San
Finna N°457 du
31 Mars au 06 Avril 2008 "Il
n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais
il n'est de Liberté sans capacité de refus"
VISITE
IVOIRIENNE DE JACK LANG
UN PRECHE POUR LA REPARATION
Même
si Nicolas Sarkozy n’aime pas la repentance,
encore que sur la question son appréciation
soit à géométrie variable,
pour ce que la Côte d’Ivoire et la France
ont partagé et partagent encore en commun
en termes de liens politique, économique,
culturel, de sang, il est sage de revisiter le passé
récent de leurs relations pour réparer
ce que l’esprit malin et les incompréhensions
ont pu causer comme torts. C’est ce que Jack
Lang pour sa part s’est engagé à
réaliser pour le compte des Socialistes en
effectuant une visite en Côte d’Ivoire
qui ne manquera pas d’avoir de la résonance
en raison du principe même de l’initiative
et des mots forts qu’il y a prononcés.
Exemples. Quand on lui a demandé ce qu’il
pensait des grands travaux entrepris par le président
ivoirien, pendant que son pays est en crise, son
propos a été d’une telle élévation
qu’il est à inscrire dans le marbre
de l’histoire : « Prenons l’exemple
de ce que nous avons fait au Louvre à Paris.
On a fait un investissement énorme, énorme.
A l’époque, on a été
très attaque. A cette époque, il y
avait une crise aussi : elle n’était
pas militaire mais financière. Je me souviens
de cette belle parole de Mauroy : ‘Protégez
les budgets de la culture, de l’éducation
et de la recherche. Quand il y a crise, il faut
laisser allumées quelques lumières.
Yamoussoukro, c’est la lumière du futur
»…
Laurent
Gbagbo et Jack Lang
Appréciant l’avancée des travaux
de l’Assemblée nationale
(Photo : Honoré Koblavi)
« On attend d’un chef d’Etat
qu’il prépare le fut, qu’il ne
soit pas seulement le gestionnaire du court terme…
Il faut donner à un pays ou à une
nation des horizons plus lointains pour se projeter
vers le futur. Quand une nation a un futur, elle
est plus créative, plus productive, plus
inventive. Avec le Président Gbagbo, je me
sens en harmonie, en connivence, en synchronie,
en résonance. J’aime les gens comme
lui qui sont à la fois patriotes et qui ont
le sens de l’Etat ». On croit rêver
quand on pense aux crucifixions quotidiennes dont
le président ivoirien était
l’objet
dans les capitales du monde et via les médias
les plus prestigieux, quand on pense qu’il
fut un temps de braise où l’on courrait
le risque sinon d’être dénoncé
au grand Inquisiteur en tout cas d’être
couvert de l’anathème d’apatride
lorsqu’on osait parler en ces termes de Laurent
Gbagbo.
A une autre question sur le soutien franc dont le président
n’a pas eu droit de la part des Socialistes français
aux temps durs où il en avait le plus besoin, Jack
Lang a également choisi par la puissance de ses
mots, de réparer les torts causés : «
Oui c’est vrai… ce que vous dites, à
l’exception de quelques-uns : Emmanuelli, Josselin
Premièrement, je pense qu’en France même,
il y a eu une énorme manipulation, organisée
par certains médias et le gouvernement sans doute.
Et quelques autres. Quoique de bonne foi, mais ça
n’excuse rien, les socialistes ont été
victimes ou complices de cette manipulation. Il y a également
une grande part de méconnaissance et d’ignorance.
Certains socialistes ont manqué de retenue et de
capacité d’autonomie par rapport à
la manipulation médiatique. Je suis donc venu ici
avec mon ami Jean-Marie Leguen pour rétablir le
pont entre les socialistes français, le Président
Laurent Gbagbo et la Côte d’Ivoire. C’est
le sens de notre mission. On le fera avec conviction et
doigté car le Président Gbagbo est un vrai
homme de gauche qui a le sens de la solidarité.
Il a été confronté à des situations
difficiles sur lesquelles nous allons demander une commission
d’enquête ».
Si Jack Lang a fait ce déplacement historique en
compagnie de Jean-Marie Leguen en Côte d’Ivoire
pour renouer les ponts entre Laurent Gbagbo et les Socialistes,
il faut l’en féliciter. C’est juste
et courageux, c’est réparateur et ça
devrait donner l’idée à Nicolas Sarkozy
qui, au service de la France, rendrait un fier service
à son pays, en acceptant à son tour de rendre
justice à la Côte d’Ivoire pour ce
qu’elle a subi et qu’elle n’aurait pas
dû subir. La repentance, ce n’est pas forcément
une humiliation. Manifestation d’humilité,
de courage et d’honnêteté par excellence,
elle est comme le pardon, au nombre de ces actes qui grandissent
le plus l’être humain !