Le
coton, premier produit d’exportation au Burkina
est l’objet de maintes attentions, mais également
de multiples critiques quant à l’opportunité
de sa culture ; en effet les contempteurs de l’or
blanc sont de plus en plus sceptiques quant à
ses bénéfices supposés ou réels
pour les producteurs et l’économie nationale.
La dégradation des sols et la probable pollution
des eaux de surface et souterraines par l’utilisation
massive, régulière et croissante d’engrais
minéraux et de pesticides sont citées
régulièrement. Ces dernières
ont d’ailleurs été la pièce
à conviction brandie par les défenseurs
du coton Bt pour son introduction. Etat des lieux
Définition,
historique et développement des pesticides
« Pesticide » est devenu au XXe siècle
le terme générique utilisé pour
désigner toutes les substances naturelles ou
de synthèse capables de contrôler, d'attirer,
de repousser, de détruire ou de s'opposer au
développement des organismes vivants (microbes,
animaux ou végétaux) considérés
comme indésirables pour l'agriculture, l'hygiène
publique (par exemple les cafards dans les habitations),
la santé publique (les insectes parasites (poux,
puces) ou vecteurs de maladies telles que le paludisme
et les bactéries pathogènes de l'eau
détruites par la chloration), la santé
vétérinaire, ou les surfaces non agricoles
(routes, aéroports, etc.). Il existe de par
le monde près de 100000 spécialités
commerciales autorisées à la vente,
composées à partir de 900 matières
actives différentes. 15 à 20 nouvelles
matières actives s'y rajoutent tous les ans.
L’importance économique de l’utilisation
des pesticides en agriculture n’est plus à
démontrer. Autorités sous-régionales,
nationales, importateurs et/ou exportateurs, distributeurs,
et consommateurs de produits sont directement concernés
par la question.
Qu’en
est-il de l’utilisation des pesticides
au Burkina ?
L’enquête
menée à Ouagadougou sur une dizaine
de revendeurs de semences maraîchères,
d’équipements de traitements et
de produits phytosanitaires a révélé
que seuls des produits autorisés à
l’importation sont sur le marché.
Entre autres, du DECIS et du Gramoxone, tous
couramment utilisés dans la culture du
coton, du maraîchage et pour l’entretien
de plantations ornementales en milieu urbain,
ou pour le traitement de locaux ou de magasins
de stockage. Les plus couramment utilisés
sont : Calfos 500, Endosulfan, Lamdex 430, Cypercal,
Rocky 500. Le Décis reste le produit
le plus utilisé, suivi par l’Ultracide
et du |
Des
maraîchers au Barrage numéro 3
de Ouagadougou |
Cypercal.
Le risque de voir les produits destinés
à la protection du cotonnier mais utilisés
en maraîchage pourrait conduire à
des situations irréparables. En revanche,
l’utilisation biopesticides à base
d’extraits de neem (feuilles et graines)
à Ouahigouya et à Bobo-Dioulasso,
est une initiative locale qui mérite
d’être encouragée et faire
l’objet d’un programme de recherche-développement
en ce qui concerne la Limite Maximale de Résidus
(LMR). |
Le
risque, dans le cadre du commerce mondial, c’est
la consommation de pesticides sous forme de résidus
et par conséquent, le refus des produits végétaux
provenant de notre pays. Sont sur la ligne de mire
les fruits et légumes dont la mangue, la tomate,
le haricot vert, la pastèque. On se rappelle
qu’en 1998, « 103 tonnes de haricot vert
ont été rejetées pour non conformité
aux normes commerciales, soit 8% de la production
commercialisée par l’Union des Coopératives
Agricoles et Maraîchères (UCOBAM). L’importateur
Italien Il Campino dans son rapport d’analyse
(Campionne 9800703 du 30-12-98) avait attiré
l’attention de l’UCOBAM d’alors
sur certains taux de résidus de pesticides
présents dans le haricot vert qui sont 10 fois
plus élevés que le taux admissible ».
A ce propos, le Laboratoire central de l’ONEA
et le Laboratoire National de Santé Publique
(LNSP) sont interpellés pour une surveillance
accrue par l’application de Bonnes Pratiques
de Laboratoire (BPL). Les enjeux des pesticides sont
multiples et interdépendants : des enjeux de
santé publique, économiques, commerciaux,
politiques, scientifiques, techniques.
Malgré
l’ampleur et l’acuité des problèmes
rencontrés, il n’y a, jusqu’à
ce jour, pas de politique nationale de préservation
de la santé des consommateurs par un contrôle
systématique et rigoureux des résidus
de pesticides dans les aliments. Plusieurs ministères
sont concernés par l’utilisation des
pesticides d’une façon générale.
Ce sont les ministères en charge de l’Agriculture,
de la Recherche Scientifique, de la Santé,
de l’Environnement et de l’Eau, de l’Elevage,
du Commerce, de l’Economie et des Finances.
La mise en place de la Commission Nationale de Contrôle
des Pesticides (CNCP), intervenue le 1er août
2000, devrait permettre une synergie d’action
entre les différents acteurs pour une mise
en œuvre effective de la législation,
avec au premier chef la Direction de la Protection
des Végétaux.
Le
Burkina est signataire de textes internationaux et
sous régionaux. Il a également élaboré
des textes législatifs et réglementaires
nationaux. Le Plan de gestion des pesticides au Burkina
Faso publié en Septembre 2004, dans sa mise
en œuvre, devrait être plus regardant sur
: les circuits de distribution, les dispositions de
stockage et d’élimination (notamment
la gestion des emballages vides et le suivi sanitaire
des applicateurs), etc. Les conventions internationales
ratifiées ou non par le Burkina (Stockholm,
Rotterdam, Bâle, Bamako), n’ont pas encore
permis l’émergence d’une véritable
politique de gestion des pesticides ; sauf bien sur
en cas de péril acridien avéré.
On remarquera que les pesticides non homologués
par le Comité Sahélien de Pesticides
(organisme du CILSS) ne peuvent être introduits
au Burkina.
Le
Contrôle de la qualité des formulations,
des résidus de pesticides dans les aliments,
les produits agricoles et dans l’environnement
(les eaux, la flore et la faune) ne serait pas du
superflu à l’heure de la mondialisation,
mais aussi pour notre propre sécurité
actuelle et celle des générations futures.
Que « La Vie chère » ne soit pas
synonyme non plus l’occasion, pour des commerçants
véreux ou leurs acolytes, d’importations
frauduleuses de riz ou de tout autre produit de grande
consommation à bon prix et … arrosé
de pesticides !