Mise à jour le 30/03/2008
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San Finna N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

GICLE DU GOUVERNEMENT, SALIF DIALLO DOIT APPRENDRE A ETRE AUSSI GRAND EN DEHORS DE L’ETAT QU’IL L’ETAIT AU-DEDANS
MAIS COMMENT ?

Qu’on ait de la haine pour le lourdé au point de le comparer à Don Salluste qui dans le célèbre film « La folie des grandeurs » construisait sa fortune en édifiant impitoyablement celle de son roi ou qu’on éprouve du respect pour lui jusqu’à le comparer au fidèle et désintéressé Alpha Yaya qui a tenu à ce qu’on l’enterre aux côtés de son maître Samory Touré, Salif Diallo aura une place à part dans l’histoire de notre pays en tant qu’architecte et templier émérite de la Maison Compaoré. Il a parié, comme jamais auparavant dans ce pays, sur la conquête du pouvoir économique, médiatique, diplomatique, pour conforter le pouvoir d'Etat à son plus haut niveau de l’exercice et là, il a agi sans état d’âme, souvent même à la limite de l’incontrôlabilité du chef de l’Etat lui-même dont il était le mandataire. C’est tout dire. Ses qualités reconnues par Blaise Compaoré lui-même, doivent aussi être appréciées à cette aune de l’ambivalence de l’homme, capable comme la langue d’Esope, du pire comme du meilleur.

Salif Diallo (Photo d'archive)

Blaise Compaoré (Photo d'archive)
Cependant, un homme ne mérite sa réputation d’homme d’Etat qu’autant qu’il sait rester égal à lui-même dans l’adversité comme dans la félicité. C’est le défi qui est actuellement lancé, pour la première fois, à Salif Diallo au moment où après quelques supputations et hésitations, l’éviction semble vouloir s’imposer comme étant la justification du chemin de croix qu’il entame après tant d’années de compénétration dans l’exercice du pouvoir aux côtés de Blaise Compaoré.

Quelles sont maintenant les options qui s’offrent à lui alors qu’ayant perdu les aspérités, les marchepieds et les armes de la puissance publique, il pourrait avoir, sait-on jamais, à faire face aux foudres de l’Etat ? Il a le choix entre deux alternatives : l’affrontement ou la résignation alors que Blaise Compaoré pourrait à ce qu’on dit, le considérer comme un obstacle à la connexion du pays avec la bonne gouvernance, obstacle à garder en quartier d’isolation.

LE CHOIX DE L’EPREUVE DE FORCE

Salif Diallo peut continuer jusqu’au bout du défi dont on l’accuse.

Il y a dans l’opinion, des signes qui le pousseraient vers des formes de radicalité. Le manque d’opposition expressive et cohérente qu’il a lui-même voulu avec acharnement crée paradoxalement un besoin d’opposition. Des yeux de Chimène lui sont lancés pour qu’il soit le Mustapha Niasse -ou mieux le Raila Odinga- qui venge le peuple des perpétuelles infidélités dont il est victime de la part du pouvoir. Beaucoup voudraient aussi convaincre qu’il a été victime d’une sanction ethnique faite d’ingratitude au regard de ses précieuses années de vie consacrées aux prix de 1000 risques, à la construction et à la fortification de leur imprenable citadelle. Parmi ces derniers, il y a la cohorte de tous ceux que l’ancien ministre d’Etat a façonné au multiple plan politique, économique, diplomatique, militaire… C’est dans leurs rangs qu’on parle le plus de révolte, de sédition, de coup d’Etat jusqu’à la déraison !

Mais parmi ceux qui veulent tirer profit de la disgrâce de l’ancien N° 2 du régime pour la mettre en bouture avec leurs propres visées, il y a des mécontents, des opposants « maison » que Salif Diallo a artificiellement imposés par la gonflette électorale pour les substituer aux vrais opposants. Ils ne cracheraient pas sur un « banco » porteur de dividendes et de promotions réciproques. Leurs clins d’œil sont aussi désespérés.

L’homme de Ouahigouya, pressé de toutes parts, serait prêt à ce qu’on dit, à cracher ses vertes vérités, advienne que pourra ! Il pourrait se persuader lui-même que tout est perdu sauf l’honneur et opter d’assumer pleinement les conséquences des convictions qu’on lui prête pour que nul n’en ignore plus : il est contre la monarchie élective, contre la promotion de personnes n’ayant pas contribué à l’essor du parti et du régime, contre l’ingratitude, contre la vie chère… Il se mettrait à la disposition du peuple avec lequel du reste on le dit en phase.

LE CHOIX DE FAIRE LE DOS ROND


Toutefois, le fier mais avisé Yadga peut opter de faire le dos rond et de puiser dans son énorme expérience d ’homme d’action et d’anticipation, de manoeuvrier, les recettes pour se faire regretter, et après pénitence, être ramené sinon sur le pavois à la place de Tertius Zongo, au moins à sa sinécure perdue, ou bien (c’est toujours bon à prendre) en placement dans une ambassade.

Tertius ZONGO
Les considérations qui peuvent le pousser à cette option sont de plusieurs ordres. Rien ne dit qu’au jeu de l’épreuve de force, il pourrait sortir gagnant. De ce point de vue, ni sa supposée fortune, ni ses relations ou les secrets qu’on lui prête, ne peuvent constituer des cartes suffisamment fortes pour faire mordre la poussière à son mentor. Si tel était le cas, les affaires angolaise, libérienne…

auraient eu amplement le temps d’y pourvoir et à tout le moins, Blaise Compaoré serait actuellement sur le banc des accusés, aux côtés de Charles Taylor à La Haye. Quant aux affaires Norbert Zongo et Thomas Sankara dont on dit qu’il pourrait, par dépit, les réactiver, la lecture réaliste des données de la vie nationale et internationale devrait enseigner plus de sérieux et moins d’angélisme et de populisme à bien des acteurs. Finalement, il y a, en regardant les choses d’un peu plus haut, des risques qu’en osant brandir ces cartes dont on parle tant avec des détails chaque jour renouvelés, Salif Diallo ne tombe dans la trappe qu’on pourrait lui avoir préparée. Il doit le savoir comme il doit savoir ce que valent ces commisérations et autres gestes de sympathies qui affluent actuellement vers lui à gogo. D’abord, elles peuvent fondre comme beurre au soleil : l’infortune des hommes distend incroyablement les fidélités les plus trempées et clairseme encore plus celles des courtisans, par nature volages.
ensuite, ces gestes ne suffiront pas à contrebalancer le poids de la volonté de revanche de nombre de ceux qu’il a brimé, humilié… au sein de l’opposition, du pouvoir, des opérateurs économiques, des militaires… Son caractère entier se formalisant peu du droit, de la contradiction, a en effet causé bien des ravages et constitué contre lui, une coalition informelle qui pourrait aujourd’hui contribuer à rendre encore plus difficile sa traversée du désert.

SALIF DIALLO, FREIN A LA BONNE GOUVERNANCE ?

Le chef de l’Etat, après avoir profité des audaces de son homme toujours prêt à tout faire, semble ressentir durement maintenant le retour de manivelle des initiatives hors normes de Salif Diallo. La gouvernance laisse à désirer, la démocratie s’est beaucoup asséchée parce qu’elle n’est plus irriguée par le dialogue démocratique, parce que la concurrence a déserté de la politique et de l’économie en même temps que les vrais contre-pouvoirs de la société civile et de l’opposition significative ont été laminés grâce à la systématisation des prises de monopole. Dans tout cela, les responsabilités sont partagées mais la part de Salif Diallo est loin d'être négligeable. Cela pèse sur le régime et sur la nature de la gouvernance.

Et les bailleurs de fonds s’en font l’écho de façon négative en demandant, fait nouveau, une reconstruction de la démocratie, une remise à niveau de la gouvernance, un retour de l’Etat dans le droit. Même s’il a été le principal bénéficiaire des œuvres de Salif Diallo, Blaise Compaoré pourrait en être arrivé, 20 ans après, au stade où il a dû faire des choix certes cornéliens mais qu’il est décidé à défendre envers et contre tout pour sortir définitivement de l’Etat d’exception dans lequel il s’est longtemps complu. Manipulateur d’hommes et de sentiments, il sait que rien ne motive autant les femmes, les hommes comme les foules que l’envie, la convoitise, la jalousie, la vengeance… Il pourrait tranquillement être en train d’acculer Salif Diallo à franchir le rubicond pour le jeter en pâture à ceux dont il a brisé les ambitions. Ils en feraient une charpie sans qu’il ne soit besoin de passer par les armes de l’Etat ou ces méthodes expéditives dont on parle tant !

L’ancien numéro 2 sait ce qu’on peut faire quand on a en main les manettes de l’Etat. Il a trop vécu, trop suscité des situations du genre pour, maintenant qu’il est dans l’œil du cyclone, faire une confiance aveugle aux thuriféraires qui le poussent, chaque jour que Dieu fait, à montrer de quoi est capable un digne Yadga offensé dans son honneur ! Dès lors, l’homme pourrait entre les deux options, choisir la moins périlleuse surtout que, par nature, s’il a toujours fait montre d’audace et d’anticipation, il n’a jamais magnifié la témérité ni eu une vocation à figurer au martyrium ; il sait même, comme personne, faire le mort, avaler les couleuvres les plus grosses, exécuter de terribles écarts de jambes pour sauver l’essentiel. Salif Diallo se rendant à Canossa avec le secret espoir de se refaire en activiste invétéré, une santé politique comme le joueur accroc déplumé retourne à la table de jeu pour se refaire une santé financière, c’est (il ne faut pas s’y tromper) dans l’ordre du possible !

 

VT






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