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L’INTERVENTION
DES FORCES COMORIENNES ET DE L’UNION AFRICAINE
A ANJOUAN VA-T-ELLE AIDER A PLUS DE DEMOCRATIE SUR
LE CONTINENT ?
L’armée
comorienne, soutenue par les unités de l’Union
africaine (UA), a réussi à bouter
hors d’Anjouan Mohamed Bacar, arrivé
au pouvoir en juin 2007, contre l’avis du
gouvernement central et de l’Union africaine,
après avoir organisé des élections
qu’il a remportées, à plus de
90 %. Anjouan revient dans la Fédération
des Comores. Mais cette déposition, qui n’avait
pas réuni l’accord de tous les membres
de l’UA, continue d’entretenir la polémique.
Il y a face à face, ceux qui pensent que
cette action, qui aurait pu se faire à moindres
frais n’aura aucune incidence réelle
sur la bonne gouvernance en Afrique, et ceux qui
soutiennent tout au contraire, qu’il y a là
un acte fondateur qui peut servir en se répétant,
la cause de la bonne gouvernance sur le continent.
Deux sons de cloche.
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CETTE INTERVENTION AURA UN EFFET NUL VOIRE
DESASTREUX DANS L AVENIR
L’Opération
restauration de la démocratie à Anjouan
n’a pas rencontré dès le départ
un consensus au niveau de l’UA. Thabo M’beki
par exemple, y était opposé, qui déclarait
: « Il nous semble qu’il n’y avait
pas besoin d’envoyer des troupes, puisque
le gouvernement des Comores avait pris la décision
de reprendre les élections en mai prochain
». Pourquoi n’avoir pas attendu deux
mois et préparer l’UA, les Nations
Unies à être les garantes d’une
consultation propre ? Pour d’autres conflits,
on attend 5, 10, 20 ans et même à jamais.
Pourquoi cette précipitation quand on sait
que finalement, l’opération a fait
plus de 10 victimes et de nombreux blessés
? Parce qu’on était sûr de ne
faire qu’une bouchée d’Anjouan
et que cela rehausserait le blason de l’UA
? Il y en a qui le pensent comme Jean-Baptiste Placca
qui a ironisé en ces termes : «L’UA
ne prend pas de gros risques, puisque sa cible,
c’est Anjouan, une des trois îles qui
forment l’Union des Comores, dans l’océan
Indien. Un pays minuscule et vulnérable,
alors qu’il y aurait tant de gros poissons
à épingler, ailleurs sur le continent,
pour montrer son réel attachement à
la démocratie », avant de conclure
: «..Il ne faudrait pas que l’Union
africaine se limite à Anjouan. Et on aurait
bien d’autres pays à lui proposer ».
Ou bien l’option a finalement été
imposée parce que certains pays voulaient
jouer les fiers à bras et en profiter au
passage pour décourager toute velléité
du genre chez eux. Ce n’est pas certain qu’à
terme, tous ces calculs soient payants. Si jurisprudence
il doit y avoir, elle risque d’être
négative, invoquée par le syndicat
des chefs d’Etat pour protéger leurs
intérêts et non celui du droit. Les
limites de ce précédent sont déjà
tracées avec le Kenya, le Tchad, le Cameroun,
le Zimbabwe… pour ne citer que ces pays où
la démocratie bat de l’aile, acculant
les peuples à fuir leurs pays pour trouver
ailleurs le pain et la liberté. Personne
ne se berce de l’illusion que l’UA pourra
rééditer l’exploit dans ces
contrées.
TOMI. |
ANJOUAN,
C’EST LE DECLENCHEUR QUI VA FAVORISER LA BONNE
GOUVERNANCE
Il
faut un début à tout et Anjouan peut
être le début d’une certaine
ingérence démocratique de l’UA
en faveur du droit et de la bonne gouvernance. Le
précédent pourrait la ramener à
donner suite aux engagements solennels pris à
Alger contre les coups d’Etat et les maltraitances
démocratiques. On peut suspecter les chefs
d’Etat africains de vouloir faire un usage
sélectif et intéressé de cette
forme d’interventionnisme mais il ne faut
pas négliger l’éveil des masses
africaines qui défient jusqu’aux pouvoirs
les plus autoritaires. Il y a aussi cette évolution
nouvelle qui conduit les ONG et bien de bailleurs
à être plus regardants sur les gouvernances
africaines, à être moins complaisants
avec les régimes oppressifs du continent.
La conjugaison de ces deux phénomènes
ne peut pas être totalement ignorée
par les dictateurs. Anjouan peut être une
solution de sauvegarde pour les Africains pour garder
la main et donner la mesure de leur engagement à
rentrer dans le jeu de la bonne gouvernance. Anjouan
peut être aussi attrayante pour les partenaires
techniques et financiers qui n’aiment rien
moins qu’envoyer leurs troupes aller casser
la pipe sur le continent. Ils pourraient, contre
des soutiens, laisser les Africains faire le sale
boulot. C’est un peu dans ce sens du reste
qu’argument certains quotidiens français
comme Libération et Le Monde qui disent que
: « l’Union africaine, critiquée
pour son inefficacité à résoudre
les crises du Darfour et de la Somalie, entend faire
la preuve qu’elle est capable de trouver des
solutions africaines aux problèmes africains
». Cette intervention devait se faire surtout
que ce sont les mêmes qui ont la dent si dure
contre l’UA qui auraient encore décoché
des flèches sur son incapacité à
venir à bout du dictateur aux petits pieds
de l’Ile d’Anjouan. On aurait ici donné
de l’eau au moulin de ceux qui en sont arrivés
à préconiser d’en finir tant
qu’à faire avec cette coquille vide
qui fait beaucoup plus de mal que de bien ! Maintenant,
une autre jurisprudence se dessine. Si demain, la
France qui a aidé au transport des troupes,
était sollicitée pour une intervention
du genre au Tchad, au Gabon…, on ne comprendrait
pas qu’elle applique la politique de «
deux poids deux mesures » !
TOZI.
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