Mise à jour le 30/03/2008
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San Finna N°457 du 31 Mars au 06 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

LA VIE CHERE AU CŒUR DES « NON LOTIS »

Vie chère rime avec galère, mais surtout misère pour les couches sociales les plus fragilisées de notre pays. Pour en avoir le cœur net, petit tour au cœur d’un quartier non lotis de Ouaga, où ses habitants, loin de céder au désespoir, racontent un quotidien difficile qu’ils affrontent la tête haute.

Personne à Ouaga n’ignore les non lotis. Tout le monde connaît l’existence de ces quartiers qui s’étendent indéfiniment à la périphérie de la capitale. Ces kilomètres de maisons construites en banco, faites de briques taillées à la va-vite dans la terre sèche. Des tôles posées à même les murs pour les plus chanceux, de la paille en guise de protection pour les autres. Une zone qui ne bénéficie d’aucune infrastructure : ni eau, ni électricité. Ses habitants viennent de tout le Burkina : des villageois ayant déserté leurs champs pensant pouvoir trouver de quoi nourrir leur famille en ville, des citadins exerçant des petits boulots et ne pouvant affronter la hausse des prix de l’immobilier au centre de Ouagadougou, ou encore des petits malins qui se sont rapidement appropriés une parcelle en attendant que le quartier soit viabilisé. Bref, tous ceux que la précarité repousse aux marges de la capitale. Une rencontre avec ses habitants permet de comprendre jusqu’où la vie chère peut compromettre leur quotidien déjà difficile.

Quelle n’a pas été notre surprise lorsqu’en avançant entre les ruelles des non lotis nous sommes tombés nez à nez avec un panneau : Blanchisserie de luxe. Au fond d’une cour caillouteuse, le fameux blanchisseur de luxe et son petit frère sont plongés dans une lecture attentive de la Bible en attendant un éventuel client. Une petite maison en banco abrite les deux frères dont le plus grand, Isaac Tiemtoré, est étudiant en anglais à l’Université de Ouagadougou. Il est surpris de notre visite et peine à trouver les mots lorsqu’on lui parle de vie chère. Non par timidité ou manque d’éloquence mais par dignité. Le jeune homme vient du village de Toécé, et malgré ses maigres sous, il peut se vanter de joindre les deux bouts grâce à son petit pressing. Il concède que « la vie est dure à Ouaga, surtout depuis cette inflation des prix des marchandises.

Vue d’un « Non loti »
Un produit qui coûtait 100 Francs il y a moins d’un an vaut pratiquement le double aujourd’hui. » Une situation qu’il dit gérer correctement, « grâce à Dieu », souligne-t-il, et au Restaurant Universitaire nous confiera-t-il plus tard. Les deux frères étant actuellement en congé, ils en profitent pour « chercher un peu d’argent ». Quelques jetons qui leur permettront de payer du charbon pour leur thé, et le nécessaire pour survivre : nourriture, eau, savon.

A quelques mètres de là, des ouvriers creusent sous le soleil. Entre les baraques, ils assemblent de la terre pour en faire des briques que les habitants, sans cesse plus nombreux, achètent 15 Francs CFA afin de monter leur propre toit. A voir l’étendue de la surface dépouillée, on en déduit que les non lotis sont loin d’arrêter de s’étendre. Reste à espérer que les prochaines pluies ne viendront pas ici ramasser des masses de boue qui déclencheraient des éboulements de terrain. Les problèmes ne viennent, malheureusement, jamais seuls.

On croise un marché. Presque vide. Des cabanes de banco là encore, à la toiture de paille. Il semble qu’il y ait plus de cabarets, où l’on vient étancher sa soif grâce au dolo, que de vendeuses de fruits et légumes. Ces cabarets où se réunissent généralement les hommes qui peuvent passer la journée à parler de tout et de rien. Souvent entre deux petits boulots, ils sont ouvriers, commerçants, mais surtout vigiles. Les gardiens sont très nombreux à vivre aux non-lotis. Ces hommes qui n’ont l’air de rien sifflant leur « tchapalo » à l’ombre d’un cabaret, mais qui en connaissent long sur les vices et les déboires de nos élites…

De l’autre côté du marché se trouve sous une paillote un panneau annonçant la présence d’une association : l’Association Zaman-Nooma. Des femmes vacant à leurs activités ménagères appellent la présidente. Mamata Kafando a créé cette structure en compagnie de voisines en mars 2007, « quand le contexte est devenu difficile », explique-t-elle. Les enfants se joignent un à un à la conversation. Le regard éveillé, le ventre gonflé, la plupart d’entre eux ont été chassés de l’école, nous expliquera Mamata, faute pour les parents d’avoir payé les frais de scolarité. C’est l’objectif de son association : recueillir un peu d’argent pour venir en aide aux orphelins, aux enfants en difficulté du quartier afin de leur permettre de suivre leur scolarité et de leur remettre un peu de fournitures scolaires. La discussion s’ouvre sur les problèmes quotidiens rencontrés par les familles du quartier : « Il y a de plus en plus de personnes qui passent la journée sans manger, constate-elle. Les enfants subissent le même sort. Il faut qu’ils attendent que leurs parents ramènent un peu d’argent à la maison pour espérer dîner. Sinon ils dormiront le ventre vide. » Le travail se fait rare et les prix augmentent. Les enfants sont les premiers à subir les affres de la vie chère. Ils ne sont plus scolarisés, ils ne mangent pas assez, souvent mal, et ils sont les premiers à tomber malades. Mamata déplore cette situation. Témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie, elle habite ici depuis 18 ans. Autrefois petit village nommé Tabtenga, la zone a été rattrapée par Ouagadougou pour être intégrée au secteur 28. Elle ajoute non sans regrets qu’ « Autrefois la vie valait mieux. Nous cultivions de petites parcelles de terre. Nous avions donc de quoi manger correctement. » Elle et son mari ont déjà pensé vivre ailleurs, dans un village nommé Pélé, mais ils ont renoncé faute d’école au village. « Nous préférons privilégier la scolarité des enfants. Ils sont notre avenir. » Son mari est maçon et ils ont eu ensemble 4 enfants. « Mais il y a encore des familles ici qui ont 6, 8 voire 10 enfants ! » Autant de rejetons auxquels elle souhaiterait assurer une vie décente. « Nous toutes, les femmes du quartier, nous souhaitons travailler. Nous voulons préparer du soumbala et transformer d’autres produits pour les vendre grâce à notre association. » Pour l’instant, malgré leur volonté et leur courage, Mamata confie n’avoir reçu aucune aide extérieure pour son association. Les habitants gèrent seuls. Preuve d’une force et d’une détermination sans faille. Un échantillon d’un quartier qui ne compte que sur lui-même face à la vie chère. Jusqu’à quand ?


Fatoumata Touré






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