San
Finna N°458 du
07 au 13 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus
mais il n'est de Liberté sans capacité
de refus"
SOUS
LES ARBRES, A LA QUETE DU SAVOIR
Le
premier Ministre, Tertius Zongo, inaugurait
cette semaine de nouveaux amphithéâtres
à l’université de Ouagadougou,
dans la liesse générale, sur
fond de djembés et d’applaudissements.
Nous en avons profité pour faire un
tour sur le campus et constater que la clameur
du jour cachait un quotidien moins reluisant.
Le
campus de Ouagadougou compte un peu moins
de 50.000 étudiants, autant de futures
têtes bien pleines qui se partagent
entre la médecine et les sciences juridiques,
en passant par les sciences humaines. Une
véritable richesse intellectuelle pour
notre pays qui se heurte malheureusement à
un cruel manque de moyens. Première
constatation : le manque de places. Malgré
la construction d’amphithéâtres
généreusement offerts par notre
« Guide », Mouammar Kadhafi l’Unique,
les jeunes se pressent et se serrent dès
6 heures du matin devant les salles de cour
pour espérer avoir une place assise.
On retrouvera les retardataires à terre,
les filles ayant étendu leurs pagnes
à même le sol, les garçons
en tailleur, luttant tant bien que mal pour
prendre correctement leurs notes. Des amphis
prévus pour accueillir 1.000 personnes
voient souvent arriver des promotions de plus
de 3.000 étudiants !
Pour faire face à au manque de places,
une partie des cours se passent hors de l’université.
Rendez-vous pris au SIAO où les étudiants
de première et deuxième année
de droit et d’économie remplissent
les hangars en attendant d’être
chassés par la venue d’un prochain
salon. Ils sont certes éloignés
de leurs aînés mais chacun a,
au moins, ici, sa place. Ne reste plus qu’à
s’accrocher lorsque l’on est assis
au fond de la salle pour saisir chacune des
phrases dictées par le professeur.
Les enseignants ne sont pas mieux lotis :
peu et mal payés, ils joignent les
deux bouts en travaillant ailleurs. Résultat,
des plages horaires de 50 heures de cours
par semaine sont amputées et peuvent
tomber autour à 20 heures par semaine.
Au détriment, évidemment, de
la qualité de l’enseignement
dispensé aux étudiants qui restent
les premiers à en pâtir.
Le
premier Ministre a prononcé son
discours en fin de matinée sur
le campus de Zogona, ce jeudi 3 avril
2008. Pendant que les curieux se serraient
en vain pour espérer apercevoir
le chef du gouvernement, les autres
plus pragmatiques, entamaient la longue
quête permettant l’accès
à la nourriture du Restaurant
Universitaire. Une à deux heures
de temps passé à attendre
pour acheter son
Une
partie de la cité universitaire
de Zogona
ticket
à 100 Francs CFA auprès
du CENOU (Centre National des Œuvres
Universitaires), suivie d’une
heure encore d’attente dans la
file du Restaurant. « Le tout
pour manger une nourriture qui ne vaut
pas le riz « par terre »
préparé par les femmes
au bord de la route ! », se moque
Bassirou Koné, étudiant
en licence de sociologie. Toujours le
même problème de place
: une fois le plat en main, il faut
monnayer fort pour espérer se
rassasier assis.
La
Cité Universitaire de Zogona
est la résidence universitaire
située au cœur du campus.
Les étudiants logent ici dans
des chambrettes d’à peine
6 mètres, la place d’un
lit, d’un petit bureau et d’une
étagère. Une promiscuité
théoriquement réservée
à un étudiant mais souvent
partagée par deux, trois voir
cinq personnes. « Ils s’organisent
pour dormir, chacun leur tour »,
explique Bassirou Koné. Mais
le plus contraignant reste les sanitaires.
Bassirou n’y va pas par quatre
chemins : « Les conditions sont
abominables, les douches exécrables
et les toilettes mal entretenues. C’est
sale et ça pue ! En plus, étant
donné que
Monsieur
Koné Bassirou, étudiant
en année de licence sociologie
les
toilettes prévues pour les externes
ne fonctionnent pas, tous les étudiants
du campus viennent se soulager dans
la Cité. » Une réalité
sanitaire révélatrice
du laisser-aller, du manque d’intérêt
porté par les autorités
aux futurs médecins, avocats
et autres intellectuels du Burkina.
Bassirou s’amuse : « Pourtant
aujourd’hui, ils ont nettoyé
et brûlé les ordures pour
la venue du premier Ministre ! »
Malgré leurs efforts, il faut
avouer que les alentours de la Cité
ne sentent pas la rose…
Le long des bâtiments, certains profitent
d’un coin d’ombre, d’une
marche d’escalier, d’un bout de
banc sous les manguiers pour réviser.
Ambiance studieuse. A quelques mètres
de là, autour des kiosques ou dans
la file d’attente pour le restaurant,
ce sont des rires et des conversations animées
qui attirent notre attention. Force de la
jeunesse : malgré les difficultés
d’ordre matériel, règne
la bonne humeur. Les jeunes gens connaissent
leurs problèmes mais ils tiennent à
souligner qu’ils passent de bons moments
à l’université. «
Les meilleures années de nos vies !
» diront certains, l’insouciance
en moins.