JOURNEE
NATIONALE DE PARDON
LE DEBAT EXISTENTIEL CONTINUE
Lorsqu’on
se remémore le contexte qui a marqué
la célébration de la Journée
nationale de pardon (JNP) le 30 mars 2001, les sommes
dépensées, la mobilisation sans précédent
qui dans ce même lieu du Stade du 4 Août
a réuni en qualité de témoins
et de caution, les anciens présidents, les
hiérarchies supérieures des confessions
religieuses, le Mogho Naaba, les présidents
d’institutions, les responsables de partis politiques
et de la société civile, on se dit que
cette espérance a été au fil
du temps, dilapidée par la trahison faite au
serment prononcé ce jour-là. Serment
qui portait sur le renoncement à rééditer
les erreurs du passé, à en finir avec
l’impunité, la corruption, le sang versé,
les violations de la constitution, les ingérences…,
matérialisé par un « Plus jamais
ça !» des plus solennels, pour refonder
la démocratie et donner des assises consensuelles
solides à la gouvernance nationale.
La journée qui devait célébrer
la fête des fêtes, celle de la réconciliation
du peuple avec lui-même, s’efface petit
à petit sans bruit du paysage pour se cacher
aux yeux du public, comme un adultère coupable.
Voilà encore une occasion que les forces immanentes
(qui n’ont jamais abandonné le Burkina
Faso) lui ont donnée et qui n’a pas été
exploitée à bon escient puisqu’elle
tombe désespérément en quenouille,
n’offrant que le ridicule pour ceux qui envers
et contre tout, persistent à la célébrer
alors qu’elle s’est vidée de tout
le suc qui en donnait toute la saveur.
Nous avons demandé à quelques Burkinabé
de se prononcer sur la JNP : «Faut-il conserver
en l’état la célébration
du 30 mars, la supprimer ou la revoir, et pourquoi
? ».
Réponses.
Bernard
OUEDRAOGO, Etudiant : «Demandez à
10 Burkinabé à Ouagadougou de mon âge
; peut-être 2 seulement vont expliquer exactement
ce que veut dire la JNP. Ca signifie que la mayonnaise
n’a pas pris et qu’il faut en tirer la
conclusion en la supprimant. On va au moins économiser
».
Mme
Martine ZONGO, « Femmes en noir du Faso »
: «On peut garder la Journée nationale
de pardon mais sauf si on fait ce qu’on devait
faire et qu’on n’a pas fait : juger les
dossiers Norbert Zongo, Thomas Sankara. Les familles
n’ont pas refusé le pardon. Elles demandent
seulement la vérité et la justice. Elles
n’ont pas tort car si on doit pardonner, il
faut d’abord qu’on connaisse qui nous
a fait du mal. Or, jusqu’à présent,
on ne sait pas ».
Abdul
Fataph SAVADOGO, Responsable de l’UNDD :
« Moi je serai d’avis qu’on exerce
des pressions sur le pouvoir pour qu’il respecte
les termes de son serment initial. Et je pense que
l’occasion est toute trouvée avec le
climat qui pèse en ce moment sur le pays et
qui amène la majorité des Burkinabé
à demander un changement dans les mécanismes
de notre gouvernance et dans la qualité des
hommes qui nous gouvernent. Si nous avons encore des
patriotes à la tête de l’Etat,
ils devraient accéder à ce besoin de
changement collectif et le faire précéder
par un signal fort. Ca pourrait être la réhabilitation
de la Journée de pardon et ça consisterait
à purger tous nos cabinets d’instruction,
toutes nos instances de jugement dont les rôles
sont engorgés par des fausses procédures
engagées pour des raisons politiques. Ca pourrait
consister, comme le suggère Me Hermann Yaméogo,
en des mesures favorables à tous ceux qui ont
été injustement inculpés, incarcérés
ou condamnés à purger des peines de
prison. Ce qui est ici visé, ce sont des situations
aussi éclatées que celles faites à
Ouali et à Naon, victimes d’un complot
surréaliste, à Noël Yaméogo
qui a passé 6 mois dans les locaux de la Sûreté
et qui est obligé d’aller pointer tous
les mois au Cabinet du juge d’instruction dans
le cadre d’un dossier vide, à Nana Thibaut
et à tous ceux qui ont été arrêtés
à la faveur des dernières émeutes
et condamnés dans le mépris des responsabilités
encourues par le pouvoir, à Clément
Ouédraogo détenu à la MACO et
dont la seule faute est de vouloir défendre
ses droits de militaire à la retraite et de
libre citoyen. Une amnistie générale
portant sur les procédures dont sont frappés
ces individus et bien d’autres pourrait être
un signal qui prédispose à ce dialogue
si nécessaire que j’espère voir
instaurer ».
CY