Mise à jour le 06/04/2008
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San Finna N°458 du 07 au 13 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"

UTILISATION DES PESTICIDES AU BURKINA :
ETAT DES LIEUX

Le coton, premier produit d’exportation au Burkina est l’objet de maintes attentions, mais également de multiples critiques quant à l’opportunité de sa culture ; en effet les contempteurs de l’or blanc sont de plus en plus sceptiques quant à ses bénéfices supposés ou réels pour les producteurs et l’économie nationale. La dégradation des sols et la probable pollution des eaux de surface et souterraines par l’utilisation massive, régulière et croissante d’engrais minéraux et de pesticides sont citées régulièrement. Ces dernières ont d’ailleurs été la pièce à conviction brandie par les défenseurs du coton Bt pour son introduction. Etat des lieux

Définition, historique et développement des pesticides

« Pesticide » est devenu au XXe siècle le terme générique utilisé pour désigner toutes les substances naturelles ou de synthèse capables de contrôler, d'attirer, de repousser, de détruire ou de s'opposer au développement des organismes vivants (microbes, animaux ou végétaux) considérés comme indésirables pour l'agriculture, l'hygiène publique (par exemple les cafards dans les habitations), la santé publique (les insectes parasites (poux, puces) ou vecteurs de maladies telles que le paludisme et les bactéries pathogènes de l'eau détruites par la chloration), la santé vétérinaire, ou les surfaces non agricoles (routes, aéroports, etc.). Il existe de par le monde près de 100000 spécialités commerciales autorisées à la vente, composées à partir de 900 matières actives différentes. 15 à 20 nouvelles matières actives s'y rajoutent tous les ans. L’importance économique de l’utilisation des pesticides en agriculture n’est plus à démontrer. Autorités sous-régionales, nationales, importateurs et/ou exportateurs, distributeurs, et consommateurs de produits sont directement concernés par la question.

Qu’en est-il de l’utilisation des pesticides au Burkina ?

L’enquête menée à Ouagadougou sur une dizaine de revendeurs de semences maraîchères, d’équipements de traitements et de produits phytosanitaires a révélé que seuls des produits autorisés à l’importation sont sur le marché. Entre autres, du DECIS et du Gramoxone, tous couramment utilisés dans la culture du coton, du maraîchage et pour l’entretien de plantations ornementales en milieu urbain, ou pour le traitement de locaux ou de magasins de stockage. Les plus couramment utilisés sont : Calfos 500, Endosulfan, Lamdex 430, Cypercal, Rocky 500. Le Décis reste le produit le plus utilisé, suivi par l’Ultracide et du


Des maraîchers au Barrage numéro 3 de Ouagadougou
Cypercal. Le risque de voir les produits destinés à la protection du cotonnier mais utilisés en maraîchage pourrait conduire à des situations irréparables. En revanche, l’utilisation biopesticides à base d’extraits de neem (feuilles et graines) à Ouahigouya et à Bobo-Dioulasso, est une initiative locale qui mérite d’être encouragée et faire l’objet d’un programme de recherche-développement en ce qui concerne la Limite Maximale de Résidus (LMR).

Le risque, dans le cadre du commerce mondial, c’est la consommation de pesticides sous forme de résidus et par conséquent, le refus des produits végétaux provenant de notre pays. Sont sur la ligne de mire les fruits et légumes dont la mangue, la tomate, le haricot vert, la pastèque. On se rappelle qu’en 1998, « 103 tonnes de haricot vert ont été rejetées pour non conformité aux normes commerciales, soit 8% de la production commercialisée par l’Union des Coopératives Agricoles et Maraîchères (UCOBAM). L’importateur Italien Il Campino dans son rapport d’analyse (Campionne 9800703 du 30-12-98) avait attiré l’attention de l’UCOBAM d’alors sur certains taux de résidus de pesticides présents dans le haricot vert qui sont 10 fois plus élevés que le taux admissible ». A ce propos, le Laboratoire central de l’ONEA et le Laboratoire National de Santé Publique (LNSP) sont interpellés pour une surveillance accrue par l’application de Bonnes Pratiques de Laboratoire (BPL). Les enjeux des pesticides sont multiples et interdépendants : des enjeux de santé publique, économiques, commerciaux, politiques, scientifiques, techniques.

Malgré l’ampleur et l’acuité des problèmes rencontrés, il n’y a, jusqu’à ce jour, pas de politique nationale de préservation de la santé des consommateurs par un contrôle systématique et rigoureux des résidus de pesticides dans les aliments. Plusieurs ministères sont concernés par l’utilisation des pesticides d’une façon générale. Ce sont les ministères en charge de l’Agriculture, de la Recherche Scientifique, de la Santé, de l’Environnement et de l’Eau, de l’Elevage, du Commerce, de l’Economie et des Finances. La mise en place de la Commission Nationale de Contrôle des Pesticides (CNCP), intervenue le 1er août 2000, devrait permettre une synergie d’action entre les différents acteurs pour une mise en œuvre effective de la législation, avec au premier chef la Direction de la Protection des Végétaux.

Le Burkina est signataire de textes internationaux et sous régionaux. Il a également élaboré des textes législatifs et réglementaires nationaux. Le Plan de gestion des pesticides au Burkina Faso publié en Septembre 2004, dans sa mise en œuvre, devrait être plus regardant sur : les circuits de distribution, les dispositions de stockage et d’élimination (notamment la gestion des emballages vides et le suivi sanitaire des applicateurs), etc. Les conventions internationales ratifiées ou non par le Burkina (Stockholm, Rotterdam, Bâle, Bamako), n’ont pas encore permis l’émergence d’une véritable politique de gestion des pesticides ; sauf bien sur en cas de péril acridien avéré. On remarquera que les pesticides non homologués par le Comité Sahélien de Pesticides (organisme du CILSS) ne peuvent être introduits au Burkina.

Le Contrôle de la qualité des formulations, des résidus de pesticides dans les aliments, les produits agricoles et dans l’environnement (les eaux, la flore et la faune) ne serait pas du superflu à l’heure de la mondialisation, mais aussi pour notre propre sécurité actuelle et celle des générations futures. Que « La Vie chère » ne soit pas synonyme non plus l’occasion, pour des commerçants véreux ou leurs acolytes, d’importations frauduleuses de riz ou de tout autre produit de grande consommation à bon prix et … arrosé de pesticides !

Y. Paré





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