Mise à jour le 23/03/2008
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San Finna N°456 du 24 au 30 Mars 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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QUELQUES FEMMES DEVOILENT LEURS ASTUCES
POUR RESISTER A LA VIE CHERE !

La cherté de vie se ressent à tous les niveaux dans notre pays. Face à cette situation embarrassante, les femmes, qui vivent le plus ces difficultés, ont trouvé des voies et moyens pour s’adapter. Plusieurs d’entre elles ont changé leurs habitudes alimentaires et autres. Voila comment certaines s’y prennent.

Madame Bonsa, mère de 4 enfants, nous a confié ceci : « Je ressens la vie chère à tous les niveaux et cela m’amène à changer mes habitudes. Par exemple, pour économiser mon carburant je fais le marché tous les jeudis et à pied. Je ne fais plus certains mets comme le déguê à base du couscous arabe que mes enfants aiment beaucoup. C’est la même chose pour le riz gras. Je l’ai préparé la dernière fois et personne n’a apprécié. Je le préparais avant accompagné d’une petite sauce bien faite avec assez de poissons mais cette fois, il était bien sec et moi-même j’avais du mal à terminer mon plat. J’ai de la chance parce que mes enfants aiment le tô et le mangent sans trier de sauce. C’est pourquoi je le prépare plus que les autres mets. J’utilise moins d’huile dans la préparation de mes sauces et de plus en plus, je met le poisson sec à la place de la viande et des poissons de mer. J’ai débranché mon réfrigérateur et c’est dans celui de ma buvette que je conserve mes condiments. C’est là aussi que je prends l’eau de boisson puisque c’est pas loin de ma maison ». Madame Bonsa a encore plein d’autres astuces pour diminuer ses frais : « Pour ma vaisselle, j’utilise le savon qu’on appelle communément ‘ kabacourou’ à la place du savon CITEC et pour le nettoyage de ma maison, je le fais les matins avec du savon en poudre pour la lessive et les soirs avec l’eau seulement. Je fais la lessive une fois par semaine parce que le savon est devenu très cher. Pour l’entretien de ma peau et de mes cheveux je ne rencontre pas trop de difficultés. Je ne vais plus au salon de coiffure pour la manucure pédicure et avec la chaleur je préfère garder mes cheveux sans mèches. Juste un coup de peigne et tout y est. Comme je le disais au début je n’ai pas de soucis pour l’entretien de mon corps et même celui de mes enfants puisque c’est moi qui arrange leurs cheveux. Je prie seulement pour que les mesures qui ont été prises par le gouvernement soient respectées ».


Achat de condiments au marché
Nous nous sommes rendus au marché 14 Yaar en ayant à l’idée que sur place, nous percevrions mieux dans ce contexte d’échanges les femmes en butte à leurs difficultés face à la vie chère. Mais beaucoup, soit par timidité soit par méfiance, fuyaient nos questions. L’une d’entre elles, que nous nommerons madame S -car ayant souhaité l’anonymat- a bien voulu donner son point de vue sur la question. Elle explique ce qu’elle rencontre comme difficulté face à cette flambée des prix :
« Je suis commerçante au marché et je rencontre comme toutes les autres femmes des problèmes avec les produits qui sont devenus trop chers. On ne peut plus consommer l’huile comme on le veut surtout dans les mets qui nous sont plus accessibles comme le benga. Avant, avec un quart de litre d’huile, toute ma famille se régalait mais aujourd’hui nous le mangeons presque sans huile. Moi j’ai aussi trouvé ma stratégie pour faire face à la situation, j’ai diminué considérablement comme toutes les autres femmes du marché la quantité des produits que je vends mais même avec ça, ce n’est pas facile. Je ne comprends pas pourquoi les produits fabriqués au Burkina sont aussi chers que ceux importés. Par exemple l’huile et le savon CITEC. C’est pour raison que j’utilise de moins en moins l’huile dans mes sauces et je fais la lessive une fois par semaine. Je ne vais plus chez la coiffeuse du marché pour mes tresses je me fais coiffer par ma fille aînée qui à son tour se fait coiffer par sa petite sœur. Personne ne fréquente les salons de coiffure chez nous depuis un certain temps. J’ai aussi arrêté les petites tontines dans le marché. »


La vie chère comporte aussi des conséquences, même pour certaines femmes ou jeune filles qui se font entretenir par un compagnon. Mademoiselle K. est de celles-là. Etudiante en sociologie, elle est prise en charge par un « mec ». Elle ne décolère pas face aux trésors d’ingéniosité que son compagnon a déployé pour réduire l’enveloppe qu’il lui alloue pour ses dépenses : «Avant les fêtes de fin d’année, mon homme m’accompagnait dans les boutiques pour mes provisions du mois. Mais depuis un certain temps, il est devenu rare et le carême chrétien est venu tout gâter. On se voyait généralement les vendredis soirs et les dimanches vers 10 h à cause de sa situation matrimoniale. Je ne le croyais pas aussi chrétien que ça mais depuis que le carême chrétien a commencé, il prétend jeûner tous les vendredis et passe toute la journée du dimanche à l’église. Avant à chaque rencontre, il me donnait entre 15.000 et 20.000 francs mais depuis qu’il est subitement devenu catholique pratiquant, il a décidé de me donner 25.000 f pour tout le mois de mars sous prétexte que c’est le mois de carême ». Mademoiselle K finira en ajoutant ceci : « En fin janvier il m’avait conseillé de suivre un régime parce qu’il trouvait que je prenais du poids. Je pensais qu’il voulait vraiment que je garde la ligne alors que lui cherchait seulement comment faire pour diminuer le nombre des articles dans mes provisions. C’est ainsi qu’il a décidé de supprimer le chocolat, les biscuits, la mayonnaise et considérablement la quantité d’huile car selon lui, ce sont des aliments qui font grossir. Quand je suis allée en boutique en fin février pour mes achats, j’ai vite compris le comportement de mon homme ; je n’ai même pas pu acheter la moitié de ce que je prenais avant avec lui. J’ai donc décidé de bien gérer le peu que j’avais. Je fais la lessive une fois par semaine et je repasse moi même mes habits. Je mange au restaurant universitaire maintenant, sauf le samedi où je fais une petite cuisine pour trois jours .Je consomme de moins en moins le sucre et la salade .Pour l’entretien de mon corps, c’est la même gestion. Je me suis coiffée depuis le 12 février et je ne compte pas défaire maintenant. J’ai aussi changé mon savon de toilette qui coûtait 1000 francs pour prendre un de 350 francs et qui dure. Je me lave deux fois sur trois avec du savon et j’utilise de moins en moins le parfum ».

Comme vous le constaterez, la cherté de la vie touche toutes les couches de la société burkinabé. Face donc à cette situation, on est obligé soit de trouver d’autres sources de revenus, soit de se contenter du peu qu’on a pour survivre au risque de ne pas pouvoir satisfaire convenablement sa famille. La rubrique Tribune de la femme est là et sera toujours là pour faire entendre la voix des femmes, leurs préoccupations, en somme une vitrine crédible parce qu’elles occupent une place très importante dans le développement de notre pays.

Pascaline Bado


NOTE DE LA REDACTION :
REPONSE AUX INVECTIVES
INCONSIDEREES DE MONSIEUR BAYO

Le 18 mars dernier, en conférence de rédaction, SAN FINNA décide, dans le cadre de l’animation de sa rubrique, ‘’Tribune de la femme’’, d’accorder la parole à une représentante du beau sexe, enseignante de l’Université de Ouagadougou. Notre choix s’est alors porté sur Mme BAYO Mabinta, professeur de Mathématiques et de Physique. Son profil assez exceptionnel pouvait, avions-nous pensé, être cité en exemple et s’avérer digne d’intérêt pour nombre de jeunes filles tentées par de hautes études. C’est nourrie de cette noble intention que la Rédaction a commis mademoiselle BADO, stagiaire au journal pour rencontrer notre ‘’cible’’ et lui faire la proposition de l’interview. S’étant rendue à l’Université, mais n’ayant pu rencontrer Mme BAYO, notre stagiaire échangeait avec une des collègues de celle-ci, lorsque survint un monsieur que ladite collègue désigna comme étant l’époux de Mme BAYO. L’enseignante proposa alors d’aller lui remettre le questionnaire de l’interview et lui demander de bien vouloir le transmettre à son épouse. Approché, celui-ci se saisit du questionnaire, et à la vive et désagréable surprise de notre pauvre stagiaire, l’autre moitié de Mme BAYO, toutes griffes dehors, se lança dans une violente diatribe contre notre hebdomadaire, à peu près en ces termes :

campagne contre l'intolérance
« SAN FINNA ? Mais c’est des faux types ! Ils ne savent que critiquer. Quand on les lit, c’est comme si le pays était en feu alors qu’il n’en est rien. C’est à force de crier que ça ne va pas que les gens, les enfants des autres sont sortis dans la rue, ont été arrêtés et emprisonnés alors qu’à eux-mêmes, il n’arrive rien ». Et d’ajouter qu’intellectuellement, on ne peut pas lire un tel journal. Il conclut que d’ailleurs, il n’était pas certain que l’interview puisse intéresser
son épouse. Comme il savait très bien de quoi il parlait, le lendemain, lorsque mademoiselle BADO revint rencontrer Mme BAYO pour la suite accordée à sa demande, l’interview n’intéressa pas, comme de bien entendu, celle-ci.


L’attitude du mari de Mme BAYO appelle nécessairement de notre part quelques remarques :

- La liberté d’apprécier positivement ou négativement un organe de presse pour les opinions qu’il émet existe, et nous ne pouvons que le pousser à en user le plus largement possible. Mais là où Monsieur BAYO fait un mauvais usage de cette liberté et déçoit son monde, c’est lorsqu’il s’abaisse à des accusations gratuites et sans convenance, qu’il renie dans ce centre de contre-culture par excellence, la contradiction, moteur des sociétés et protectrice des libertés. En effet, dans un tel milieu de savoir comme l’Université, où l’on est fondé à croire que la raison prévaut sur l’émotion, un tel défoulement de Monsieur BAYO sur notre envoyée, ne peut que choquer.

- Si ces dénonciations au grand Inquisiteur, ces appels à l’autodafé, s’appuient sur l’actualité récente marquée par les émeutes et leurs suites judiciaires en relation avec le traitement que notre organe en a fait, où Mr Bayo est en insuffisance d’information ou de jugement personnel. Ce n’est pas que nous soyons irréprochables, que par moments nous n’ayons pas préjugé mais sur cette question précise, nous l’invitons à se mettre en rapport avec le C.S.C. (Conseil Supérieur de la Communication) qui a récemment épinglé des organes de presse sur le constat de certaines dérives, en les désignant nommément : SAN FINNA n’y figure pas.

- Si les invectives de Monsieur BAYO concernent la ligne éditoriale de SAN FINNA, il est libre de s’en défier. Le marché médiatique doit être soumis à la liberté de l’offre et de la demande pour être protecteur de l’opinion. Mais nous assumons alors car en refusant de porter des œillères, en prenant sur nous de prévenir que tout ne roule pas bien dans le meilleur des mondes et de déranger le confort douillet des certitudes bienheureuses et forcément aveugles comme celle que semble afficher Monsieur BAYO, nous défendons à notre manière le contradictoire sans lequel il ne saurait y avoir de liberté de presse. Il est du droit de Mr BAYO de continuer à cultiver son ‘’silence des gens biens’’ et lire dans l’impasse politique et sociale que connaît le pays, autre chose que la résultante d’une mal gouvernance multidimensionnelle. Nous ne le jetterons pas pour autant à la meute car même aux personnes bien instruites, la capacité n’est pas dévolue à toutes d’appréhender ‘‘intellectuellement’’ comme il dit, toutes les situations à leur juste mesure.





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