je préfère garder mes cheveux sans mèches.
Juste un coup de peigne et tout y est. Comme je le disais
au début je n’ai pas de soucis pour l’entretien
de mon corps et même celui de mes enfants puisque
c’est moi qui arrange leurs cheveux. Je prie seulement
pour que les mesures qui ont été prises
par le gouvernement soient respectées ».
Achat
de condiments au marché
Nous
nous sommes rendus au marché 14 Yaar en
ayant à l’idée que sur place,
nous percevrions mieux dans ce contexte d’échanges
les femmes en butte à leurs difficultés
face à la vie chère. Mais beaucoup,
soit par timidité soit par méfiance,
fuyaient nos questions. L’une d’entre
elles, que nous nommerons madame S -car ayant
souhaité l’anonymat- a bien voulu
donner son point de vue sur la question. Elle
explique ce qu’elle rencontre comme difficulté
face à cette flambée des prix :
«
Je suis commerçante au marché
et je rencontre comme toutes les autres femmes
des problèmes avec les produits qui sont
devenus trop chers. On ne peut plus consommer
l’huile comme on le veut surtout dans les
mets qui nous sont plus accessibles comme le benga.
Avant, avec un quart de litre d’huile, toute
ma famille se régalait mais aujourd’hui
nous le mangeons presque sans huile. Moi j’ai
aussi trouvé ma stratégie pour faire
face à la situation, j’ai diminué
considérablement comme toutes les autres
femmes du marché la quantité des
produits que je vends mais même avec ça,
ce n’est pas facile. Je ne comprends pas
pourquoi les produits fabriqués au Burkina
sont aussi chers que ceux importés. Par
exemple l’huile et le savon CITEC. C’est
pour raison que j’utilise de moins en moins
l’huile dans mes sauces et je fais la lessive
une fois par semaine. Je ne vais plus chez la
coiffeuse du marché pour mes tresses je
me fais coiffer par ma fille aînée
qui à son tour se fait coiffer par sa petite
sœur. Personne ne fréquente les salons
de coiffure chez nous depuis un certain temps.
J’ai aussi arrêté les petites
tontines dans le marché. »
La vie chère comporte aussi des conséquences,
même pour certaines femmes ou jeune filles qui
se font entretenir par un compagnon. Mademoiselle K.
est de celles-là. Etudiante en sociologie, elle
est prise en charge par un « mec ». Elle
ne décolère pas face aux trésors
d’ingéniosité que son compagnon
a déployé pour réduire l’enveloppe
qu’il lui alloue pour ses dépenses : «Avant
les fêtes de fin d’année, mon homme
m’accompagnait dans les boutiques pour mes provisions
du mois. Mais depuis un certain temps, il est devenu
rare et le carême chrétien est venu tout
gâter. On se voyait généralement
les vendredis soirs et les dimanches vers 10 h à
cause de sa situation matrimoniale. Je ne le croyais
pas aussi chrétien que ça mais depuis
que le carême chrétien a commencé,
il prétend jeûner tous les vendredis et
passe toute la journée du dimanche à l’église.
Avant à chaque rencontre, il me donnait entre
15.000 et 20.000 francs mais depuis qu’il est
subitement devenu catholique pratiquant, il a décidé
de me donner 25.000 f pour tout le mois de mars sous
prétexte que c’est le mois de carême
». Mademoiselle K finira en ajoutant ceci : «
En fin janvier il m’avait conseillé
de suivre un régime parce qu’il trouvait
que je prenais du poids. Je pensais qu’il voulait
vraiment que je garde la ligne alors que lui cherchait
seulement comment faire pour diminuer le nombre des
articles dans mes provisions. C’est ainsi qu’il
a décidé de supprimer le chocolat, les
biscuits, la mayonnaise et considérablement la
quantité d’huile car selon lui, ce sont
des aliments qui font grossir. Quand je suis allée
en boutique en fin février pour mes achats, j’ai
vite compris le comportement de mon homme ; je n’ai
même pas pu acheter la moitié de ce que
je prenais avant avec lui. J’ai donc décidé
de bien gérer le peu que j’avais. Je fais
la lessive une fois par semaine et je repasse moi même
mes habits. Je mange au restaurant universitaire maintenant,
sauf le samedi où je fais une petite cuisine
pour trois jours .Je consomme de moins en moins le sucre
et la salade .Pour l’entretien de mon corps, c’est
la même gestion. Je me suis coiffée depuis
le 12 février et je ne compte pas défaire
maintenant. J’ai aussi changé mon savon
de toilette qui coûtait 1000 francs pour prendre
un de 350 francs et qui dure. Je me lave deux fois sur
trois avec du savon et j’utilise de moins en moins
le parfum ».
Comme
vous le constaterez, la cherté de la vie touche
toutes les couches de la société burkinabé.
Face donc à cette situation, on est obligé
soit de trouver d’autres sources de revenus, soit
de se contenter du peu qu’on a pour survivre au
risque de ne pas pouvoir satisfaire convenablement sa
famille. La rubrique Tribune de la femme est là
et sera toujours là pour faire entendre la voix
des femmes, leurs préoccupations, en somme une
vitrine crédible parce qu’elles occupent
une place très importante dans le développement
de notre pays.
Pascaline
Bado
NOTE
DE LA REDACTION :
REPONSE AUX INVECTIVES
INCONSIDEREES DE MONSIEUR BAYO
Le
18 mars dernier, en conférence de rédaction,
SAN FINNA décide, dans le cadre de l’animation
de sa rubrique, ‘’Tribune de la femme’’,
d’accorder la parole à une représentante
du beau sexe, enseignante de l’Université
de Ouagadougou. Notre choix s’est alors
porté sur Mme BAYO Mabinta, professeur
de Mathématiques et de Physique. Son profil
assez exceptionnel pouvait, avions-nous pensé,
être cité en exemple et s’avérer
digne d’intérêt pour nombre
de jeunes filles tentées par de hautes
études. C’est nourrie de cette noble
intention que la Rédaction a commis mademoiselle
BADO, stagiaire au journal pour rencontrer notre
‘’cible’’ et lui faire
la proposition de l’interview. S’étant
rendue à l’Université, mais
n’ayant pu rencontrer Mme BAYO, notre stagiaire
échangeait avec une des collègues
de celle-ci, lorsque survint un monsieur que ladite
collègue désigna comme étant
l’époux de Mme BAYO. L’enseignante
proposa alors d’aller lui remettre le questionnaire
de l’interview et lui demander de bien vouloir
le transmettre à son épouse. Approché,
celui-ci se saisit du questionnaire, et à
la vive et désagréable surprise
de notre pauvre stagiaire, l’autre moitié
de Mme BAYO, toutes griffes dehors, se lança
dans une violente diatribe contre notre hebdomadaire,
à peu près en ces termes :
campagne
contre l'intolérance
«
SAN FINNA ? Mais c’est des faux types
! Ils ne savent que critiquer. Quand on les lit,
c’est comme si le pays était en feu
alors qu’il n’en est rien. C’est
à force de crier que ça ne va pas
que les gens, les enfants des autres sont sortis
dans la rue, ont été arrêtés
et emprisonnés alors qu’à
eux-mêmes, il n’arrive rien ».
Et d’ajouter qu’intellectuellement,
on ne peut pas lire un tel journal. Il conclut
que d’ailleurs, il n’était
pas certain que l’interview puisse intéresser
son
épouse. Comme il savait très bien
de quoi il parlait, le lendemain, lorsque mademoiselle
BADO revint rencontrer Mme BAYO pour la suite
accordée à sa demande, l’interview
n’intéressa pas, comme de bien entendu,
celle-ci.
L’attitude
du mari de Mme BAYO appelle nécessairement de
notre part quelques remarques :
-
La liberté d’apprécier positivement
ou négativement un organe de presse pour les
opinions qu’il émet existe, et nous ne
pouvons que le pousser à en user le plus largement
possible. Mais là où Monsieur BAYO fait
un mauvais usage de cette liberté et déçoit
son monde, c’est lorsqu’il s’abaisse
à des accusations gratuites et sans convenance,
qu’il renie dans ce centre de contre-culture par
excellence, la contradiction, moteur des sociétés
et protectrice des libertés. En effet, dans un
tel milieu de savoir comme l’Université,
où l’on est fondé à croire
que la raison prévaut sur l’émotion,
un tel défoulement de Monsieur BAYO sur notre
envoyée, ne peut que choquer.
- Si ces dénonciations au grand Inquisiteur,
ces appels à l’autodafé, s’appuient
sur l’actualité récente marquée
par les émeutes et leurs suites judiciaires en
relation avec le traitement que notre organe en a fait,
où Mr Bayo est en insuffisance d’information
ou de jugement personnel. Ce n’est pas que nous
soyons irréprochables, que par moments nous n’ayons
pas préjugé mais sur cette question précise,
nous l’invitons à se mettre en rapport
avec le C.S.C. (Conseil Supérieur de la Communication)
qui a récemment épinglé des organes
de presse sur le constat de certaines dérives,
en les désignant nommément : SAN FINNA
n’y figure pas.
- Si les invectives de Monsieur BAYO concernent la ligne
éditoriale de SAN FINNA, il est libre de s’en
défier. Le marché médiatique doit
être soumis à la liberté de l’offre
et de la demande pour être protecteur de l’opinion.
Mais nous assumons alors car en refusant de porter des
œillères, en prenant sur nous de prévenir
que tout ne roule pas bien dans le meilleur des mondes
et de déranger le confort douillet des certitudes
bienheureuses et forcément aveugles comme celle
que semble afficher Monsieur BAYO, nous défendons
à notre manière le contradictoire sans
lequel il ne saurait y avoir de liberté de presse.
Il est du droit de Mr BAYO de continuer à cultiver
son ‘’silence des gens biens’’
et lire dans l’impasse politique et sociale que
connaît le pays, autre chose que la résultante
d’une mal gouvernance multidimensionnelle. Nous
ne le jetterons pas pour autant à la meute car
même aux personnes bien instruites, la capacité
n’est pas dévolue à toutes d’appréhender
‘‘intellectuellement’’ comme
il dit, toutes les situations à leur juste mesure.