DISCOURS
DU BURKINA A LA 7E SESSION DU CONSEIL DES
DROITS HUMAINS DES NATIONS UNIES
Un laïus aux antipodes des réalités
du terrain
Le 4 mars 2008,
Mme Salamata SAWADOGO, Ministre burkinabé de
la Promotion des Droits Humains, prononçait
un discours à la 7è session du Conseil
des Droits Humains. Nous nous y sommes intéressés,
non pas pour apprendre quelque chose sur la situation
des Droits Humains au Burkina, mais pour voir de quelle
manière nos autorités se défendent
sur la question devant les institutions internationales.
Le moins que l’on puisse dire est que, entre
la pompeuse déclaration de Mme la Ministre
et la réalité des Droits Humains au
Burkina Faso, il y a loin de la coupe aux lèvres.
Le laïus de Mme la Ministre, dans lequel les
expressions ‘’Droits de l’Homme’’
ou ‘’Droits humains’’ furent
prononcées 29 fois, a grosso modo comporté
deux articulations majeures : l’indexation de
la pauvreté comme cause d’insuffisance
de droits humains et les actions développées
par le Burkina pour la promotion de ces droits.
La
pauvreté, accusée principale
En
parcourant le discours, l’on est frappé
par l’habile glissement du thème des
Droits Humains vers celui de la pauvreté. Progressivement,
le discours se vide de sa préoccupation première,
pour s’accrocher ensuite comme à une
bouée de sauvetage, au thème de la pauvreté.
Mme la Ministre, tenez-vous bien, avance que : ‘’Pour
relever le défi de la pauvreté, une
réflexion est en cours sur le concept de ‘’la
pauvreté saisie par les Droits Humains’’
et selon lequel la pauvreté est considérée
comme une violation des Droits Humains’’.
Nul
ne peut nier les interactions entre pauvreté
et insuffisance des Droits Humains. Ce n’est
donc pas une découverte que brandit Mme
la Ministre. Mais devant une instance aussi
relevée que le Conseil des Droits Humains
des Nations Unies, l’on est en droit d’attendre
de la représentante du Burkina Faso un
tableau, même grossièrement présenté,
de la situation des Droits Humains. Ce n’est
pas rendre service à la nation que de
jouer le mélodrame des sempiternelles
victimes de la méchante pauvreté.
C’est là une chansonnette éculée,
inspirée d’une méthode de
gouvernance non moins éculée.
A l’heure où le pays subit de plein
fouet les conséquences de la mal gouvernance
et de la sclérose consécutives
à l’absence de toute perspective
d’alternance, c’est se |
L’ONU
(photo http://www.unspecial.org/
UNS651/images/p14.jpg)
|
moquer
du monde que d’aller pousser la rengaine
de la pauvreté. En tout cas, pour ceux
qui en doutaient encore, Mme la Ministre a fait
la démonstration devant l’opinion
internationale qu’au Burkina Faso, le
Ministère en charge de la Promotion des
Droits Humains comporte autant d’utilité
qu’un décor de mauvais théâtre,
et que plus que jamais, le cocon trompeur de
notre démocratie bananière a besoin
d’une secousse et d’une remise à
plat salutaires. |
Ne démordant pas de sa langue de bois, il s’est
ensuite agi pour Mme la Ministre (ne pouffez pas !)
de dresser le bilan des actions menées en faveur
de la Promotion des Droits Humains au Burkina.
L’on
est pauvre mais on se soigne
C’est le « copier-coller » du
« On n’a pas de pétrole mais on
a Blaise Compaoré »
Au titre du bilan de son département en matière
de Droits Humains, Mme la Ministre ne s’est
pas gênée de saisir la récente
visite du M.A.E.P (Mécanisme d’auto évaluation
par les Pairs) et de la brandir comme on le ferait
d’un trophée de guerre. Elle précise
avec insistance que le M.A.E.P. est ‘’un
instrument auquel les Etats membres de l’Union
Africaine adhérent volontairement.’’
Ceci pour souligner que le Burkina en y adhérant
de manière aussi volontaire et aussi ouverte
met en évidence sa volonté politique
de faire avancer la question des Droits Humains. On
veut bien le croire, mais quel mérite y a-t-il
à devoir passer devant un tribunal dans lequel
on est juge et partie ? Et puis, est-ce à dire
qu’avant l’aubaine inespérée
de la visite du M.A.E.P., il n’existait aucun
bilan dont Mme la Ministre puisse se prévaloir
en la matière au Burkina Faso ? Les observateurs
de la vie politique burkinabé connaissent bien
la réponse à une telle question. On
n’est pas étonné outre mesure
que ce bilan n’aille pas au-delà de quelques
lignes dans le discours de Mme SAWADOGO : le respect
des Droits Humains au Burkina demeure une problématique
épineuse, et son évocation devant les
institutions internationales constitue une véritable
torture pour nos autorités. Mme Salamata SAWADOGO
aurait sans aucun doute mieux fait honneur à
sa charge et mérité la palme du courage
et de l’objectivité si elle avait évoqué
(ne serait-ce qu’un tant si peu) les difficultés
de la gouvernance, le système électoral
inadapté, les fraudes lors des scrutins, le
manque d’alternance, le délitement du
système judiciaire, l’impunité,
la corruption, la patrimonialisation des offices et
des biens publics au profit d’une minorité,
la mise sous coupe réglée de l’
économie par le pouvoir politique, toutes choses
ayant l’une dans l’autre contribué
à la prévalence de l’impasse générale
actuelle, laquelle nécessite une remise à
plat appelée de tous leurs vœux par la
majorité des Burkinabé. Même si
au Burkina Faso, on ne s’étripe pas comme
au Kenya, même s’il y a une croissance
de 6 %, même si la 4ème République
est là depuis 1991, il fallait aussi le dire
ne serait-ce que pour montrer qu’on peut encore
faire mieux.
Malheureusement, Mme la Ministre a préféré
botter en touche. Mais ayant fait de la pauvreté
la cause de l’insuffisance du respect des Droits
Humains au Burkina, elle a continué sur sa
lancée et enfoncé le clou en ces termes
: ‘’Ce faisant, il [le Burkina Faso,]
espère l’accompagnement de la communauté
internationale, notamment en matière de production
et d’exportation du coton pour lui permettre
d’accélérer le développement
économique du pays et d’exécuter
ses obligations internationales dans le domaine des
droits économiques, sociaux et culturels.’’
Traduction : si les Droits Humains ne sont pas aussi
bien respectés au Burkina, c’est du fait
de la pauvreté. Si vous nous aidez à
mieux vendre notre coton, premier produit d’exportation
du Burkina, nous réussirons à résoudre
la question des Droits Humains.
Il est bien beau d’essayer de transformer la
tribune de la 7è session du Conseil des Droits
de l’Homme en une chambre d’arbitrage
de l’OMC, mais encore une fois, vendre la production
cotonnière burkinabé n’est pas
un rôle dévolu au Ministère en
charge de la promotion des Droits Humains.
Au
Burkina Faso, la pauvreté qui inquiète
n’est pas tant celle de nos populations, que
la pauvreté politique de ceux qui ont la charge
de la gestion de ce pays.