Mise à jour le 30/03/2008
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San Finna N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

Deux sons de cloche

L’INTERVENTION DES FORCES COMORIENNES ET DE L’UNION AFRICAINE A ANJOUAN VA-T-ELLE AIDER A PLUS DE DEMOCRATIE SUR LE CONTINENT ?

L’armée comorienne, soutenue par les unités de l’Union africaine (UA), a réussi à bouter hors d’Anjouan Mohamed Bacar, arrivé au pouvoir en juin 2007, contre l’avis du gouvernement central et de l’Union africaine, après avoir organisé des élections qu’il a remportées, à plus de 90 %. Anjouan revient dans la Fédération des Comores. Mais cette déposition, qui n’avait pas réuni l’accord de tous les membres de l’UA, continue d’entretenir la polémique. Il y a face à face, ceux qui pensent que cette action, qui aurait pu se faire à moindres frais n’aura aucune incidence réelle sur la bonne gouvernance en Afrique, et ceux qui soutiennent tout au contraire, qu’il y a là un acte fondateur qui peut servir en se répétant, la cause de la bonne gouvernance sur le continent. Deux sons de cloche.

CETTE INTERVENTION AURA UN EFFET NUL VOIRE DESASTREUX DANS L AVENIR

L’Opération restauration de la démocratie à Anjouan n’a pas rencontré dès le départ un consensus au niveau de l’UA. Thabo M’beki par exemple, y était opposé, qui déclarait : « Il nous semble qu’il n’y avait pas besoin d’envoyer des troupes, puisque le gouvernement des Comores avait pris la décision de reprendre les élections en mai prochain ». Pourquoi n’avoir pas attendu deux mois et préparer l’UA, les Nations Unies à être les garantes d’une consultation propre ? Pour d’autres conflits, on attend 5, 10, 20 ans et même à jamais. Pourquoi cette précipitation quand on sait que finalement, l’opération a fait plus de 10 victimes et de nombreux blessés ? Parce qu’on était sûr de ne faire qu’une bouchée d’Anjouan et que cela rehausserait le blason de l’UA ? Il y en a qui le pensent comme Jean-Baptiste Placca qui a ironisé en ces termes : «L’UA ne prend pas de gros risques, puisque sa cible, c’est Anjouan, une des trois îles qui forment l’Union des Comores, dans l’océan Indien. Un pays minuscule et vulnérable, alors qu’il y aurait tant de gros poissons à épingler, ailleurs sur le continent, pour montrer son réel attachement à la démocratie », avant de conclure : «..Il ne faudrait pas que l’Union africaine se limite à Anjouan. Et on aurait bien d’autres pays à lui proposer ». Ou bien l’option a finalement été imposée parce que certains pays voulaient jouer les fiers à bras et en profiter au passage pour décourager toute velléité du genre chez eux. Ce n’est pas certain qu’à terme, tous ces calculs soient payants. Si jurisprudence il doit y avoir, elle risque d’être négative, invoquée par le syndicat des chefs d’Etat pour protéger leurs intérêts et non celui du droit. Les limites de ce précédent sont déjà tracées avec le Kenya, le Tchad, le Cameroun, le Zimbabwe… pour ne citer que ces pays où la démocratie bat de l’aile, acculant les peuples à fuir leurs pays pour trouver ailleurs le pain et la liberté. Personne ne se berce de l’illusion que l’UA pourra rééditer l’exploit dans ces contrées.


TOMI.

ANJOUAN, C’EST LE DECLENCHEUR QUI VA FAVORISER LA BONNE GOUVERNANCE

Il faut un début à tout et Anjouan peut être le début d’une certaine ingérence démocratique de l’UA en faveur du droit et de la bonne gouvernance. Le précédent pourrait la ramener à donner suite aux engagements solennels pris à Alger contre les coups d’Etat et les maltraitances démocratiques. On peut suspecter les chefs d’Etat africains de vouloir faire un usage sélectif et intéressé de cette forme d’interventionnisme mais il ne faut pas négliger l’éveil des masses africaines qui défient jusqu’aux pouvoirs les plus autoritaires. Il y a aussi cette évolution nouvelle qui conduit les ONG et bien de bailleurs à être plus regardants sur les gouvernances africaines, à être moins complaisants avec les régimes oppressifs du continent. La conjugaison de ces deux phénomènes ne peut pas être totalement ignorée par les dictateurs. Anjouan peut être une solution de sauvegarde pour les Africains pour garder la main et donner la mesure de leur engagement à rentrer dans le jeu de la bonne gouvernance. Anjouan peut être aussi attrayante pour les partenaires techniques et financiers qui n’aiment rien moins qu’envoyer leurs troupes aller casser la pipe sur le continent. Ils pourraient, contre des soutiens, laisser les Africains faire le sale boulot. C’est un peu dans ce sens du reste qu’argument certains quotidiens français comme Libération et Le Monde qui disent que : « l’Union africaine, critiquée pour son inefficacité à résoudre les crises du Darfour et de la Somalie, entend faire la preuve qu’elle est capable de trouver des solutions africaines aux problèmes africains ». Cette intervention devait se faire surtout que ce sont les mêmes qui ont la dent si dure contre l’UA qui auraient encore décoché des flèches sur son incapacité à venir à bout du dictateur aux petits pieds de l’Ile d’Anjouan. On aurait ici donné de l’eau au moulin de ceux qui en sont arrivés à préconiser d’en finir tant qu’à faire avec cette coquille vide qui fait beaucoup plus de mal que de bien ! Maintenant, une autre jurisprudence se dessine. Si demain, la France qui a aidé au transport des troupes, était sollicitée pour une intervention du genre au Tchad, au Gabon…, on ne comprendrait pas qu’elle applique la politique de « deux poids deux mesures » !



TOZI.

Citation de la semaine

«La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds »

Bertolt Brecht






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