San
Finna N°457 du
31 Mars au 06 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
GICLE
DU GOUVERNEMENT, SALIF DIALLO DOIT APPRENDRE A ETRE AUSSI
GRAND EN DEHORS DE L’ETAT QU’IL L’ETAIT
AU-DEDANS
MAIS COMMENT ?
Qu’on
ait de la haine pour le lourdé au point de
le comparer à Don Salluste qui dans le célèbre
film « La folie des grandeurs » construisait
sa fortune en édifiant impitoyablement celle
de son roi ou qu’on éprouve du respect
pour lui jusqu’à le comparer au fidèle
et désintéressé Alpha Yaya
qui a tenu à ce qu’on l’enterre
aux côtés de son maître Samory
Touré, Salif Diallo aura une place à
part dans l’histoire de notre pays en tant
qu’architecte et templier émérite
de la Maison Compaoré. Il a parié,
comme jamais auparavant dans ce pays, sur la conquête
du pouvoir économique, médiatique,
diplomatique, pour conforter le pouvoir d'Etat à
son plus haut niveau de l’exercice et là,
il a agi sans état d’âme, souvent
même à la limite de l’incontrôlabilité
du chef de l’Etat lui-même dont il était
le mandataire. C’est tout dire. Ses qualités
reconnues par Blaise Compaoré lui-même,
doivent aussi être appréciées
à cette aune de l’ambivalence de l’homme,
capable comme la langue d’Esope, du pire comme
du meilleur.
Salif
Diallo (Photo d'archive)
Blaise
Compaoré (Photo d'archive)
Cependant,
un homme ne mérite sa réputation d’homme
d’Etat qu’autant qu’il sait rester
égal à lui-même dans l’adversité
comme dans la félicité. C’est
le défi qui est actuellement lancé,
pour la première fois, à Salif Diallo
au moment où après quelques supputations
et hésitations, l’éviction semble
vouloir s’imposer comme étant la justification
du chemin de croix qu’il entame après
tant d’années de compénétration
dans l’exercice du pouvoir aux côtés
de Blaise Compaoré.
Quelles sont maintenant les options qui s’offrent
à lui alors qu’ayant perdu les aspérités,
les marchepieds et les armes de la puissance publique,
il pourrait avoir, sait-on jamais, à faire face
aux foudres de l’Etat ? Il a le choix entre deux
alternatives : l’affrontement ou la résignation
alors que Blaise Compaoré pourrait à ce
qu’on dit, le considérer comme un obstacle
à la connexion du pays avec la bonne gouvernance,
obstacle à garder en quartier d’isolation.
LE
CHOIX DE L’EPREUVE DE FORCE
Salif Diallo peut continuer jusqu’au bout du défi
dont on l’accuse.
Il y a dans l’opinion, des signes qui le pousseraient
vers des formes de radicalité. Le manque d’opposition
expressive et cohérente qu’il a lui-même
voulu avec acharnement crée paradoxalement un besoin
d’opposition. Des yeux de Chimène lui sont
lancés pour qu’il soit le Mustapha Niasse
-ou mieux le Raila Odinga- qui venge le peuple des perpétuelles
infidélités dont il est victime de la part
du pouvoir. Beaucoup voudraient aussi convaincre qu’il
a été victime d’une sanction ethnique
faite d’ingratitude au regard de ses précieuses
années de vie consacrées aux prix de 1000
risques, à la construction et à la fortification
de leur imprenable citadelle. Parmi ces derniers, il y
a la cohorte de tous ceux que l’ancien ministre
d’Etat a façonné au multiple plan
politique, économique, diplomatique, militaire…
C’est dans leurs rangs qu’on parle le plus
de révolte, de sédition, de coup d’Etat
jusqu’à la déraison !
Mais parmi ceux qui veulent tirer profit de la disgrâce
de l’ancien N° 2 du régime pour la mettre
en bouture avec leurs propres visées, il y a des
mécontents, des opposants « maison »
que Salif Diallo a artificiellement imposés par
la gonflette électorale pour les substituer aux
vrais opposants. Ils ne cracheraient pas sur un «
banco » porteur de dividendes et de promotions réciproques.
Leurs clins d’œil sont aussi désespérés.
L’homme de Ouahigouya, pressé de toutes parts,
serait prêt à ce qu’on dit, à
cracher ses vertes vérités, advienne que
pourra ! Il pourrait se persuader lui-même que tout
est perdu sauf l’honneur et opter d’assumer
pleinement les conséquences des convictions qu’on
lui prête pour que nul n’en ignore plus :
il est contre la monarchie élective, contre la
promotion de personnes n’ayant pas contribué
à l’essor du parti et du régime, contre
l’ingratitude, contre la vie chère…
Il se mettrait à la disposition du peuple avec
lequel du reste on le dit en phase.
LE CHOIX DE FAIRE LE DOS ROND
Toutefois, le fier mais avisé Yadga peut
opter de faire le dos rond et de puiser dans son
énorme expérience d ’homme d’action
et d’anticipation, de manoeuvrier, les recettes
pour se faire regretter, et après pénitence,
être ramené sinon sur le pavois à
la place de Tertius Zongo, au moins à sa
sinécure perdue, ou bien (c’est toujours
bon à prendre) en placement dans une ambassade.
Tertius
ZONGO
Les
considérations qui peuvent le pousser à
cette option sont de plusieurs ordres. Rien ne dit
qu’au jeu de l’épreuve de force,
il pourrait sortir gagnant. De ce point de vue, ni
sa supposée fortune, ni ses relations ou les
secrets qu’on lui prête, ne peuvent constituer
des cartes suffisamment fortes pour faire mordre la
poussière à son mentor. Si tel était
le cas, les affaires angolaise, libérienne…
auraient eu amplement le temps d’y pourvoir et à
tout le moins, Blaise Compaoré serait actuellement
sur le banc des accusés, aux côtés
de Charles Taylor à La Haye. Quant aux affaires
Norbert Zongo et Thomas Sankara dont on dit qu’il
pourrait, par dépit, les réactiver, la lecture
réaliste des données de la vie nationale
et internationale devrait enseigner plus de sérieux
et moins d’angélisme et de populisme à
bien des acteurs. Finalement, il y a, en regardant les
choses d’un peu plus haut, des risques qu’en
osant brandir ces cartes dont on parle tant avec des détails
chaque jour renouvelés, Salif Diallo ne tombe dans
la trappe qu’on pourrait lui avoir préparée.
Il doit le savoir comme il doit savoir ce que valent ces
commisérations et autres gestes de sympathies qui
affluent actuellement vers lui à gogo. D’abord,
elles peuvent fondre comme beurre au soleil : l’infortune
des hommes distend incroyablement les fidélités
les plus trempées et clairseme encore plus celles
des courtisans, par nature volages.
ensuite, ces gestes ne suffiront pas à contrebalancer
le poids de la volonté de revanche de nombre de
ceux qu’il a brimé, humilié…
au sein de l’opposition, du pouvoir, des opérateurs
économiques, des militaires… Son caractère
entier se formalisant peu du droit, de la contradiction,
a en effet causé bien des ravages et constitué
contre lui, une coalition informelle qui pourrait aujourd’hui
contribuer à rendre encore plus difficile sa traversée
du désert.
SALIF
DIALLO, FREIN A LA BONNE GOUVERNANCE ?
Le chef de l’Etat, après avoir profité
des audaces de son homme toujours prêt à
tout faire, semble ressentir durement maintenant le retour
de manivelle des initiatives hors normes de Salif Diallo.
La gouvernance laisse à désirer, la démocratie
s’est beaucoup asséchée parce qu’elle
n’est plus irriguée par le dialogue démocratique,
parce que la concurrence a déserté de la
politique et de l’économie en même
temps que les vrais contre-pouvoirs de la société
civile et de l’opposition significative ont été
laminés grâce à la systématisation
des prises de monopole. Dans tout cela, les responsabilités
sont partagées mais la part de Salif Diallo est
loin d'être négligeable. Cela pèse
sur le régime et sur la nature de la gouvernance.
Et les bailleurs de fonds s’en font l’écho
de façon négative en demandant, fait nouveau,
une reconstruction de la démocratie, une remise
à niveau de la gouvernance, un retour de l’Etat
dans le droit. Même s’il a été
le principal bénéficiaire des œuvres
de Salif Diallo, Blaise Compaoré pourrait en être
arrivé, 20 ans après, au stade où
il a dû faire des choix certes cornéliens
mais qu’il est décidé à défendre
envers et contre tout pour sortir définitivement
de l’Etat d’exception dans lequel il s’est
longtemps complu. Manipulateur d’hommes et de sentiments,
il sait que rien ne motive autant les femmes, les hommes
comme les foules que l’envie, la convoitise, la
jalousie, la vengeance… Il pourrait tranquillement
être en train d’acculer Salif Diallo à
franchir le rubicond pour le jeter en pâture à
ceux dont il a brisé les ambitions. Ils en feraient
une charpie sans qu’il ne soit besoin de passer
par les armes de l’Etat ou ces méthodes expéditives
dont on parle tant !
L’ancien numéro 2 sait ce qu’on peut
faire quand on a en main les manettes de l’Etat.
Il a trop vécu, trop suscité des situations
du genre pour, maintenant qu’il est dans l’œil
du cyclone, faire une confiance aveugle aux thuriféraires
qui le poussent, chaque jour que Dieu fait, à montrer
de quoi est capable un digne Yadga offensé dans
son honneur ! Dès lors, l’homme pourrait
entre les deux options, choisir la moins périlleuse
surtout que, par nature, s’il a toujours fait montre
d’audace et d’anticipation, il n’a jamais
magnifié la témérité ni eu
une vocation à figurer au martyrium ; il sait même,
comme personne, faire le mort, avaler les couleuvres les
plus grosses, exécuter de terribles écarts
de jambes pour sauver l’essentiel. Salif Diallo
se rendant à Canossa avec le secret espoir de se
refaire en activiste invétéré, une
santé politique comme le joueur accroc déplumé
retourne à la table de jeu pour se refaire une
santé financière, c’est (il ne faut
pas s’y tromper) dans l’ordre du possible
!