Mise à jour le 30/03/2008
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San Finna N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

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DISCOURS DU PREMIER MINISTRE SUR LA SITUATION DE LA NATION
APPRECIATIONS CONTRASTEES

Que du beau monde ce jeudi 27 mars 2008 à l’Assemblée Nationale ! Normal : après ces émeutes, la mise à l’écart de Salif Diallo et d’une manière générale, le mécontentement populaire qui ne retombe pas, on avait soif d’entendre le premier Ministre. Après avoir comme le chef de l’Etat, choisi de faire la grève de la parole et de laisser jouer les seconds couteaux aller au charbon, il allait sortir de son mutisme. Il a parlé et pour ceux qui étaient venus pour l’entendre dire son fait à tous ceux qui lui mettent les bâtons dans les roues et faire des propositions concrètes de sortie de crise, le désenchantement risque d’être

Tertius ZONGO devant la représentation nationale
(Photo Sidwaya)
au rendez-vous. Par contre, pour ceux qui apprécient à sa juste valeur la situation que vit le pays, les efforts monstres qu’il faut déployer pour les sortir de l’ornière, le jugement a des chances d’être plus clément, concluant qu’il faut donner un « rab » de temps à Tertius Zongo (arrivé à un moment critique au plan international et national) pour préserver l’essentiel.

LE DISCOURS VU DU COTE DE CEUX QUI MANIFESTENT LEUR DECEPTION

Beaucoup de députés, d’invités et de visiteurs ne seront pas longtemps restés connectés avec le propos du premier Ministre tellement il a été long. Le même sentiment se vérifiera au niveau de nombre de téléspectateurs et d’auditeurs. Pour le fond des sujets abordés, on relèvera que c’est la part congrue qui a été réservée aux questions brûlantes de l’heure. Tertius Zongo n’a fait qu’effleurer le problème des émeutes sans chercher à en détecter les causes profondes. Le départ de Salif Diallo a été strictement ignoré.

Au moment où les grèves et les manifestations sont toujours programmées, ces impasses ne sont pas faites pour emballer et ce n’est pas en appréciant favorablement la croissance, la maîtrise de l’inflation, la bonne tenue des finances publiques et en prenant l’engagement de continuer les privatisations, que Tertius Zongo s’arrachera des vivats. Ne parlons pas de l’adhésion au Mécanisme d’Evaluation par les Pairs, dont beaucoup s’en taperont certainement !

Le premier Ministre considère que tout va bien, que le dialogue existe au plan national entre acteurs de la société civile et politique et que la complicité institutionnelle, républicaine, est de rigueur. Faux ! Le dialogue démocratique a foutu le camp à la faveur de la rupture des équilibres qui gouvernent la démocratie concurrentielle. Quant à la complicité républicaine, elle confine à la complicité coquine en enrayant le système de contrôle dont doit être porteuse la différenciation des institutions de l’Etat.

Au plan des politiques sectorielles, on ne voit pas une volonté de secouer le cocotier sinon que des régressions par rapport à sa Déclaration de politique générale du 4 Octobre 2007.

Il avait dit alors : « ..le Burkina Faso n’a pas à rougir de ses performances, au demeurant remarquables : presque 6% de taux de croissance réelle par an depuis dix ans ! La pauvreté a reculé de 46,4 % en 2003 à 40.8 % en 2006». Or, ce 27 mars 2008, il relèvera qu’en matière de pauvreté, nous sommes passés de 46.4 % en 2003 à 42.6 % en 2007. La pauvreté a donc augmenté de près de 2 % entre 2006 et 2007 mais cela n’est pas ressorti de son discours !

Des promesses avaient été faites par rapport à la filière coton (l’assainissement de sa situation financière, la promotion de sa transformation au plan local et sous régional). A l’Assemblée, on a fait l’impasse sur ces dernières en mettant plus l’accent sur les appuis qu’on a dû apporter au secteur pour éviter le « naufrage ». Il y a aussi, grosse déception pour les anti-ogémistes mais pas pour Monsanto que, sans tenir compte des multiples mises en garde au niveau du coton génétiquement modifié, le premier Ministre a dit qu’il y aura sa « vulgarisation à grande échelle en milieu paysan ».

Qu’en est-il de la filière riz ? Là aussi, les promesses n’ont pas été au rendez-vous et on n’a plus reparlé des avancées relativement à l’objectif de 800.000 tonnes d’ici fin 2015.

Quid du Projet Samandéni ? Rien comme s’il y avait problème avec ce projet !

Au niveau commercial, on retiendra surtout que la promesse faite de proposer dans « chaque domaine d’activité un contrat de confiance et de partenariat au secteur privé » semble avoir été renvoyé aux calendes grecques.

Où en est-on alors de « la promotion d’une couverture sociale adaptée aux acteurs du secteur informel ; - la création d’une mutuelle nationale de santé des travailleurs du privé et du public ; - la restructuration du programme national d’appui à la réinsertion des travailleurs déflatés (PNAR-TD), par la création d’un fonds qui prendra en charge les travailleurs licenciés et les retraités… » annoncées en octobre 2007 ? Mystère et boule de gomme !

En 2007, il était aussi question d’ « achever la construction de la gare routière et du port sec de Bobo Dioulasso ». Le premier Ministre a parlé, en 2008, de la « poursuite de la réalisation du port sec de Bobo-Dioulasso ». Manifestement, on avait parlé un peu trop vite d’achèvement !

Autre chose ! Quand on lit dans les Annexes du Discours du 28 mars 2008 qu’1 milliard de FCFA a été dépensé au titre des secours d’urgence pour les 110.000 personnes victimes d’inondations pour la gestion de cette crise, on ne peut qu’être perplexe quand on sait tous les dons dont a bénéficié le pays !

En raison de toutes ces réserves et impasses, on peut dire que pour une catégorie de Burkinabé, le discours n’aura pas été à la hauteur !

LE DISCOURS VU DU COTE DE CEUX QUI DEMANDENT ENCORE A VOIR

Dans l’opinion, il y en a aussi qui pensent qu’en moins d’un an, on ne peut pas avoir des résultats tangibles à une politique de réformes engagée dans des conditions difficiles. Tertius Zongo est arrivé au pire moment puisque le pays fait face à une double conjoncture nationale et internationale des plus défavorables. Alors, à ceux qui disent qu’il n’avance pas comme il le faudrait et qu’il a même échoué, lui qui est tiré à hue et à dia par l’opposition et la mouvance présidentielle, pourrait rétorquer comme le premier Ministre Issouf Conombo sous la 3ème République, à qui on faisait le même reproche moins d’un an après sa nomination que le simple fait de rester encore debout (alors que l’UNDD lui tire à tout rompre le pied à droite et que le FPV en fait de même sur le gauche) est en soi une prouesse.

En tout cas, à sa décharge, le pays n’a pas sombré depuis qu’il a été nommé premier Ministre. C’est vrai qu’il y a eu des émeutes, que la discorde s’est accusée dans le gouvernement mais la croissance est restée positive et l’on n’a pas rejoint le Soudan, le Tchad, le Kenya, bref le lot de ces pays où l’on s’étripe à qui mieux-mieux.

Comme l’a dit le premier Ministre, sur les dossiers les plus chauds de l’heure, le gouvernement est loin d’être resté les bras croisés : vente de céréales à des prix sociaux dans les zones déficitaires, « campagne de vaccination de masse réactive et gratuite » pour ce qui concerne l’épidémie de méningite avec renforcement des stocks en médicaments…

Quant au programme politique du chef de l’Etat, il n’y a pas à se plaindre. Au niveau des collectivités territoriales, la décentralisation va son petit bonhomme de chemin. Pour ce qui est de la défense et de la sécurité, les attaques sont en baisse et la couverture sécuritaire s’est accrue de 5 %. La justice, elle, enregistre un renforcement de ses capacités opérationnelles alors que la réforme de l’administration progresse au point que le Burkina Faso accepte sans crainte le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs.

Au niveau des finances publiques, RAS ! Le pays continuera tranquillement ses réformes notamment en ne relâchant pas son programme de privatisations. Quant aux secteurs tels que l’éducation, la santé, pour ne citer que ceux-là, le premier Ministre a fait l’inventaire de tout ce qui a été réalisé en 2007 et tout va bien, Madame la Marquise !

C’est cette maîtrise de la gouvernance qui permet d’atténuer les chocs externes et de maintenir le taux de croissance du PIB à 4 % en maîtrisant l’inflation.

Mais au total, s’il y a des déçus, des réservés et des approbateurs, reconnaissons que ce message du premier Ministre ressemble plutôt aux messages habituels des premiers Ministres de la 4ème République : ce n’est pas tout en eau de rose mais on ne peint jamais le tableau en noir même pas en gris. La seule différence avec Tertius Zongo, c’est que si le décor est toujours le même, l’auditoire a changé. Il est composé de gens qui ne veulent plus s’en laisser conter et dont les impatiences sont mises à rude épreuve. Il y a aujourd’hui une crise qui se consolide et les jours qui viennent sont annonciateurs de grèves et de manifestations. Il faut espérer que le premier Ministre se donne les moyens pour sortir du convenu afin d’aborder les vrais problèmes de fond qui l’interpellent. Sinon, on risque d’avoir des surprises désagréables au moment où son temps de grâce risque de finir !

CY/VT






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