Mise à jour le 06/04/2008
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San Finna N°458 du 07 au 13 Avril 2008
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus mais il n'est de Liberté sans capacité de refus"
  

Au courant de la plume

DISCOURS DU BURKINA A LA 7E SESSION DU CONSEIL DES
DROITS HUMAINS DES NATIONS UNIES


Un laïus aux antipodes des réalités du terrain

Le 4 mars 2008, Mme Salamata SAWADOGO, Ministre burkinabé de la Promotion des Droits Humains, prononçait un discours à la 7è session du Conseil des Droits Humains. Nous nous y sommes intéressés, non pas pour apprendre quelque chose sur la situation des Droits Humains au Burkina, mais pour voir de quelle manière nos autorités se défendent sur la question devant les institutions internationales. Le moins que l’on puisse dire est que, entre la pompeuse déclaration de Mme la Ministre et la réalité des Droits Humains au Burkina Faso, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Le laïus de Mme la Ministre, dans lequel les expressions ‘’Droits de l’Homme’’ ou ‘’Droits humains’’ furent prononcées 29 fois, a grosso modo comporté deux articulations majeures : l’indexation de la pauvreté comme cause d’insuffisance de droits humains et les actions développées par le Burkina pour la promotion de ces droits.

La pauvreté, accusée principale

En parcourant le discours, l’on est frappé par l’habile glissement du thème des Droits Humains vers celui de la pauvreté. Progressivement, le discours se vide de sa préoccupation première, pour s’accrocher ensuite comme à une bouée de sauvetage, au thème de la pauvreté. Mme la Ministre, tenez-vous bien, avance que : ‘’Pour relever le défi de la pauvreté, une réflexion est en cours sur le concept de ‘’la pauvreté saisie par les Droits Humains’’ et selon lequel la pauvreté est considérée comme une violation des Droits Humains’’.

Nul ne peut nier les interactions entre pauvreté et insuffisance des Droits Humains. Ce n’est donc pas une découverte que brandit Mme la Ministre. Mais devant une instance aussi relevée que le Conseil des Droits Humains des Nations Unies, l’on est en droit d’attendre de la représentante du Burkina Faso un tableau, même grossièrement présenté, de la situation des Droits Humains. Ce n’est pas rendre service à la nation que de jouer le mélodrame des sempiternelles victimes de la méchante pauvreté. C’est là une chansonnette éculée, inspirée d’une méthode de gouvernance non moins éculée. A l’heure où le pays subit de plein fouet les conséquences de la mal gouvernance et de la sclérose consécutives à l’absence de toute perspective d’alternance, c’est se

L’ONU
(photo http://www.unspecial.org/
UNS651/images/p14.jpg)

moquer du monde que d’aller pousser la rengaine de la pauvreté. En tout cas, pour ceux qui en doutaient encore, Mme la Ministre a fait la démonstration devant l’opinion internationale qu’au Burkina Faso, le Ministère en charge de la Promotion des Droits Humains comporte autant d’utilité qu’un décor de mauvais théâtre, et que plus que jamais, le cocon trompeur de notre démocratie bananière a besoin d’une secousse et d’une remise à plat salutaires.

Ne démordant pas de sa langue de bois, il s’est ensuite agi pour Mme la Ministre (ne pouffez pas !) de dresser le bilan des actions menées en faveur de la Promotion des Droits Humains au Burkina.

L’on est pauvre mais on se soigne
C’est le « copier-coller » du
« On n’a pas de pétrole mais on a Blaise Compaoré »

Au titre du bilan de son département en matière de Droits Humains, Mme la Ministre ne s’est pas gênée de saisir la récente visite du M.A.E.P (Mécanisme d’auto évaluation par les Pairs) et de la brandir comme on le ferait d’un trophée de guerre. Elle précise avec insistance que le M.A.E.P. est ‘’un instrument auquel les Etats membres de l’Union Africaine adhérent volontairement.’’ Ceci pour souligner que le Burkina en y adhérant de manière aussi volontaire et aussi ouverte met en évidence sa volonté politique de faire avancer la question des Droits Humains. On veut bien le croire, mais quel mérite y a-t-il à devoir passer devant un tribunal dans lequel on est juge et partie ? Et puis, est-ce à dire qu’avant l’aubaine inespérée de la visite du M.A.E.P., il n’existait aucun bilan dont Mme la Ministre puisse se prévaloir en la matière au Burkina Faso ? Les observateurs de la vie politique burkinabé connaissent bien la réponse à une telle question. On n’est pas étonné outre mesure que ce bilan n’aille pas au-delà de quelques lignes dans le discours de Mme SAWADOGO : le respect des Droits Humains au Burkina demeure une problématique épineuse, et son évocation devant les institutions internationales constitue une véritable torture pour nos autorités. Mme Salamata SAWADOGO aurait sans aucun doute mieux fait honneur à sa charge et mérité la palme du courage et de l’objectivité si elle avait évoqué (ne serait-ce qu’un tant si peu) les difficultés de la gouvernance, le système électoral inadapté, les fraudes lors des scrutins, le manque d’alternance, le délitement du système judiciaire, l’impunité, la corruption, la patrimonialisation des offices et des biens publics au profit d’une minorité, la mise sous coupe réglée de l’ économie par le pouvoir politique, toutes choses ayant l’une dans l’autre contribué à la prévalence de l’impasse générale actuelle, laquelle nécessite une remise à plat appelée de tous leurs vœux par la majorité des Burkinabé. Même si au Burkina Faso, on ne s’étripe pas comme au Kenya, même s’il y a une croissance de 6 %, même si la 4ème République est là depuis 1991, il fallait aussi le dire ne serait-ce que pour montrer qu’on peut encore faire mieux.

Malheureusement, Mme la Ministre a préféré botter en touche. Mais ayant fait de la pauvreté la cause de l’insuffisance du respect des Droits Humains au Burkina, elle a continué sur sa lancée et enfoncé le clou en ces termes : ‘’Ce faisant, il [le Burkina Faso,] espère l’accompagnement de la communauté internationale, notamment en matière de production et d’exportation du coton pour lui permettre d’accélérer le développement économique du pays et d’exécuter ses obligations internationales dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels.’’ Traduction : si les Droits Humains ne sont pas aussi bien respectés au Burkina, c’est du fait de la pauvreté. Si vous nous aidez à mieux vendre notre coton, premier produit d’exportation du Burkina, nous réussirons à résoudre la question des Droits Humains.

Il est bien beau d’essayer de transformer la tribune de la 7è session du Conseil des Droits de l’Homme en une chambre d’arbitrage de l’OMC, mais encore une fois, vendre la production cotonnière burkinabé n’est pas un rôle dévolu au Ministère en charge de la promotion des Droits Humains.

Au Burkina Faso, la pauvreté qui inquiète n’est pas tant celle de nos populations, que la pauvreté politique de ceux qui ont la charge de la gestion de ce pays.

La Rédaction






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